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Alain Corbin
Épisode 5 :

L’Atelier de l’historien

29 min
À retrouver dans l'émission

Alain Corbin tient dur comme fer à quelques principes : il fuit le dolorisme, il n’observe pas un fait du passé à la lumière déformante du présent, il distingue le non-dit et le non-éprouvé.

Alain Corbin
Alain Corbin Crédits : Louis MONIER/Gamma-Rapho - Getty

Alain Corbin se définit comme un historien du bonheur et du plaisir et non du malheur, ce qui lui a valu des reproches de la part d’historiens de sa génération socialement engagés. Travailler comme il l’a fait récemment sur l’histoire de l’herbe à travers les arts, relève de cet attrait pour le plaisir. Le bonheur ne laissent pas de trace, avance Corbin, pour expliquer le fait que quantité de documents existent qui expriment la plainte et la déploration, et moins qui expriment la félicité.

Une autre idée est chère à son cœur : ce n’est pas parce que les archives sont muettes sur un point que ce point n’existe pas. Alain Corbin martèle qu’il ne faut pas confondre le non-dit et le non-éprouvé. D’ailleurs, dans Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot, Alain Corbin déduit le quotidien de son héros à partir de ses connaissances d’historien du monde paysan, et non à partir d’archives concernant directement Pinagot, un homme ordinaire qui ne savait pas écrire. Tout juste a-t-il tracé une croix pour voter.

Autre principe : lui qui ne s’est jamais engagé politiquement dans ses livres regrette que l’historien se croie investi d’une fonction civique qui l’obligerait à montrer du doigt les fautes, afin de rétablir la justice. Alain Corbin refuse de jouer ce rôle : « C’est d’abord la description des difficultés de la vie qui intéresse les lecteurs d’un livre d’histoire.», assure-t-il. « Le territorial davantage que le social » … Il refuse aussi de s’indigner à la lumière du présent d’un fait passé : les mœurs, les valeurs n’étaient pas les mêmes si bien que l’indignation, selon Corbin, est anachronique, inepte.

Mais si l’histoire militante le laisse de marbre, Alain Corbin n’en admire pas moins des points de vue et des méthodes qui ne sont pas les siens : il considère importantes les histoires mondiales, récentes, et le concept de « Lieux de mémoire » élaboré par Pierre Nora, qui a fait école à l’étranger.

Par Virginie Bloch-Lainé, réalisation, Massimo Bellini, prise de son, Yann Fressy.

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