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Le Wiphala

Le whipala, symbole des révoltes latino-américaines

3 min
À retrouver dans l'émission

Le drapeau d'origine Aymara a cristallisé la crise politique bolivienne.

Le Wiphala
Le Wiphala Crédits : AFP

C’est l’histoire d’un drapeau. 

Un drapeau en damier multicolor de 49 cases que l’on a beaucoup vu lors des manifestations en Amérique Latine cet automne. Et c’est en Bolivie qu’il a polarisé la crise politique qui a conduit à l’exil d’Evo Morales après sa réélection très controversée en novembre dernier. Ce drapeau, c’est le wiphala

Wiphala c’est un mot qui vient de la langue amérindienne Aymara, qui signifie “la voix du triomphe fluctuant dans le vent”, et qui se compose de sept couleurs qui sont autant de symboles. Ainsi, le rouge renvoie à la Terre et à l’intellect, le blanc au temps et à l’harmonie, tandis que le jaune fait référence à l'énergie et à la force, et ainsi de suite. Des symboles qui, regroupés, forment une cosmogonie ou une représentation du monde. Un emblème auquel s’identifient beaucoup de peuples amérindiens, comme les Quechuas, les Aymara bien sûr, mais aussi les Guarani. 

Un symbole politique.

Mais si on a vu le wiphala dans les manifestations cet automne, c’est parce qu’il est avant tout un emblème politique.   Et c’est Evo Morales, premier Président indigène d’Amérique du sud, qui en fait un symbole officiel de l’Etat plurinational de Bolivie et l’a inscrit dans la constitution en 2009. Dans les administrations, sur le devant des ambassades, en fagnon dansant sur les pare-brises des taxis, mais aussi en écusson sur le torse des forces de l’ordre, le wiphala est devenu une icône de la  “bolivianité plurielle” promue par le MAS, le parti présidentiel. Au point que le drapeau et la parti se superposent.

Alors, quand Evo Morales a fuit le pays le 12 novembre, c’est  le wiphala que l’on a piétiné, arraché des uniformes, et parfois brûlé. Des actions incendiaires qui ont déclenchés à leur tour des manifestations en soutien au président déchu avec un slogan : “El wiphala no se toca”, “On ne touche pas au Wiphala”. Mais que brule-t-on quand on brule le wiphala ? Dans une société où plus de 40% de la population est amérindienne, le drapeau évoque aujourd’hui la lutte et la résistance indigène, et le début de leur représentation politique. 

Depuis le mois décembre, le drapeau est apparu sur toute les maisons, dans tous les marchés, et dans toutes les rues de La Paz. Un signe de soutien évident ont déclaré les pro-Morales, la peur des représailles, a affirmé l’opposition. Et si Jeanine Añez, qui s’est autoproclamée Présidente par interim, a réaffirmé que le drapeau était un symbole patriotique, ce sont des tweets où elle critique les cultures indigènes qui font le tour des réseaux sociaux.  Pour mémoire, cette figure du parti conservateur a préféré au Wiphala un autre symbole quand elle est entrée dans le palais présidentiel : la bible. Deux salles, deux ambiances.

Depuis son exil en argentine, Evo Morales a convoqué les cadres de son parti demain, dimanche 29 décembre, à Buenos Aires. L’objectif : désigner les candidats aux élections qui devraient se tenir au printemps prochain. Le favori des sondages est un cocalero, un producteur de coca comme l’était Evo Morales. Ce sont eux qui les premiers ont fait du Wiphala un emblème politique. La voix du triomphe Aymara  n’a pas fini de fluctuer dans le vent bolivien.

par Mattéo Caranta

Chroniques

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