LE DIRECT
Jean-Michel Ribes, auteur dramatique, metteur en scène, cinéaste, directeur du Théâtre du Ront-Point.
Épisode 5 :

"Les fous rires sont immortels"

28 min
À retrouver dans l'émission

Rire pour conquérir sa liberté. Rire pour parler des autres et pour parler aux autres. Dans ce dernier épisode, Jean-Michel Ribes explique pourquoi il a toujours voulu faire rire. « La seule façon d’échapper à la douleur, c’est de s’en moquer, d’en rire, de lui résister, en la ridiculisant ».

Jean-Michel Ribes et son ami Gérard Garouste
Jean-Michel Ribes et son ami Gérard Garouste Crédits : Archives privées Jean-Michel Ribes

Parler sérieusement du rire est paradoxal, mais il est intéressant de comprendre avec Jean-Michel Ribes pourquoi et comment il a toujours voulu faire rire. Souffrance familiale dès son enfance ? « Déclencher le rire permet de se frayer un passage dans une société qui ne nous a pas réservé la meilleure place ». Son aptitude à faire rire sa grand-mère, ses copains, sa singularité l’ont entraîné dans cette voie.

Le rire, c'est une attitude face au monde, c'est à dire une distance face au monde, c'est de ne pas se laisser complètement envahir par le sérieux, par ce sérieux qui est quelque chose qui rassure tant de gens et qui est un étouffoir.

"Je ne tiens pas à me cogner contre la réalité, je tiens à être dans l'autre réalité, celle qui vous fait du bien"

Une façon de fuir la réalité ? « Je suis un angoissé, un inadapté malheureux au premier degré, mais je donne mon meilleur en passant au degré suivant. Je m’ennuie dans la réalité, mes personnages essaient de me sortir de là ». Sans doute trouve-t-on dans ses réflexions sa fascination pour les artistes qui échappent ou résistent, et en premier lieu les surréalistes dans le sillage desquels il s’inscrit résolument. « Picabia, rien que son nom me fait rire ». 

Je crois que le réel, c'est l'invention, c'est la capacité qu'on a de l'inventer. Le reste c'est du quotidien, c'est du fast- food qu'on est obligé s'engranger tous les jours. Le réel c'est plus beau, c'est la chose qui vous porte, le réel c'est d'aller sur la lune.

Raconter la mythologie, se moquer des travers de ses contemporains, inventer des situations absurdes, tourner en dérision des croyances religieuses, politiques, et même culturelles, Jean-Michel Ribes fait feu de tout bois, et ne conçoit pas le théâtre autrement. « On imagine mal le talent qu’il aura fallu à Vilar pour faire du théâtre sans humour. »

Je crois que l'art naît dans le silence de la raison.

Le rire : une arme de résistance contre la tyrannie

Dans « Rires de résistance », deux ouvrages collectifs, Jean-Michel Ribes a théorisé l’humour libérateur autant que ses maîtres Rabelais, Voltaire, Jarry, Vitrac, Allais ou Queneau, mais aussi les dessinateurs, Chaval, Reiser, Wolinski, Cabu, sans compter naturellement le dessinateur et écrivain Topor et son rire volcanique. 

Lorsque cette porte a été fermée tout d'un coup, cet horrible assassinat, des millions de gens sont descendus dans la rue.Ce qui montre que, curieusement, d'une manière un peu inconsciente, les Français savaient qu'il y avait quelque chose qui pouvait les aider à vivre, les sauver. C'est comme s'ils étaient reliés à une paille pour respirer au dessus de l'ennui du monde. Il y avait toujours quelque part la possibilité du scandale du rire, de la liberté de rire, de issues de secours.

Rire, la meilleure arme contre la tyrannie, la bêtise, la méchanceté, ou l’indifférence. L’arme absolue contre le désespoir du monde.

Topor, c'était quelqu'un qui avait cette capacité de réduire en poudre tous les gens sachant, les sérieux, les donneurs de leçons, les emmerdeurs, par un rire. Il avait cette capacité d'aimer formidablement la vie. (....)  Lorsque je sortais de chez lui j'étais réanimé.

Il glorifie la fantaisie, l’acte politique le plus fort, « cette légèreté insatiable qui donne le vrai poids aux choses » et qui le rapproche également d’auteurs comme Kundera, lui, Jean Michel Ribes, qui pense que le communisme est mort parce qu’il n’était pas drôle, à part Georges Marchais…

Oui, décidément, « les fous rires sont immortels », une bonne façon de se moquer aussi de la mort.

Une série d'entretiens produite par Jérôme Clément, réalisée par Anne Perez-Franchini. Prise de son : Thibault Nascimben. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

Liens

Bibliographie sélective 

Intervenants
  • auteur, metteur en scène et cinéaste, directeur du théâtre du Rond-Point
L'équipe
Production
Coordination
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......