LE DIRECT
"Our Iranian lockdown", Sara Khaki et Mohammad Reza Eyni, The Guardian

Téhéran : fenêtres sur rue

3 min
À retrouver dans l'émission

Le jeune couple de réalisateurs Sara Khaki et Mohammad Reza Eyni ont réalisé un court-métrage documentaire sur leur vie confinée à Téhéran.

"Our Iranian lockdown", Sara Khaki et Mohammad Reza Eyni, The Guardian
"Our Iranian lockdown", Sara Khaki et Mohammad Reza Eyni, The Guardian

C’est l’histoire d’un confinement comme un autre. 

Mais qui se déroule en Iran. Vue des fenêtres de Sara Khaki et Mohammad Reza Eyni, Téhéran pourrait ressembler à n’importe quelle capitale européenne. La rue est vidée de ses voitures, quelques voisins ont les coudes posés sur leur balcon, et on sent que le temps, ici aussi, est suspendu. Un joueur d’accordéon interrompt le silence. Sara lui lance une pièce, mais dans ce geste mille fois opéré se cache la présence de cet ennemi invisible, le coronavirus, puisque cette pièce est entourée d’un sac plastique, et que les mains qui la lancent sont gantées.

Dans ce court métrage documentaire réalisé par ce jeune couple et diffusé par le Guardian au début du mois de Mai, les mains sont souvent au centre du cadre et de l’attention. Celles de Mohammad déchirent des gants trop petits, celles de Sara sont usées d’être trop lavés. “J’ai peur de mes mains, elles sont devenues mon pire ennemi, c’est elle qui délivrent le virus” confie Mohammad qui plonge malgré tout sa tête dans les mains de Sara lorsqu’il a une crise d’angoisse. Des scènes quotidiennes qui, pendant presque deux mois, ont concerné la moitié de l’humanité pendant que Sara et Mohammed regardent une chaîne d’info où  des images d’hommes en combinaison désinfectant les rues de Téhéran passent en boucle. Cette chaîne d’information, c’est certainement Sahabté Khabar, la seule chaîne d’information en continu d’Iran, qui consacre plus de sujets à la gravité et à la mauvaise gestion de la crise en Occident qu’à la situation sanitaire du pays. Et pourtant, l’Iran est le pays le plus touché par la Covid-19 du Moyen Orient.

Dans une allocution donnée mercredi, le président de la république islamique Hassan Rohani a déclaré que le pays allait bientôt maîtriser la maladie, avec 7200 morts seulement, et malgré les difficultés causées par les sanctions économiques de Washington, considérées comme aggravantes selon le régime. Si ces chiffres sont très contestés, ce qui est certain c’est que le coronavirus a plongé le pays dans une des pires crises qu’il a connues depuis la révolution de 1979. Pris en tenaille entre les sanctions et la chute drastique des cours du pétrole, l’Iran a demandé pour la première fois depuis 1960 un prêt au Fond monétaire international. Prêt que les Etats-Unis vont s’empresser d’empêcher. Une situation, juge les analystes, dont dépend la survie du régime, alors que le chômage frise les 20%. 

Mais dans le quotidien filmé de Mohammad et Sara, il n’est pas question du régime. Ni des sanctions américaines, ni des missiles balistiques. Ils ne rangent pas non plus leur bibliothèque, ne donnent pas de leçon sur le “jour d'après”, mais préparent et célèbrent, par une danse confinée et pudique, le jour du Nouvel an perse. Sara et Mohammad subissent le temps et l’enfermement, comme nous tous, et quand ils apprennent la mort d’un oncle chéri qu’ils ne pourront pas enterrer, une voix au téléphone leur dit “il s’est envolé comme un oiseau”. Les mots en disent ici plus que n’importe quelle image.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Il y a un autre film, considéré comme un chef d’oeuvre du cinéma iranien, qui parle de notre présent. Réalisé en 1962 par une icône de la poésie iranienne, la poétesse Forough Farrokhzad, “La maison est noire” suit le quotidien d’une colonie de lépreux, isolés du reste du monde. « Notre être, comme une cage pleine d’oiseaux, dit la poétesse pour décrire les malades confinés, est remplie de gémissements et de captivité. » Foroug Farrokhzad considérait que l’enfermement des lépreux était une métaphore de l’Iran et de notre vie en général. Le petit film de Mohammad et Sara Reza illustre, à leur hauteur, notre vie de confinés.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

« Notre être, comme une cage pleine d’oiseaux, dit la poétesse pour décrire les malades confinés, est remplie de gémissements et de capitivité. » Foroug Farrokhzas considérait que l’enfermement des lépreux était une métaphore de notre vie en général. Le petit film de Mohammad et Sara Reza illustre, à leur hauteur, notre vie de confinés.  

par Mattéo Caranta 

Chroniques

8H34
26 min

L'Invité actu

André Grimaldi : "La France est bonne pour le soin mais pas pour la prévention"
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......