LE DIRECT
Portrait du dessinateur Jacques Tardi en 2015
Épisode 3 :

L’odeur de la tranchée

29 min
À retrouver dans l'émission

La première guerre mondiale est une obsession pour Jacques Tardi, un fil rouge qui traverse toute son œuvre. A la fois extrêmement documentées et empreintes d’une sensibilité engagée, ses bandes dessinées sur 14-18 sont devenues des références.

Le dessinateur Jacques Tardi, en 1988, à Lyon, France
Le dessinateur Jacques Tardi, en 1988, à Lyon, France Crédits : Robert Deyrail/Gamma-Rapho - Getty

Un grand-père maternel mort au front en 1916. Un grand-père paternel revenu des combats les poumons abimés par les gaz et la tête pleine de visions d’horreurs qu’il n’aura confiées qu’à sa femme mais que celle-ci raconte à son petit-fils. Ajoutez à cela un oncle qui a « un grand trou dans la poitrine » et puis, plus tard, les lectures de Barbusse, Dorgelès ou Remarque. Voilà le terrain sur lequel s’est développée l’obsession de Jacques Tardi pour la première guerre mondiale. 

Très tôt, il a voulu raconter. Non pas les grandes manœuvres, la stratégie, les opérations d’artillerie, mais plutôt la boue, les rats, la faim, le froid. Et encore la lâcheté, les cauchemars, la folie… Bref toutes les horreurs des combats auxquelles des hommes que rien n’y avait préparés ont été confrontés. Avec toujours cette question en filigrane : « comment ont-ils tenu ? » 

Au moment où je dessine où je regarde des photos, des documents, que je suis en train de construire mon abri, par exemple, et que je commence à imaginer la vie dans ces abris boueux, humides, avec des cadavres, j'ai l'impression de pénétrer cette réalité. Il m'est arrivé d'avoir l'odeur de la tranchée dans les narines.

Les charges et les actions héroïques ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse c'est le quotidien, c'est comment pouvait-on commencer une journée dans la tranchée, après avoir passé une nuit épouvantable dans un abri puant, avec des rats qui vous courent dessus. On avait intérêt à avoir de la gnôle dans son bidon...

Planche extraite de « Putain de Guerre » (Casterman)
Planche extraite de « Putain de Guerre » (Casterman) Crédits : Jacques Tardi © Casterman

Epaulé par l’historien Jean-Pierre Verney, se documentant sans limite pour ne rien laisser à l’approximation, tout au long de sa carrière, régulièrement, Tardi se replongera dans cette histoire qui ne le laisse pas tranquille. En résultent C’était la guerre des tranchées, Putain de guerre!, ou Le Dernier Assaut, des ouvrages majeurs qui servent de supports aux enseignants au lycée ou à l’université, et témoignent surtout de ce que peut la bande dessinée pour raconter l’histoire.

Avec l'historien Jean-Pierre Verney nous sommes allés à Verdun et à Vauquois. C'est très symbolique. Il y avait des Français d'un côté, des Allemands de l'autre, et au milieu, il y a toute une série de cratères. C'était la guerre des gaz,  c'était une guerre souterraine, les soldats creusaient, entassaient des tonnes d'explosifs et ils faisaient péter la montagne. Le village a complètement disparu.

La guerre, pour Tardi, c’est aussi celle de son père, celle de 39-45. En 2011, il se lance dans la publication de Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B, une bande dessinée imposante, en trois volumes, qui raconte les brefs combats, le long internement en Poméranie, et l’immédiat après-guerre de son père. Une œuvre clé pour comprendre la personnalité de l’auteur.

On revient à cette histoire de désorganisation totale, qui m'a été confirmée dès la parution du premier tome de Stalag 2B, pour lequel j'ai reçu un courrier considérable. (...) Un monsieur m'a écrit pour me dire qu'il a été fait prisonnier à peu près au même endroit et à la même date que mon père. Mais lui, il était dans dans l'artillerie. Le problème, c'est qu'il n'a pas pu tirer un seul coup de canon pour la simple raison que les obus qu'il avait à sa disposition n'étaient pas du calibre du canon qui devait servir. Donc l'intendance n'avait pas envoyé les bons obus au bon endroit... La défaite s'explique en partie.

Une série d'entretien proposée par Victor Macé de Lépinay, réalisée par Rafik Zénine. Prise de son Fabien Gosset. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

Pour aller plus loin

Bibliographie sélective

Intervenants
L'équipe
Production
Coordination
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......