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Albert Cohen. Studio Harcourt. Source BNF. (Wikipédia)
Épisode 1 :

"Je suis bien content, mon bel Albert, que tu aies repris ta plume d'or" 

29 min
À retrouver dans l'émission

Dans ce premier entretien réalisé en 1976, Albert Cohen nous parle de l'origine et de la signification de son nom. Il évoque sa rencontre avec Marcel Pagnol au lycée à Marseille et cette indéfectible amitié qui les liera leur vie durant.

Albert Cohen chez lui à Genève, 1967. Photo : Keystone-France/Gamma-Keystone.
Albert Cohen chez lui à Genève, 1967. Photo : Keystone-France/Gamma-Keystone. Crédits : Getty

"Mon vrai prénom, c'est Abraham" mais son nom est bien Cohen. Cohen qui signifie "prêtre" en hébreu et dont il égrène les privilèges et les interdits : si le Cohen reçoit les premiers fruits et est propriétaire des premiers-nés, il ne peut pas épouser une divorcée ni entrer dans un cimetière. Malicieux, c’est par une pirouette que l'écrivain donne toute la complexité de son rapport à la religion : 

Je crois en la religion juive. Il n'y a qu'une chose qui me gêne, c'est l'existence de Dieu. 

Albert Cohen, par le privilège de son nom, peut aussi bénir. Ainsi, par ces paroles, "que l'Éternel tourne sa face vers toi et qu'il te donne sa grâce", il consacre Marcel Pagnol qu'il rencontre à l'âge de 14 ans, au lycée Thiers à Marseille. C'est un véritable coup de foudre amical : "Je le revois avec un tablier affreux, tout déchiré" se souvient-il.
 

En échange de poèmes, Albert donne 1 franc à Marcel tous les lundis dans la cour de l'école. Il s'amuse de cette obole : "J'ai été son mécène". Comme il faut l'aimer cet ami pour réciter par cœur ses poèmes d'adolescence des décennies plus tard !
 

Je pourrais publier les poèmes enfantins de Marcel, je les connais tous. 

L'un vit à Marseille et l'autre à Genève. S'ils se voient peu, ils s'écrivent beaucoup. "Mais qu'est-ce que tu fais au bord de cette eau douce ?" lui demande le Provençal, "Viens !", l'implore-t-il dans une lettre :

Mon bel Albert et tu ne viens jamais ! Et tu restes dans tes montagnes suisses près de l'eau douce ! Franchement je ne te comprends pas, tu es vraiment le contraire du Juif errant qui n'était peut-être d'ailleurs que le premier voyageur de commerce. 

Albert Cohen commente : "il était drôle" et dans sa voix, toute la douleur de l'absence se fait entendre... Marcel Pagnol, cet ami bien-aimé, ce frère, disparu il y a deux ans déjà.
 

Albert Cohen se lit : 

Ô tous mes morts aimés, tous perdus dans les fonds de cette mer immense qui est ma douleur, ô ma morte et mon Marcel et tous mes morts à peine flottants dans les fonds de ma douleur, grands fonds froids où circulent les lents poissons aveugles, poissons affreux du désespoir.

Albert l'inconsolable qui pourtant affirme vivre avec la mort depuis son enfance, Albert le terrifié aussi, obsédé depuis toujours par sa propre disparition et la crainte d'être enterré vivant, Albert, drôle toujours, qui ajoute : "on ne saura pas faire ma cravate, moi qui le fais si bien". 

Une série d'entretiens produite par Françoise Estèbe et Jean Couturier, réalisée par Danièle Fontanarosa et Vanessa Nadjar. Attachées de production : Daphné Abgrall et Odile Joëssel. Coordination : Sandrine Treiner.

Pour aller plus loin

Entretien avec Albert Cohen, 1954, Les archives de la RTS.

Albert Cohen interviewé par Bernard Pivot,  1978, Apostrophe, archive INA. 

Atelier Albert Cohen - Site du groupe de recherche universitaire sur Albert Cohen. 

Bibliographie sélective

Dane Cuypers, Albert Cohen-Marcel Pagnol, une amitié solaire, Éditions de Fallois, 2020. 

Franck Médioni, Albert Cohen, Gallimard 2007.

Gérard Valbert, Conversation avec Albert Cohen, L'Âge d'Homme Éditions, 2006. 

Bella Cohen, Albert Cohen, mythe et réalité, Collection Blanche, Gallimard, 1991. 

Albert Cohen, Œuvres, Édition de Bella Cohen et Christel Peyrefitte, Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 402), Gallimard, 1993. 

Intervenants
L'équipe
Coordination
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