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Portrait de Rony Brauman
Épisode 4 :

Le moindre mal : l’aide et ses dilemmes

30 min
À retrouver dans l'émission

Comment agir en tant qu’acteur humanitaire lorsque l’aide est instrumentalisée ? Lorsque l’on prend conscience de la possibilité de faire malgré soi plus de mal que de bien ? Depuis la famine en Ethiopie dans les années 1980, cette question n’a plus quitté Rony Brauman.

Rony Brauman en salle de montage du film documentaire 'Un spécialiste'
Rony Brauman en salle de montage du film documentaire 'Un spécialiste' Crédits : Archives privées Rony Brauman

Au départ, il y a un drame humain immense : une famine terrible frappe l’Ethiopie. Nous sommes au milieu des années 1980, c’est l’époque de la grande médiatisation de l’humanitaire, du Band Aid de Bob Geldof et de la chanson « We are the world ». Avant même cette médiatisation, dès le tout début de l’année 1984, Médecins sans frontières est présent en Ethiopie et tente d’apporter son aide.

Nous étions débordés. Dans le camp de Korem où nous avions installé une équipe de cinq personnes, il y avait au départ 30 000 personnes dans un état catastrophique, puis 50 000, 60 000, et jusqu’à 100 000 à l’arrivée de l’été. 

"Un chantage à la vie s'exerçait" 

Les médias présentent la famine comme le résultat d’une catastrophe naturelle. Mais peu à peu, les équipes de Médecins sans frontières vont comprendre que leur aide sert à attirer les populations pour faciliter une politique violente de déplacements forcés.

Au début de l’année 1985 des choses étranges ont commencé à se passer. Des opérations d’encerclement de la population du camp dans lequel nous travaillions, dont une partie était emmenée à la pointe du fusil dans des camions vers une destination que nous ne connaissions pas… Et un chantage de plus en plus pressant vers la population pour qu’elle se porte volontaire pour partir, pression menée avec les moyens de l’aide internationale : chantage aux couvertures, aux soins, bref, chantage à la vie. 

Rony Brauman donne un conférence de presse suite à l'expulsion des équipes de Médecin sans Frontières d'Ethiopie, Paris le 3 décembre 1985, France.
Rony Brauman donne un conférence de presse suite à l'expulsion des équipes de Médecin sans Frontières d'Ethiopie, Paris le 3 décembre 1985, France. Crédits : Patrick AVENTURIER/Gamma-Rapho - Getty

Garder sa liberté de penser, se soucier des conséquences de nos actions

Lorsque Rony Brauman et les équipes de Médecins sans frontières comprennent à quelle politique ils sont mêlés malgré eux, un bras de fer s’engage avec le pouvoir éthiopien qui conduira au départ de MSF du pays. Pour lui cet épisode est un tournant. Depuis il ne cesse de lire, d’écrire et de s’interroger : comment, face à l’urgence, réussir à penser avec clairvoyance ? A quel moment est-ce que l’ultime devoir moral consiste à s’abstenir, à ne pas participer ? Ses réflexions se nourrissent de la lecture d’Hannah Arendt. En 1999, il réalise avec son cousin Eyal Sivan un documentaire "Un spécialiste, portrait d'un criminel moderne" à partir des images du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961. Pour lui travailleur humanitaire, les justifications du criminel nazi prétendant ne pas voir au-delà de son propre périmètre secouent la question de la responsabilité, soulevant cette interrogation difficile : pour une organisation humanitaire, est-ce qu’il suffit de faire correctement son travail pour faire le bien ? Loin des postures morales de compassion, il défend la nécessité, même face à l’urgence, de continuer à penser.

La caractéristique d’une organisation humanitaire c’est de faire correctement son travail mais en étant ouvert aux éventuelles conséquences néfastes de son travail et donc à la possibilité d’aller contre ses propres intérêts d’institution et de se mettre en question face à un problème qui dément nos vertueuses intentions. 

Une série d’entretiens proposée par Amélie Perrot. Réalisation : Marie Plaçais. Attachée de production : Daphné Abgrall. Prise de son : Yann Fressy. Coordination : Sandrine Treiner.

Bibliographie 

Pour aller plus loin

Intervenants
  • Président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994, membre du Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (CRASH) de MSF
L'équipe
Production
Coordination
Avec la collaboration de
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