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Portrait d'Hélé Béji, intellectuelle franco-tunisienne, fondatrice du Collège international de Tunis
Épisode 4 :

Le Désenchantement national

30 min
À retrouver dans l'émission

Qu’a fait la Tunisie de son indépendance, à partir de 1956 ? A-t-elle réussi à éteindre le pouvoir religieux ? Oui, mais en instaurant l’autoritarisme. Hélé Béji raconte la genèse de la révolution tunisienne de janvier 2011, suivie l’arrivée de l’islam politique au gouvernement.

Portraits d'Hélé Béji
Portraits d'Hélé Béji Crédits : Archives privées Hélé Béji

"La révolution est née de cette genèse des libertés qui avait été accordée à la moitié de la population"

Hélé Béji nous raconte la genèse de la révolution tunisienne de janvier 2011, qui a chassé Ben Ali du pouvoir et donné le coup d’envoi du printemps arabe. Notre invitée insiste sur l’absence de violence qui a caractérisé de ce soulèvement, bien qu’il ait commencé par le suicide, par le feu, d’un vendeur ambulant de fruits qu’une policière avait brutalisé. 

Le 21ème siècle a commencé par l'entrée des musulmans dans l'histoire pour le pire et pour le meilleur. Pour le pire c'est avec la destruction des tours et pour le meilleur avec la révolution tunisienne.  

On enseignait la liberté à l'école mais dès qu'on sortait de l'école, on ne pouvait plus l'exercer. 

La révolution de 2011, dit Hélé Béji, avait ceci de positif qu’elle n’était dirigée ni contre la religion, ni contre le sionisme, ni contre l’Occident, mais qu’elle visait la liberté. 

Pour la première fois il y a eu un soulèvement qui n'était absolument pas fait au nom ni de la religion, ni de l'identité, ni de l'islam, ni de de l'anticolonialisme, ni contre l'impérialisme, ni contre le sionisme. C'était au nom de la liberté et de la dignité. La révolution tunisienne a inscrit la dignité au frontispice des droits de l'homme.

De toute façon, on savait qu'une libéralisation du régime politique amènerait les islamistes au pouvoir.  

"Dès qu'une culture se fige dans une identité, elle devient une culture fachiste"

Ce sont néanmoins les religieux d’Ennahdha qui sont arrivés au pouvoir, le peuple ayant eu peur de la liberté que leur proposaient les progressistes. Cette issue regrettable n’a pas étonnée Hélé Béji, qui constate que Bourguiba fut trop rapide et trop abrupt dans ses réformes pour le peuple tunisien ; trop violent dans sa volonté d’imposer les Lumières et la laïcité. Selon Hélé Béji, l’instruction est le remède contre le fanatisme, et le progrès est en marche, en ce moment, dans l’islam. Ce sont, selon elle, les frictions entre les forces de progrès, vaillantes, et les obscurantistes en perte de vitesse, qui seraient à l’origine des violences actuelles dans les pays arabes. 

Si Bourguiba avait demandé démocratiquement au peuple tunisien de créer l'égalité hommes-femmes et de faire ce fameux code révolutionnaire de la famille, ça aurait été non parce que le peuple était conservateur. (...) Il aurait fallu une intelligence plus grande de l'importance de la tradition.  C'est parce qu'il a voulu aller trop vite, mais on ne pouvait pas faire autrement aussi.  

Une série d'entretiens proposée par Virginie Bloch-Lainé, réalisée par Angélique Tibau. Prise de son : Frédéric Cayrou. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

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Intervenants
  • Ecrivain et essayiste, fondatrice et présidente depuis 1998 de la société littéraire « le Collège international de Tunis ».
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