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Portrait de Jean Daniel le 1er février 1967
Épisode 1 :

Souvenirs d'enfance à la table familiale

29 min
À retrouver dans l'émission

Presque exacts contemporains, Jean d’Ormesson et Jean Daniel partagent dans ce premier entretien leurs souvenirs d’enfance.

Portrait de Jean Daniel le 1er février 1967
Portrait de Jean Daniel le 1er février 1967 Crédits : AFP

Pour cet A Voix nue d’une forme un peu particulière, Jean Daniel et Jean d’Ormesson ont choisi le ton de la conversation. Les deux intellectuels s’entretiennent sur leurs parcours respectifs et leurs éventuels croisements, ou au contraire là où ils ont divergé – et notamment les divergences d’ordre politique.

Nés à seulement cinq ans d’écart, ils ont vécu tous deux leur enfance loin de la France métropolitaine. Le premier, né en 1925 d’un père diplomate, a passé toute sa prime jeunesse à l’étranger, à commencer par l’Allemagne. Dans le contexte de la montée du nazisme, il a connu très jeune l’ascension d’Hitler, l’antisémitisme, la violence.

Quand mon père est arrivé (à Munich) en 1925, Hitler était en prison. Quand il est parti en 1933, il était au pouvoir. Jean d’Ormesson

Le second, Jean Daniel, d’un milieu plus modeste, est né en 1920 d’un père céréalier – comme on disait à l’époque ‘’négociant en grains’’ –, en Algérie française, dans la petite ville de Blida, alors sous-préfecture du département français d’Alger. 

Les deux hommes évoquent la table du repas familial comme véritable lieu de transmission et de reproduction de la tradition. Et ce autour d’une figure, pour tous deux objet de légende : leurs pères.

Le spectacle du repas, c’était la Cène pour moi, parce que mon père, dans mes yeux d’enfant, était l’être le plus majestueux qui soit (…) Dans notre rue il y avait eu des incidents antisémites. Comme dans une scène de Far West, un matamore avait traversé cette rue, en provoquant ceux qui étaient Juifs et en leur demandant qui aurait le courage de l’affronter (…) Dans la légende familiale, mon père, seul, était sorti, l’avait affronté, l’avait pris de tout son corps, l’avait soulevé et l’avait fait retomber dans une flaque de sang (…) Et depuis ce jour-là, mon père était devenu un héros. Jean Daniel

Les premières choses que j’ai vu faire mon père, c’était sauver des Juifs menacés par la montée du nazisme – alors qu’Hitler n’était pas encore au pouvoir, que la nuit de cristal n’avait pas encore eu lieu. Jean d’Ormesson

Jean d’Ormesson évoque aussi cette enfance extraordinairement heureuse qu’il a vécue, dans un milieu de culture, et toujours entouré de personnes cultivées. Avec sa mère, qui pourtant ignorait ces langues mortes, il apprend le latin et le grec. Il affirme n’avoir eu à l’époque aucun maître, contrairement à Jean Daniel qui cite de Gaulle et Camus.

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