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Portrait de François Morel
Épisode 2 :

François Morel : "Les Deschiens avaient la grandeur d’Hamlet"

29 min
À retrouver dans l'émission

En 1989, François Morel intègre les Deschiens, la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff . Il y joue dans Lapin Chasseur, Les Frères Zénith, Les Précieuses ridicules, C’est magnifique…

Yolande Moreau et François Morel dans Le gibolin professionnel-Les Deschiens (capture d'écran)
Yolande Moreau et François Morel dans Le gibolin professionnel-Les Deschiens (capture d'écran) Crédits : © Specta Films

François Morel évoque les dix années passées dans la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff (les Deschiens). Il y joue dans Lapin Chasseur, Les Frères Zénith, Les Précieuses ridicules, C’est magnifique

Lapin chasseur était un spectacle formidable. On jouait deux fois la même chose [ sur une scène coupée en deux], il y avait une partie salle et une partie cuisine, et c’est le public qui changeait de place à l’entracte […] Ça jouait aussi sur la frustration et sur la mémoire. En première partie, le public était frustré parce qu’il entendait des gens rire de l’autre côté et se demandait ‘mais pourquoi rient-ils’, et dans la deuxième partie c’est la mémoire qui était à l’œuvre quand on entendait les rires : ‘ah oui, ils se marrent, de l’autre côté, parce qu’il se passe ça… »

François Morel évoque l’esprit d’improvisation qui prévalait dans la troupe et l’humour toujours présent.

On était sollicités par les metteurs en scène, mais on inventait aussi beaucoup entre nous. D’une façon générale, s’il y a une absence totale d’humour, je pense que je vais être mal. J’ai besoin qu’il y ait un peu d’humour. Pour jouer Corneille ou Racine, il y en  a qui sont meilleurs que moi.

Ce qui le rendra célèbre, ce sont les sketches des Deschiens, diffusés sur Canal plus dans les années 1990. Il y est « Monsieur Morel », fromager, français moyen voire très moyen qui parle avec l’accent normand. Ces courtes saynètes , filmées toujours en plan fixe, mettaient en scène la « famille Morel » et quelques autres personnages.

Tout était inventé au moment où l’on filmait. La première prise était parfois d’emblée formidable, alors on la gardait […] Parfois on faisait deux, trois, quatre prises […] Souvent, Jérôme Deschamps nous lançait en disant ‘tu vas parler de ça avec Yolande [Moreau]’, parfois je ne suis pas du tout son idée, je parle d’autre chose, et comme c’est drôle et qu’il se passe un truc on le garde… Il n’y avait pas vraiment de règles. Ça se construisait tous ensemble.

Les Deschiens ont, en leur temps, pu être accusés de se moquer des petites gens, de la France d’en bas. 

Ce n’était pas mon ressenti. Avant de jouer dans la troupe de Jérôme Deschamps, j’avais vu quelques-uns de ces spectacles, dont Les Oubliettes. En le voyant je m’étais dit – ‘on dirait Fernand, le voisin de ma grand-mère’. Et je me disais que je n’avais jamais vu Fernand sur une scène de théâtre. Le fait de montrer ce personnage, même si on en riait, lui donnait la grandeur d’Hamlet puisqu’il était sur scène et qu’on lui donnait cette importance. Ces critiques venaient souvent de gens un peu condescendants qui ne savaient pas parler de la misère.

Avec le spectacle "J'ai des doutes", François Morel fait revivre les textes de Raymond Devos
Avec le spectacle "J'ai des doutes", François Morel fait revivre les textes de Raymond Devos Crédits : © Manuelle Toussaint

François Morel a aussi joué sur scène un certain nombre de textes du répertoire – Mais n’te promène donc pas toute nue et Feu la mère de Madame, de Feydeau, Les Diablogues de Roland Dubillard, avec Jacques Gamblin, le Bourgeois Gentilhomme mis en scène par Catherine Hiegel. Donc souvent le cocasse, l’absurde, dans le souriant. Toutes lui ont donné du plaisir. 

Il « est » aussi Raymond Devos, avec le spectacle « J’ai des doutes » qui reprend les textes, connus ou moins connus de cet autre « artiste de variétés’ qu’était Devos  : « C’était un génial homme de scène ; il se servait de tout, quitte à être un peu imposteur – sur la musique, par exemple, moi ça ne dérange pas non plus d’être un peu imposteur quand je suis sur scène, je fais mine parfois de jouer du piano mais ce n’est pas moi qui joue. Mais on s’en fout, le principal c’est l’émotion que le spectateur va ressentir, j’ai envie de l’épater. J’ai envie, comme Devos, de le prendre par la main et de l’entraîner vers cet imaginaire » Pour autant, il ne sacralise pas l’artiste.

Je ne me suis pas interdit de rajouter des choses ; les humoristes ne sont pas des monuments, ce sont des gens de music-hall ».

François Morel en Monsieur Jourdain
François Morel en Monsieur Jourdain Crédits : Radio France

Et puis il y a ses propres spectacles, adaptés de ses textes – par exemple « La fin du monde est pour dimanche », créé à La Rochelle en 2013, ou « Bien des choses », un échange de cartes postales de vacances entre le couple Brochon et le couple Rouchon, où il partage la scène avec scène avec Olivier Saladin. Au-delà de l’humour – « j’avais trouvé ça dans une pièce de Jean Sarment – ça ne nous rajeunit pas – où un personnage disait qu’il était allé au bout du monde, et au bout du monde il pensait au petit bistrot où il allait prendre son verre de blanc », peut-être, aussi, une forme de nostalgie d’un temps où l’on s’envoyait des cartes postales, une nostalgie d’un hier que l’on retrouve souvent nichée dans les textes signés Morel.

Une série d'entretiens proposoée par Odile Conseil, réalisée par Anne-Pascale Desvignes. Prise de son : François Rivalan. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

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