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Mohamed Bourouissa

Mohamed Bourouissa : Questionner le local ça ne veut pas dire ne pas avoir une vision sur le global"

3 min

Un court entretien comme une humeur du jour à partir de cette question : A quoi pensez-vous ? Mohamed Bourouissa, plasticien, en pleine installation de son exposition "Brutal Family Roots" à la galerie Kamel Mennour, y répond au micro d’Arnaud Laporte. Un moment au présent éminemment subjectif...

Mohamed Bourouissa
Mohamed Bourouissa Crédits : Kamel Mennour

un court entretien comme une humeur du jour pour Mohamed Bourouissa que l'on retrouvera le soir même dans  Affaires culturelles. Il nous dira ce qui l'occupe ou le préoccupe dans son quotidien, sa pratique ou dans l'actualité, actualité au sens le plus large...

Mohamed Bourouissa, plasticien est actuellement en plein montage de sa nouvelle exposition "Brutal Family Roots" qui s'ouvrira le 4 septembre à la galerie Kamel Mennour à Paris.

Mohamed Bourouissa, à quoi pensez-vous ? 

Je pense à une vidéo que j’ai vu hier, dans laquelle Achille Mbembé s’exprime autour du vivant et de son rapport à l'être. Ça m'a marqué et beaucoup ému parce que c’est aussi ma manière de voir l'être, comme séparée de son environnement. C'était assez beau de voir qu’il parlait du vivant en général et de cette idée de la fiction de l'identité. C’est à cela que j'ai pensé aujourd'hui et aussi à l'installation de mon exposition que je dois finaliser pour la semaine prochaine. 

La question de la fiction et de l'identité, c'est quelque chose qui fait écho à votre travail …

Effectivement, c'est sûr que la question de l'identité m'a beaucoup questionné. Ce qui m’intéresse c'est le culturel de la culture dans laquelle j'ai grandi, et ce que j’ai trouvé très beau dans le discours d’Achille Mbembé, c'est qu'il essayait de déconstruire l’idée de l'identité. Effectivement, aujourd’hui, cette idée de l'identité est de plus en plus exacerbée.  On vit une époque où il y a une sorte de repli qui se fait, je pense que c'est lié à la crainte du monde dans lequel on vit. Il parlait aussi d'une forme de résignation, une acceptation de la fin. Voilà, pourquoi je trouvais cela assez pertinent. 

Pour un artiste comme vous, qui est habitué à beaucoup voyager, beaucoup exposer dans le monde entier, est ce qu'il y a une forme de résignation aujourd'hui à moins pouvoir le faire ?

Je crois que non, au contraire. Je crois qu’il y a une sorte de prise de conscience d'une accumulation due au fait qu'on voyageait énormément. J’étais peut-être fatigué de voyager autant. Je crois au contraire, que ça permet de prendre du recul sur une sorte de fuite en avant. Je crois que ça a ralenti les choses. La résignation, c'est plutôt l’impression d’être dans une roue qui s'accélère et qui s'emballe. Là, tout d'un coup tout s’est arrêté et je pense que c’est une prise de conscience. Je n'ai pas beaucoup d'espoir, mais j'espère que ça sera utile.

Vous êtes allé chercher des sujets loin de chez vous, est-ce qu'il y a maintenant une autre façon de regarder en bas de chez vous ? 

Je n'ai pas tellement regardé loin, c'est juste que j'ai raccordé les wagons entre eux. Le projet sur lequel je travaille en ce moment est autour l’Acacia, qu'on appelle Mimosa en France. Lorsque j’étais petit en Algérie, il y en avait beaucoup, il y a même une fête du Mimosa. J'étais persuadé que ça venait d'Algérie. En faisant mes recherches, en m'intéressant à cette plante, je me suis rendu compte qu'elle était originaire d'Australie. Donc l'histoire de la globalisation comme nous la vivons aujourd'hui, c'est en réalité une histoire qui date des empires coloniaux. Les choses sont beaucoup plus poreuses qu’on ne le pense, de questionner le local ça ne veut pas dire ne pas avoir une vision sur le global. 

Mohamed Bourouissa, lundi 31 août 2020 

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