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Portrait de Rony Brauman
Épisode 1 :

S’éveiller aux combats

30 min
À retrouver dans l'émission

Né dans une famille sioniste, Rony Brauman s’est initié au militantisme à l’extrême gauche, avec ses jambes et ses poings comme premières armes. Entre apprentissage intellectuel et bagarre de rue, il raconte un éveil politique intense et encore rempli de questions.

Rony Brauman au début des années 1970
Rony Brauman au début des années 1970 Crédits : Archives privées Rony Brauman

De ses premières années à Jérusalem, Rony Brauman n’a gardé aucun souvenir. Ou seulement des images, sûrement recréées plus tard, comme le sont souvent les souvenirs d’enfance. Ses parents, tous deux issus de familles juives polonaises, sont arrivés en France dans les années 1930 et ont survécu à la guerre. 

Mon père était très peu disert sur ses années de guerre, je n’ai su qu’après sa mort ce qu’il avait fait, ses actes de résistance, y compris des actes assez remarquables.

En 1948 ils partent en Israël où son père est engagé dans la Haganah, milice sioniste et préfiguration de la future armée nationale israélienne. C’est là que naît Rony Brauman en 1950, avant que la famille ne rentre en France cinq ans plus tard. De ce passé militaire et militant de son père, Rony Brauman dit avoir surtout gardé une attirance pour un certain universalisme égalitaire, qui le pousse assez naturellement dans ses années de jeunesse vers la gauche et l’extrême gauche.

Ceux qui nous avaient persécuté, qui avaient envoyé dans des fours ou attaqué mortellement des groupes de juifs étaient des nationalistes radicaux. Peut-être que par réaction, l’extrême gauche communiste, socialiste, libertaire, a été une sorte d’évidence émancipatrice. 

Premiers engagements politiques  

Il reçoit son premier coup de matraque à 15 ans, lors d’une manifestation contre l’impérialisme au moment de la guerre du Vietnam. Puis il rejoint d’abord la fédération anarchiste, et quelques mois après mai 68, les maoïstes de la gauche prolétarienne. Pour lui, ce sont des années de conversation politique et d’éveil intellectuel, par des rencontres, des discussions, et des années marquées aussi, à la gauche prolétarienne, par un certain rapport à la violence. Devant le bagage intellectuel de certains militants qu’il a le sentiment de ne pas maîtriser, c’est au service d’ordre qu’il trouve sa place.  

Dans ma famille personne n’avait fait d’études. Alors moi, il me restait mes jambes et mes poings pour me faire accepter. Pour ça, il me fallait un peu de technique : j’ai fait beaucoup de karaté, notamment dans un club politique où on nous enseignait la bagarre de rue. Il y avait, pour le dire dans le vocabulaire de l’époque, des fachos et des gauchos. Le professeur lui-même était un japonais nationaliste d’extrême droite, qui nous entraînait à nous bagarrer dans des bistrots, dans la rue… Tout cela me donnait un peu d’assurance, même si je me suis aperçu que pour être bon à la bagarre il faut d’abord être méchant. Et moi je n’ai jamais réussi à frapper sans retenir mes coups. 

Cinquante ans plus tard, il garde le souvenir d’une intensité militante exaltante, et s’il finira comme beaucoup d’autres de sa génération par s’éloigner de l’extrême gauche, certains ressentis de l’époque continueront à accompagner son rapport au monde. 

J’éprouvais une sorte de méfiance vis à vis d’une société qui avait débouché sur ce qui avait été l’Europe de la seconde guerre mondiale. Une Europe qui avait commis le pire tout en se présentant comme un modèle de civilisation. Cette inquiétude et cette révolte potentielle ne m’ont jamais quitté. 

Une série d’entretiens proposée par Amélie Perrot. Réalisation : Marie Plaçais. Attachée de production : Daphné Abgrall. Prise de son : Yann Fressy. Coordination : Sandrine Treiner.

Bibliographie 

Pour aller plus loin

Intervenants
  • Président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994, membre du Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (CRASH) de MSF
L'équipe
Production
Coordination
Avec la collaboration de
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