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Portrait d'Hélé Béji, intellectuelle franco-tunisienne, fondatrice du Collège international de Tunis
Épisode 5 :

L’Islam et l’Occident

30 min
À retrouver dans l'émission

Selon Hélé Béji, l’Occident, depuis les attentats du 11 septembre 2001 jusqu’aux plus récentes tueries, paie à travers le terrorisme les conséquences des guerres qu’il mène dans les pays arabes, qu’il les mène nom de la démocratie ou dans un but économique.

Portraits d'Hélé Béji
Portraits d'Hélé Béji Crédits : Archives privées Hélé Béji

"La révolution tunisienne est une vraie révolution démocratique parce qu'il n'y a pas d'intervention étrangère"

Les guerres menées par les démocraties occidentales dans le monde arabe pour y défendre la démocratie (et les musulmans) seraient, selon Hélé Béji, les causes du terrorisme qui frappe l’Occident, du 11 septembre 2001 jusqu’à la décapitation de Samuel Paty, ou aux récents attentats à Vienne, début novembre 2020. Notre invitée formule cette opinion dans son bref essai, Dommage, Tunisie, la dépression démocratique, publié en 2019 chez Gallimard : « Les princes démocrates ne s’exposent jamais. Tapis dans leurs voitures blindées, ils laissent un peuple sans défense aux terrasses des cafés, confiant. Puis quand des innocents jonchent des trottoirs, voilà que leurs valeureux élus dévalent au premier rang des caméras, le torse gonflé derrière leurs cordons de police.» Cette position, que nous ne partageons pas, est l’objet principal de la discussion de ce soir. Hélé Béji pense qu’il faut laisser l’islam rattraper son retard à son rythme, et ne pas chercher à accélérer son pas. 

La révolution tunisienne est un mouvement profond produit par les ressources vivantes de la société et par une véritable espérance inhérente au pays et une sorte de d'homogénéité de rêves et d'idéal de soi.  Avec une intervention étrangère (comme en Libye, en Syrie, en Irak), il y aurait eu une guerre civile.

Les caricatures de Mahomet sont l’autre sujet abordé. Hélé Béji s’oppose à ce qu’elle appelle « la sacralisation des caricatures », mouvement qui serait l’équivalent de la sacralisation du prophète. Elle pense que faire lire L’Islamisme et la science de Renan, ou L’Essai sur le rire, de Baudelaire, aux élèves de l’école française laïque, serait une meilleure introduction à la liberté de pensée que les caricatures de Charlie Hebdo

Le musulman de ma rue, pour lui, Mahomet c'est un être proche avec qui il parle tous les jours dans sa tête. (...) C'est un personnage qui fait partie de la vie quotidienne. (...) Le caricaturer c'est comme si vous crachiez à la figure d'un père ou d'un grand frère. C'est un personnage qui est tout le temps là dans l'esprit des gens, comme Jésus ou Marie avant chez les chrétiens au 16e siècle. 

Ce n'est pas que l'islam n'est pas dans une altérité profonde par rapport au christianisme, il est dans une antériorité. On est dans un temps antérieur de la conscience religieuse. (...)C'est un peu une société qui réagit à l'honneur, pour lequel la filiation est sacrée. 

Le sentiment de dignité, c'est le sentiment le plus secret, le plus intime du cœur humain, on ne peut pas le toucher.

Le voile est le dernier point abordé lors de cet ultime entretien. Si Hélé Béji refuserait au péril de sa vie de porter le voile à si on cherchait à le lui imposer, elle estime contre-productif de batailler avec les femmes qui choisissent librement de le porter pour revendiquer dans l’espace public une identité musulmane. Tant que ces femmes n’auront pas elles-mêmes compris le sens de ce signe, la soumission dont il procède, ces femmes n’entendront pas leurs adversaires. 

Le voile est comme une protection, il y a quelque chose de secret là dedans, de profondément intime qui, si on me force à me dévoiler ou à me voiler on me fait perdre ma dignité. (...) Le sentiment de dignité, c'est le sentiment le plus secret, le plus intime du cœur humain.

Une série d'entretiens proposée par Virginie Bloch-Lainé, réalisée par Angélique Tibau. Prise de son : Frédéric Cayrou. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

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Bibliographie sélective

Chroniques

20H30
24 min

Fictions / Le Feuilleton

"Il était un piano noir…d’après les Mémoires interrompus" de Barbara (10/10) : Seule
Intervenants
  • Ecrivain et essayiste, fondatrice et présidente depuis 1998 de la société littéraire « le Collège international de Tunis ».
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