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Mercedes Erra dans les locaux de BETC, Magasins Généraux à Pantin (2018)
Épisode 1 :

Naître en Catalogne, grandir en France

29 min
À retrouver dans l'émission

Mercedes Erra a 6 ans quand elle arrive en France. Elle ne parle pas un mot de français. Mais elle apprend vite ! Elle renonce à s’appeler Martine, brille à l’école et opte pour la khâgne. Avec un objectif : devenir professeure de français.

Mercedes Erra à l'âge de 10 ans
Mercedes Erra à l'âge de 10 ans Crédits : Archives privées © Mercedes Erra

A la suite d’un revers de fortune, le père de Mercedes Erra quitte la Catalogne et immigre en France. D’abord peintre en bâtiment, il finit par gravir les échelons de diverses entreprises jusqu’à devenir directeur commercial. 

Le froid de la Seine-et-Marne et l’austérité du début des années 60 marquent la petite Mercedes, aînée d’une fratrie de quatre enfants.

Elle observe son père qui s’épanouit au travail, sa mère qui déprime à la maison. Elle se dit que, plus tard, elle sera autonome et fera un métier qui la passionne.

Mon père était très positif, il ne regrettait pas la vie d'avant. Pour ma mère, c'était plus difficile, elle était triste, elle n'était plus dans son histoire. Elle se sentait déclassée.

Mercedes Erra à l'âge de 3 ans
Mercedes Erra à l'âge de 3 ans Crédits : Archives privées © Mercedes Erra

Mercedes, qui a du mal à assumer son prénom, ne parle pas un mot de français. Elle apprend en écoutant ses petits camarades... et France Inter à la radio !

Pendant six mois, je me suis tue... à tel point que mes parents se sont inquiétés.(...) Mais après, le français est devenu un des grands éléments structurant de ma vie. Ça a toujours été très important : la défense du français, la francophonie, créer une agence française, être prof de français.

"Le système français d'apprentissage casse"

Parce que l’apprentissage du français a été une révélation, et un passeport pour l’intégration, Mercedes Erra décide de devenir professeur de français. Elle est d’abord élève dans un établissement non mixte, ce qui la libère du regard des garçons, puis khâgneuse au lycée Fénelon.

Le lycée non mixte j'ai trouvé ça génial ! Avant, on faisait attention à plaire aux garçons, c'était fatiguant ces jeux de gamines où l'on dépendait du regard des autres. Au lycée de filles on s'en foutait des garçons, c'était le jeu intellectuel qui comptait, on pouvait se concentrer sur les idées. J'ai trouvé ça reposant.

J'étais au foyer des lycéennes. C'était un entre-soi. Les gens croient que si l'on ne réussit pas l'Ecole Normale, on va mourir. C'est un mode extrême de préparation délirante.  Des gens qui vous vous disent sans arrêt que vous n'êtes pas bons. (...) Moi, j'ai commencé avec une aisance dans l'écriture en hypokhâgne et j'ai fini sans aisance parce que tout me traumatisait, j'avais peur des mots. (...) Je suis pour une éducation qui pense que tout être humain est un potentiel.

Elle échoue à Normale Sup... mais réussit le CAPES de lettres ! Ça y est, elle peut enseigner.

Une série d’entretiens proposée par Julien Thèves, réalisée par Séverine Cassar. Prise de son : Arthur Gerbault. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

Mercedes Erra en Espagne à l'âge de 5 ans, avant le départ pour la France, avec sa mère et son frère Joan
Mercedes Erra en Espagne à l'âge de 5 ans, avant le départ pour la France, avec sa mère et son frère Joan Crédits : Archives privées © Mercedes Erra

Liens

Intervenants
  • fondatrice de BETC et présidente exécutive de Havas Worldwide, engagée dans le Women's Forum for the Economy and Society, dont elle est l'un des membres fondateurs, ainsi que dans la Fondation ELLE.
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