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Portrait de François Morel
Épisode 5 :

"Aller loin avec des mots simples"

29 min
À retrouver dans l'émission

Jouer, chanter, écrire : chez François Morel ces trois activités se répondent, s’enchevêtrent et finalement ne font qu’un. L’écriture, il s’y adonne depuis longtemps. Il se rappelle les rédactions qu’il rédigeait au collège cherchant fébrilement dans le dictionnaire des mots compliqués.

François Morel avec son fils Valentin. Ils ont écrit à quatre mains 'Le Dictionnaire amoureux de l'inutile' (Plon).
François Morel avec son fils Valentin. Ils ont écrit à quatre mains 'Le Dictionnaire amoureux de l'inutile' (Plon). Crédits : ©Arnaud Journois

Son premier livre, Meuh !, en 1996, donne la parole à un jeune homme qui se transforme peu à peu en vache. 

J’aimais beaucoup et j’aime toujours les livres de Marcel Aymé, cette façon de faire naître la féérie du quotidien, quand tout à coup les poules de Delphine et Marinette se transforment en éléphant [dans Les Contes du chat perché].

Dans Les Habits du dimanche, en 1999, le narrateur, un adolescent, raconte des épisodes de sa vie de famille. En fait, ce livre a d’abord été joué sur scène sous le titre Adrien, les mémoires. Le ton évoque cependant plus Le Petit Nicolas de Sempé que Marguerite Yourcenar.

On retrouve un narrateur adolescent dans C’est aujourd’hui que je vous aime, un roman paru en 2018 aux éditions du Sonneur. Il y a, bien sûr, un air d’autobiographie dans ce texte :

Avec le temps, je me rapproche un peu plus de moi-même. Au début, je dois aller chercher une vache laitière pour parler de l’adolescence. Là, je parle d’un petit gars dans les années 60, 70 , un peu timide, un peu mal dégrossi, qui ne se sent pas particulièrement joli garçon, donc oui, c’est plus proche de moi ».

"J'aime bien être moqueur et affectueux en même temps"

François Morel évoque avec sincérité et sensibilité l’adolescence, ce moment de la vie où la personnalité se forge, où l’on peut devenir un salaud ou un brave type : c’est pourquoi son héros s’appelle « Les hommes », un ensemble d’individualités possibles.

Et puis chaque vendredi depuis 2009, il tient une chronique sur France Inter dans le 7-9. 

Les premières années, chaque vendredi, dès que j’avais prononcé le dernier mot de ma chronique, je me disais ‘mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter la semaine prochaine’ ? Maintenant qqch s’est mis en place, ça vient peu de temps avant le moment où je vais le dire.

Dans ce qu’il appelle « ses petites rédactions du vendredi », il est gentiment moqueur le plus souvent,  impertinent régulièrement, plus rarement menant des attaques bille en tête.

J’essaie toujours de ne pas m’acharner. Je n’ai pas envie d’avoir des têtes de turcs. Je peux avoir l’expression d’une colère mais ce n’est jamais définitif. La méchanceté n’est pas ma signature.

Quand il évoque Charb et Cabu, l’émotion affleure. Difficile, le vendredi qui a suivi les assassinats à Charlie Hebdo, de trouver les mot. 

On était en passe de devenir copains, avec Charb, que j’avais connu grâce à mon ami Patrick Pelloux… Cabu, c’était le type le plus délicieux, le plus courtois qui soit dans la vie. Son agressivité, il la mettait dans ses dessins.

Plus récemment, il a apporté son soutien à Xavier Gorce, critiqué pour un dessin mal interprété au sujet de l’affaire Olivier Duhamel. François Morel se dit fatigué de la violence qui submerge les réseaux sociaux. Lui en appelle à un peu de gentillesse 

Si les gens ne peuvent se parler qu’en s’insultant, tant pis pour eux. Je préfère m’engueuler avec des copains.

Malgré tout, il a refusé la proposition de faire un « Dictionnaire amoureux de la gentillesse » qui lui avait été faite : «  je ne suis pas sûr que ça puisse susciter 550 pages – la méchanceté, oui ! ». À la place, ce sera un « dictionnaire amoureux de l’inutile », co-signé avec son fils Valentin et illustré par son épouse et compagne de longue date, Christine Patry-Morel, paru à l’automne 2020.

Avec mon fils, c’était un jeu : on s’envoyait l’un l’autre les articles, on se corrigeait, c’était sympathique de faire quelque chose avec lui, se dire qu’on a réussi à s’amuser ensemble. Je sentais que Valentin avait un esprit à lui, un humour, un regard et j’ai été souvent ravi de ce que je lisais, de sa façon de traiter les sujets. Parfois, il citait Brassens ou Chaval pour brouiller les cartes, pour laisser penser que j’étais l’auteur de tel ou tel article. 

François Morel et Sophia Aram dans le 7h-9h de France Inter
François Morel et Sophia Aram dans le 7h-9h de France Inter Crédits : Radio France

Sur les scènes fermées depuis de longs mois, François Morel convient qu’il n’est pas le plus malheureux :

Je le vis dans la compassion des gens qui débutent et pour qui ça doit être épouvantable. […] Quelqu’un qui a 23 ans aujourd’hui, qui rêve de faire du théâtre, qui a répété un spectacle pendant 2 mois et qui ne peut pas le jouer, c’est terrible. Il y a des incohérences. J’ai du mal à comprendre pourquoi on ne peut pas ouvrir des théâtres et qu’on ouvre des TGV où les gens sont assis côte à côte. 

François Morel semble vouloir conserver encore et toujours une part d’enfance. Il n’est pas un homme sûr de lui et de son talent, sûr du succès de son prochain spectacle, de son prochain album. Comme d’autres cultivent leur jardin, lui cultive le doute. C’est, sans aucun doute, une qualité.

Une série d'entretiens proposée par Odile Conseil, réalisée par Anne-Pascale Desvignes. Prise de son : François Rivalan. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

Bibliographie sélective

Les recueils de chroniques de France Inter :

L’Air de rien, Denoël-France Inter, 2011

Je veux être futile à la France, id, 2013

Je rigolerais qu’il pleuve, id, 2015

Jamais la même chose, id, 2017

Je n’ai encore rien dit, id, 2019

Intervenants
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