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l'écrivaine Fang Fang

Journal de Wuhan

3 min
À retrouver dans l'émission

L'écrivaine chinoise Fang Fang a tenu un journal du confinement à Wuhan, où elle vit, pendant les 76 jours de confinement.

l'écrivaine Fang Fang
l'écrivaine Fang Fang

C’est l’histoire d’un journal. 

Fang Fang, de son vrai nom Wang Fang, est une écrivaine très reconnue en Chine, et elle a presque toujours vécu à Wuhan, la capitale du Hubei et lieu de naissance supposé du nouveau coronavirus. 

Quand le confinement est décrété dans la ville le 25 janvier, Fang Fang est prise au dépourvu et ses plans pour le Nouvel An chinois, comme tout le monde, se fracassent contre les quatre murs de son appartement. Mais Fang Fang est écrivaine, et comme les prisonniers, les soldats ou les explorateurs l’ont compris depuis longtemps, elle sent que poser des notes sur son quotidien peut être un bon moyen de traduire son saisissement et sa stupeur face aux évènements. Dans un témoignage traduit par Frédéric Dalléas qu’elle publie dans le journal en ligne AOC elle raconte  “Nous avions basculé dans l’inconnu, tout était devenu incertain. La mort, telle un fantôme, rôdait parmi nous”.

Dans son journal, qu’elle publie tous les soirs sur son compte Weibo, le principal réseau social chinois, Fang Fang raconte son quotidien. Elle parle de ce qu’elle mange, de ce qu'elle voit, de ses amis. 

Dans un extrait en anglais disponible en ligne, daté du 31 janvier, elle raconte : À l’époque, je trouvais que les lumières scintillantes qui ornait les rues principales saturaient les yeux et l’esprit. Aujourd’hui, dans les rues froides et désertes, ces lumières vibrantes me réconfortent. C’était à l’époque, et nous sommes maintenant.

L’écrivaine, qui chronique la solidarité ordinaire, cite parfois des noms, ceux de ses proches ou “proches de proches” qui périssent et à qui elle rend hommage. Petit à petit, des dizaines de milliers, puis des millions de personnes lisent et partagent ses textes. 

Le journal de Fang Fang devient, peut-être malgré elle, un repère lumineux au cœur de la ville close.

Seulement voilà, sa catharsis quotidienne va plus loin que la description des “rues vides lavées par la pluie”. Fang Fang dénonce les mensonges des autorités de Wuhan, accuse un déni de réalité criminel au début de l’épidémie, demande des comptes aux autorités chinoises.  Fang Fang dérange, et lorsque son compte Weibo est supprimé, ses textes, diffusés sur internet par des moyens détournés, comptent désormais des centaines de millions de lecteurs.  

Mais la situation se cristallise quand des éditeurs étrangers proposent de la publier. Les ultra-nationalistes du Parti Communiste Chinois l'accusent alors de trahir son pays et de fabriquer de fausses informations. Dans des journaux officiels du régime comme Global Times, on peut lire que Fang Fang ”donne des armes” aux ennemis de la Chine pour qu’ils puissent mieux l’attaquer.  Et l’écrivaine retraitée, qui se voyait vivre des jours heureux à Wuhan, craint désormais pour sa vie et pour celle de ses soutiens, également harcelés. 

C’est ainsi qu’une professeure de littérature de l’université de Wuhan, qui a partagé des textes de Fang Fang sur les réseaux sociaux, est désormais l’objet d’une enquête pour avoir partagé, je cite, des “opinions inappropriées”. On l’accuse aussi d’avoir soutenu les étudiants de Hong Kong. Alors que les manifestations pro-démocraties ont repris depuis l’annonce d’une loi sécuritaire sur la ville autonome, le gouvernement chinois semble vouloir empêcher toute critique de la part de ses intellectuels. 

Mais je voulais vous proposer de finir sur une note d’espoir, que nous donne Fang Fang justement, dans son témoignage publié par AOC : “J’ai confiance dans le fait que dans ce monde, il y aura toujours de la lumière. La lumière provenant du soleil, côté ciel, et celle aussi qui, à toute époque, émane du cœur des êtres humains”.

Je précise que Wuhan, ville close, la traduction française du journal de Fang Fang sera publiée en septembre aux éditions Stock. 

par Mattéo Caranta

Chroniques

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