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Claude Régy le 12 novembre 2015.
Épisode 1 :

Claude Régy : "Je sens que je cherche comme une bête obscurément quelque chose"

25 min
À retrouver dans l'émission

Premier volet d'une série de cinq entretiens de Laure Adler avec le metteur en scène Claude Régy, dans lequel il aborde sa venue au théâtre dans les années 50, ses auteurs fétiches, sa quête inépuisable de la vérité à travers la scène et ses craintes d'une création de plus en plus frileuse.

Claude Régy le 12 novembre 2015.
Claude Régy le 12 novembre 2015. Crédits : Joël SAGET - AFP

Premier entretien de la série "A voix nue" enregistrée en 2006 avec le metteur en scène Claude Régy. Il y raconte ses débuts au théâtre en 1952, assez tardivement, alors qu'il déjà avait une trentaine d'années. Il dit ne pas savoir très bien lui-même comment cette entrée dans le théâtre s'est faite, à quoi cela répondait chez lui. Il considère son milieu social plutôt comme un frein à cette ouverture qu'a été le théâtre et avant cela, la littérature, même s'il a "commencé à lire très tard, vers 17 ans, 18 ans". "Autant je sentais la vie familiale, la vie sociale autour de moi complètement falsifiée, complètement erronée, en entrant en littérature, j'ai ressenti une vérité, je me suis reconnu et je me suis mis à vivre avec le livre. [...] C'est cette réalité-là, je crois, qui a fait complètement basculé les choses."

On est curieux de savoir comment les choses se font, mais même avec l'énorme recul que j'ai maintenant, je ne sais pas vraiment pourquoi. J'étais d'un milieu très bourgeois mais dans le genre provincial, puritain, calviniste, tout ce qu'il y a de plus austère et de moins cultivé d'ailleurs, parce qu'on se contentait d'une apparence très convenue. [...] Peut-être qu'il y avait un désir violent de ruer dans les brancards... Je suis un garçon très sage, en même temps je sens quelques fois des violences me traverser. J'ai un besoin de violence et je sens qu'il y a quelque chose de sain même dans la colère, dans la violence et dans la révolte. Sans doute j'ai essayé d'aller vers le théâtre pour ça, parce que c'était une révolution totale par rapport aux modes de pensée, de vie qui m'entouraient.

Claude Régy raconte ses auteurs russes fétiches, la figure "exceptionnelle" de la comédienne et professeure Tania Balachova puis sa découverte des pièces d'Harold Pinter. Il parle de sa quête éperdue de la "vérité" du théâtre à partir du moment où on ne cherche pas "la réussite". Le metteur en scène émet des critiques à l'encontre du théâtre subventionné, à "l'endormissement" que cela a créé dans la profession alors que lui veut continuer à "prendre des risques", à "ne pas travailler sur un terrain connu du théâtre" mais à "expérimenter" et "risquer l'échec". "Je n'ai monté à deux exceptions près, je crois, pendant cinquante-cinq ans que des auteurs contemporains."

Je crains que depuis quelques années, l'état d'esprit général a changé. La paresse intellectuelle, est déjà très répandue depuis toujours, mais on a l'impression maintenant qu'il y a presque un interdit à déranger les gens, à ennuyer les gens en leur demandant de faire un effort. Il y a dans tout ce qui est production, une espèce d'état d'esprit de frilosité, de peur d'on ne sait quoi.

  • "A voix nue" avec Claude Régy 1/5
  • Diffusion du 10/07/2006
  • Producteur : Laure Adler
  • Réalisation : Diphy Mariani
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
Intervenants
L'équipe
Production
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