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Portrait de Rony Brauman
Épisode 5 :

Dépasser la compassion

31 min
À retrouver dans l'émission

Depuis le début des années 1990 se multiplient les guerres menées au nom de l’humanitaire. Rony Brauman n’est pas un pacifiste absolu et a plusieurs fois appelé lui-même à des interventions armées, mais il s’oppose à l’utilisation de l’humanitaire comme prétexte.

Rony Brauman participant à l'émission 'L'heure de vérité' sur Antenne 2 le 1er mars 1992 à Paris, France.
Rony Brauman participant à l'émission 'L'heure de vérité' sur Antenne 2 le 1er mars 1992 à Paris, France. Crédits : Archives privées Rony Brauman

Rony Brauman, qui a consacré sa vie à soigner des victimes de conflits, n’est pas un pacifiste intégral. Plusieurs fois il a appelé à des interventions militaires, une première fois en Bosnie, devant le siège de Sarajevo en 1992, et une seconde fois au Rwanda en 1994 où MSF était présente durant le génocide.

Aussi étrange que cela puisse paraître, l’équipe de MSF qui se trouvait au Rwanda a pu travailler sérieusement avec le Comité International de la Croix Rouge. (…) Dans l’enfer, l’abattoir qu’était devenu le Rwanda, nous avons eu un tout petit espace à l’intérieur duquel il était possible de travailler à l’abri des tueurs. 

Au moment où MSF a demandé une intervention, il faut reconnaître qu’elle était déjà dépassée. Le génocide avait quasiment été accompli. 

Dans le droit international, l’une des conséquences du génocide des Tutsis au Rwanda est le vote par l’ONU de la responsabilité de protéger qui se fonde sur la notion de guerre juste et permet aux armées d’intervenir dans un pays étranger pour en protéger la population. Plusieurs interventions suivront, notamment en Libye : une guerre caractéristique pour Rony Brauman de l’utilisation de l’humanitaire comme prétexte militaire, à laquelle il ne cesse de s’opposer ces dernières années. 

Le but affiché était d’éviter un massacre, c’est un objectif humanitaire. (…) Ce qui a été clair au début de la guerre de Libye, c’est le mensonge. 

"Nous agissons dans la guerre mais nous ne sommes pas des acteurs de paix pour autant"

Depuis son départ de la présidence de Médecins sans frontières en 1994, Rony Brauman continue à faire partie de la cellule de formation et de réflexion de MSF, et dans ses activités d’enseignement et d’écriture il revient sans cesse sur la place de l’humanitaire dans les conflits. Pour les interventions armées et de la même manière qu’il s’était interrogé sur le travail humanitaire lui-même après l’Ethiopie, il s’agit de se demander, au-delà de la morale et de la compassion, si l’on peut raisonnablement penser que la situation sera meilleure après être intervenu qu’avant. Pour un travailleur humanitaire, c’est aussi la question de sa propre place dans ces conflits. MSF a reçu en 1999 le prix Nobel de la paix, mais l’acteur humanitaire est-il un acteur de paix ou un acteur, malgré tout, de la guerre ?

Je ne me vis pas du tout comme un acteur de paix. Bien que l’idéal humanitaire soit un idéal pacifiste. (…) Nous sommes d’une certaine manière des acteurs de la guerre. (…) Nous agissons dans la guerre, et c’est un terrain relativement familier. 

Rony Brauman invite à dépasser les postures de compassion pour tenter de penser plus clairement, plus concrètement, le sens de nos actions. Quant à la finalité des siennes, lorsqu’il se retourne sur son parcours en se demandant à quoi il a le sentiment d’avoir été utile, c’est d’abord un collectif qu’il voit. 

Parler à la première personne, c’est une supercherie. C’est une action collective. (…) Je crois qu’à plusieurs reprises nous avons attiré l’attention sur des gens que les circonstances, l’économie, la politique, les conflits, réduisent au rang de superflus. Des gens considérés comme inaptes à la guerre économique. Ramener à la surface le sort de ces gens, il me semble que c’est humainement utile et c’est peut-être à cela que servent les organisations humanitaires. 

Une série d’entretiens proposée par Amélie Perrot. Réalisation : Marie Plaçais. Attachée de production : Daphné Abgrall. Prise de son : Yann Fressy. Coordination : Sandrine Treiner.

Bibliographie 

Pour aller plus loin

Intervenants
  • Président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994, membre du Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (CRASH) de MSF
L'équipe
Production
Coordination
Avec la collaboration de
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