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Portrait du philosophe Bernard Stiegler
Épisode 5 :

Prendre soin de nos désirs

30 min
À retrouver dans l'émission

Avec Ars Industrialis, l’Institut de Recherche et d’Innovation, les expérimentations de Bernard Stiegler tentent de restaurer la société de manière locale et collaborative, comme en Seine-Saint-Denis. Plus que jamais, son désir est de prendre soin, de panser la société, notre environnement.

Portrait du philosophe Bernard Stiegler
Portrait du philosophe Bernard Stiegler Crédits : Eric Fougere/VIP Images/Corbis - Getty

A la tête d’Ars Industrialis et de l’Institut de Recherche et d’Innovation du centre Georges Pompidou, il poursuit depuis plusieurs décennies son grand projet de transformation sociétale fondée sur la néguentropie, la collaboration et le soin. De son formalisme mosaïque puisé de la philosophie, de l’économie, des sciences, des technologies et du numérique, il entreprend des expériences grandeur nature pour tester la théorie. Et inventer des nouveaux modes de fonctionnement sociaux, tirer sa philosophie à l’extrême.

A Saint-Denis, à Saint-Ouen, Aubervilliers, ce qu’on expérimente est passionnant. Tous les gens avec qui on bosse nous disent qu’ils ont repris de l’espoir. Faire ce genre de “territoires laboratoires”, mettre en oeuvre cette économie contributive avec les habitants qu’on forme à faire de la recherche, permet en fait d’éviter la rébellion. Bernard Stiegler

Sur le terrain, il applique cette méthode holistique pour l’éducation, en s’entourant de professeurs, parents, psychologues, artistes, juristes, chercheurs en sciences dures et humaines. Mais c’est bien plus qu’une méthode, c’est un paradigme, une vision des relations entre les hommes et de la morale qu’on souhaite se doter pour la société. Alors, la mutualisation et la transdisciplinarité jaillissent comme vecteurs pour jeter des bases saines à un nouvel édifice social, délestées du consumérisme, où les connaissances, les compétences et les savoir-faire sont un bien commun, une ressource accessible à tous. 

Moi je ne peux pas travailler sans mathématicien, biologiste, ingénieur, juriste, etc. Je ne peux faire autrement. Sinon je vais vers la sophistique, sans le vouloir. Mais ce n’est pas une fatalité. Je ne dis pas qu’il faut se dé-spécialiser, mais trouver des moyens de coopérer. Mais en France c’est très difficile, c’est très mono-disciplinaire, et c’est toxique. Moi j’étouffe. Bernard Stiegler

Bernard Stiegler sait bien s’entourer, oui, et n’occulte aucune ressource par idéologie, c’est pourquoi il travaille aussi avec des grands industriels comme Orange, Danone, Dassault Systèmes ou des banques comme la Caisse des Dépôts. De fait, avec le changement climatique, l’épuisement des ressources, l’érosion de la biodiversité, le système n’est plus solvable, et il faut savoir dialoguer et coopérer avec tous les acteurs de la société. Selon Bernard Stiegler, ce sont des acteurs sensibles au concept d’entropie et de néguentropie, et surtout prêts à la remise en cause. C’est une mission synthétique, de réconciliation des disciplines, et de rendre à la philosophie son terrain politique.

C’est aussi dans sa famille, dans sa relation de père et de grand-père qu’il puise des ressources pour se projeter dans l’avenir. Dans son ouvrage la Dans la Disruption, il explique d’où proviennent ses angoisses, qu’il porte en lui depuis sa sortie de prison il y a près de quarante ans. Des sentiments qui ne cessent de s’accroître depuis. 

Je ne suis pas un très bon grand-père. Même si je réfléchis de plus en plus à cet art d’être grand-père. J’ai le souvenir d’un jour où ma fille, qui devait avoir 22 ans, me demande “Mais pourquoi es-tu toujours si sombre ?”. Et donc je lui ai raconté , à elle et son petit frère, qu’après la prison, j’avais réalisé que la sortie était en réalité beaucoup plus dure que l’incarcération. Je leur ai dit le monde allait empirer. Et c’est ce que je crois encore aujourd’hui. Bernard Stiegler

Remerciements à l'association Ars Industrialis et à Benoît Robin, membre de Ars Industrialis.

Une série d'entretiens proposée par Céline Loozen. Réalisation : Guillaume Baldy. Attachée de production : Daphné Abgrall. Prise de son : Georges Thô. Avec la collaboration d'Iseult Sicard.

Pour aller plus loin 

Bibliographie

Intervenants
  • philosophe, directeur de l'Institut de recherche et d'innovation (1952-2020)
L'équipe
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