LE DIRECT
Marc Ferro chez lui à Saint-Germain-en-Laye
Épisode 5 :

Marc Ferro : "La France n'est pas une société coloniale, mais elle a un héritage de type colonial"

28 min
À retrouver dans l'émission

Marc Ferro évoque ses derniers sujets de réflexion portant sur colonialisme, l'intégrisme musulman et pour finir sur l'attachement qu'il porte à l’autonomie de l'historien dans son travail de recherche. Il fait ainsi référence aux lois mémorielles qui entraveraient l'historien dans son analyse.

Marc Ferro chez lui ,à Saint-Germain-en-Laye, le 22 septembre 2015
Marc Ferro chez lui ,à Saint-Germain-en-Laye, le 22 septembre 2015 Crédits : François Guillot - AFP

Dans ce dernier entretien d'"A voix nue", Marc Ferro évoque la question du colonialisme, sujet on ne peut plus prégnant dans la société française et dans les débats politiques. Pour l'aborder pleinement, il lui semble qu'il faudrait entendre les versions, les paroles de tous les côtés, et c'est rarement le cas. "La France n'est pas une société coloniale, mais elle a un héritage de type colonial", estime l'historien. 

Les aspects "positifs" de la présence coloniale, pas seulement française, ont été un tabou de l'histoire. On n'en parlait pas, on n'avait pas le droit d'en parler. Les colonisateurs en parlaient. Mais les anticolonialistes refusaient de le voir.  

Marc Ferro explique ensuite ce qu'il appelle Le Choc de l'islam, titre de son livre publié en 2002. Pour lui, "l'intégrisme, c'est cette idée que c'est parce qu'on a perdu les pratiques de l'ancienne foi que, peu à peu, l'islam a perdu son hégémonie morale, scientifique, politique sur l'Occident. Et cette idée intégriste, elle est née au 19ème siècle."

Dans le ressentiment, il y a la volonté de retourner aux sources et en même temps, le besoin de vengeance et en même temps, le rêve de dominer le monde. On retrouve tout ça dans le ressentiment du monde musulman face à l'Occident. Et actuellement, on a vu exploser l'aile la plus violente qui était celle de l'islam intégriste, du retour aux sources. 

Pour finir cet entretien, Marc Ferro revendique l'indépendance du travail de l'historien par rapport à l’État et aux communautés. Il doit pouvoir travailler en toute objectivité, sans subir la moindre pression sur ses recherches. En ce sens, une loi ne peut pas lui dicter que penser des faits historiques. C'est pour cela qu'il a signé le manifeste des historiens contre ces lois dites mémorielles, la loi sur les "aspects positifs" de la colonisation, mais aussi la loi Gayssot ou encore la loi Taubira.

L'historien est sous surveillance et n'a plus l'autonomie de son analyse, ce qui lui retire l'essentiel de sa fonction qui est quand même d'être autonome des idéologies et des pouvoirs, tout en les connaissant, tout en ayant ses propres opinions, pour alerter le public, c'est son rôle, de la réalité des faits face au trucage des hommes qui nous dirigent. 

Il lui semble que "ces lois mémorielles sont dangereuses" car elles empiètent sur le travail des historiens, en revanche il reconnaît à l’État le droit de commémoration.

Il ne faut pas confondre le travail des historiens qui est d'éclairer le citoyen sur le sens des évènements, et il doit le faire en toute liberté, et le droit de la cité, c'est-à-dire de l’État, du Parlement, des représentants de la nation, de commémorer un certain nombre d'événements. [...] Il faut faire une différence entre le droit de l’État de nous faire fêter si on veut le 14-Juillet, mais on peut ne pas y aller. Et le droit de l'historien, c'est son rôle dans la cité d'analyser le passé, de le faire comprendre sans être censuré et sans être suspect ou suspecté, ou prédisposé à passer devant les tribunaux.

Une production de Benjamin Stora, réalisée par Franck Lilin. Prise de son : Benjamin Vignal. 

Cette série d'entretiens a été diffusée sur France Culture du 11 au 15 décembre 2006.

Intervenants
  • historien spécialiste de la Russie et de l’Union Soviétique
L'équipe
Production
Coordination
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......