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Un manifestant porte un tee-shirt à l'effigie du "mouvement zéro", le 21 novembre 2019.

Portugal : "Le mouvement zéro" dépasse les syndicats et inquiète les autorités.

3 min
À retrouver dans l'émission

Au Portugal, le mouvement de policiers et de gendarmes fait la Une des journaux cette semaine. En cause, ses liens supposés avec l'extrême droite.

Un manifestant porte un tee-shirt à l'effigie du "mouvement zéro", le 21 novembre 2019.
Un manifestant porte un tee-shirt à l'effigie du "mouvement zéro", le 21 novembre 2019. Crédits : Getty

C’est l’histoire d’une colère qui a pour nom « mouvement zéro ».

Ce n’est pas un principe d’astrophysique qui aurait quelque chose à voir avec la naissance de l’univers ou une initiative écologique de type zéro déchet, mais une colère anonyme qui grandit depuis six mois dans les rangs de la police et de la gendarmerie portugaise. Zéro, comme “tolérance zéro”.

Tout a commencé en mai dernier, quand huit policiers ont été condamnés à des peines avec sursis et des amendes pour “séquestrations et violences”  sur des jeunes issus de l’immigration de la banlieue de Lisbonne. Une partie du PSP, le syndicat de police, s’est indignée face à ce qu’il a considéré comme une injustice qui ne prenait pas en compte les conditions de travail précaires des policiers. 

Le groupe Movimento Zero naît sur Facebook, et fait vite des émules. Sa devise : respect, dignité, et valorisation. Son slogan : “pour les policiers et pour le Portugal”. lls revendiquent une hausse des salaires, le paiement des heures supplémentaires, mais aussi une valorisation de la figure du policier dans la société portugaise. Et, fait inédit, le GNR, le syndicat des gendarmes, s’est joint à eux. On peut les voir côte à côte sur le logo du groupe Facebook, képi pour l’un, béret pour le second. Le mouvement zéro a la particularité d’être  anonyme, de ne reposer sur aucun parti, et de ne pas avoir de porte parole. 

Un député d'extrême droite acclamé par le cortège.

La semaine dernière, les syndicats de police et de gendarmes ont organisé une manifestation, et si l’hymne national a été chanté à plusieurs reprises, c’est  “zero, zero, zero” qui a été le principal slogan entonné dans les cortèges. 

Les banderoles syndicales ont laissé place aux kits “tee-shirt/bracelet/pull à capuche” vendus par le mouvement sur les réseaux sociaux, où le groupe rassemble soixante mille abonnés. 

Mais l'ambiance a pris une tournure politique quand le député André Ventura, le fondateur du parti d’extrême droite Chega! (Assez! ou Ça suffit! en portugais) est monté sur le char syndical, ovationné par la foule qui a scandé son nom. 

Si certains comparent Movimento Zero aux écologistes d’Extinction Rebellion ou aux Gilets jaunes pour sa spontanéité, son imprévisibilité et l’horizontalité de son organisation, les historiens et sociologues se sont inquiétés dans la presse cette semaine sur le lien étroit qui pouvait exister entre ce mouvement de policiers et l’extrême droite. 

Dans un pays où le parti socialiste est au pouvoir, l’opposition de droite dénonce la récupération par les nationalistes des revendications légitimes des forces de l’ordre. D’autres s’interrogent sur la place de l’autorité et de l’usage légal de la force dans la démocratie portugaise. On se demande si des officiers font partis de ce mouvement, s’il devrait être légal que des personnes habilités à porter des armes et à user de la force puissent s’organiser de manière anonyme et hors des organisations syndicales. On s’inquiète d’un éventuel ralliement des membres de la police au frontière, des douanes, et des militaires.   

Un symbole équivoque.

Sur twitter
Sur twitter

Mais ce qui interroge le plus les Portugais depuis une semaine, c’est le symbole du Mouvement Zero. Pour faire le "zero", les policiers brandissent leurs bras en l’air, joignent leur pouce et leur index pour former le chiffre 0, et maintiennent les trois autres doigts de la main dressés. Un signe qui, avec le pouce levé, ressemble fortement au okay universel, au “tout va bien” des plongeurs.. Anodin, me direz-vous.

Seulement voilà, ce signe est aussi devenu le symbole des suprématistes blancs américains qui l’utilisent pour signifier White Power... Les trois doigts dressés dessinent un “W” pour White, “Blanc”, et la jonction du pouce et de l’index forme un “P” avec le prolongement du bras. P, comme Power : "Le pouvoir aux blancs".

Désormais interdit aux Etats Unis, il est devenu le geste de ralliement de l’extrême droite mondiale. De l'auteur des attentats contre une mosquée à Christchurch en Nouvelle Zélande à Donald Trump ou plus récemment à Marine le Pen dans une photo postée sur twitter en mai dernier, le signe fait débat à chacune de ses apparitions.

Mais revenons au Portugal. Le Mouvement Zero nie tout lien avec l’extrême droite, et dénonce une campagne diffamatoire. Et si le Ministre de l’Intérieur a fait un pas en direction du mouvement ce jeudi en proposant une hausse du budget de la Police, le mouvement refuse de son côté toute négociation. Alors qui va céder ? Affaire à suivre... 

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