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Hubert Védrine
Épisode 3 :

Bosnie, Rwanda : les polémiques françaises

28 min
À retrouver dans l'émission

La politique étrangère de François Mitterrand a été mise en cause en Bosnie Herzégovine pendant la guerre de Yougoslavie et au Rwanda, après le génocide qui a fait 800 000 morts, en 1994. Hubert Védrine, qui a vécu les années yougoslaves auprès de Mitterrand, donne sa version des évènements.

Le président de la République François Mitterrand avec le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, le 22 mars 1990 à Nevers
Le président de la République François Mitterrand avec le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, le 22 mars 1990 à Nevers Crédits : GERARD CERLES - AFP

La politique étrangère de François Mitterrand a été mise en cause en Bosnie Herzégovine pendant la guerre de Yougoslavie et au Rwanda, après le génocide qui a fait 800 000 morts, en 1994. La Bosnie et le Rwanda ont deux taches sombres de la politique étrangère de François Mitterrand. En Yougoslavie, l’ancien président a longtemps été accusé d’être pro serbe. On lui a reproché le voyage qu’il a effectué à Sarajevo en juin 1992 qui, en ouvrant une brèche dans le siège, a mis fin aux velléités d’intervention militaire. 

L’obsession de Mitterrand c'était de ne pas ajouter de la guerre à la guerre, dans une guerre improbable dont l'objectif n'était pas connu et que l'opinion n'aurait pas soutenue.

Hubert Védrine, qui a vécu les années yougoslaves auprès de Mitterrand, donne sa version des évènements. Il considère au contraire que Mitterrand, en brisant le blocus, a fait un geste courageux et que s’il résistait aux demandes d’intervention, c’est parce qu’il ne voulait pas que la France s’engage seule. Le président français, dit-il, cherchait toujours " les moins mauvaises solutions ". Hubert Védrine insiste sur le contraste existant entre le monde réel et les illusions qu’on se fait sur l’influence de la France.

A cette époque j'étais tourmenté, est-ce qu'on ne peut pas faire plus ? Mais je comprenais la répugnance de fond à ne pas engager la France seule dans un conflit, dans quel but ? Pour imposer militairement la coexistence à tous ces peuples qui rêvaient d'en découdre ? De corriger des drames historiques antérieurs ? C'était insensé.

La guerre du Golfe est la moins contestable de toutes les interventions occidentales qui ont eu lieu depuis la fin de l'URSS.

L’autre sujet est plus grave et il continue à hanter la politique étrangère française. C’est le génocide au Rwanda, qui a fait 800 000 morts, principalement des tutsis, en 1994. La France a été soupçonnée d’avoir soutenu les génocidaires à une époque où Hubert Védrine était Secrétaire général de l’Elysée. D’un ton calme et posé, l’ancien chef de la diplomatie française se défend de toutes les accusations. Il donne sa version des faits : la France, loin d’avoir soutenu un régime génocidaire, a au contraire essayé d’imposer des compromis et fait pression pour stopper l’engrenage. Elle est d’ailleurs, dit-il, le seul pays à s’être engagé pour mettre fin aux violences. A-t-elle commis des erreurs ? Peut-être, mais pas celles qu’on lui reproche, affirme Hubert Védrine. Elle n’aurait peut-être pas dû, dit-il aujourd’hui, retirer ses troupes après les Accords d’Arusha, en 1993. L’ancien Secrétaire général de l’Elysée regrette aussi que les " accusateurs " de la politique française au Rwanda ne tiennent pas assez compte des ouvrages publiés dans d’autres pays que la France et qui, dit-il, racontent une histoire différente.

Une série d'entretiens produite par Isabelle Lasserre, réalisée par Julie Beressi. Prise de son : Sandrine Mallon. Attachée de production : Daphné Abgrall. 

Bibliographie sélective

Pour aller plus loin

Intervenants
  • diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand
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