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Pierre Rabhi
Épisode 1 :

Naître dans une oasis

28 min
À retrouver dans l'émission

Orphelin de mère à l'âge de 4 ans, Pierre Rabhi a grandi dans l'oasis de Kenadsa en Algérie. Dans cet épisode, il revient sur son enfance marquée par l’ambivalence d'une double culture, à la fois chrétienne et musulmane.

Pierre Rabhi au début des années 60, en Ardèche
Pierre Rabhi au début des années 60, en Ardèche Crédits : Archives personnelles de Pierre Rabhi

Paysan, pionnier de l’agroécologie en France, poète, conteur,  expert pour l’ONU sur les questions de sécurité alimentaire, Pierre Rabhi est né en 1938 à Kenadsa,  un village soufi aux portes du Sahara algérien.  Il grandit en symbiose avec la nature et les animaux, entre les peuples sédentaires des villages et les peuples nomades du désert, dans “une civilisation du mouvement permanent”. 

L’enfance de Pierre Rabhi est marquée par l’abandon : sa mère meurt de la tuberculose alors qu’il n’a que quatre ans. D’elle, il ne garde qu’une image évanescente “une silhouette imprécise… Elle aimait danser jusqu’à la transe. J’ai assisté au spectacle de ma mère qui s’effondre en transe. Mais tout ça est flou dans ma mémoire” confie Pierre Rabhi. Son père lui, est forgeron et musicien.  Son enfance à Kenadsa, ce sont également ces soirées bercées par les contes et légendes de sa grand-mère. De sa famille, il hérite un goût pour les travaux manuels, le conte et la musique.

On attendait tous les soirs l’heure des contes de la grand-mère… nous vivions d’histoires et de silences. 

Un an après la mort de sa mère, son père le confie à un couple de français chrétiens sans enfants, un ingénieur et une institutrice, qui prennent en charge son éducation et l’emmènent à Oran.  Il est donc élevé et nourri dans une double culture : la semaine, il vit dans sa famille d’adoption : catholique, bourgeoise, occidentale, avec laquelle il parle la langue française. Lorsqu’il rentre le week-end à Kenadsa, il renoue avec une culture musulmane, traditionnelle, et parle arabe. Il vit cette dualité, cette double culture comme une douleur, une scission. 

Moi étant petit dans ma culture musulmane on me disait de ne pas toucher au porc et au vin. Quand je rentrais dans ma famille française, ma mère bourguignonne sifflait son litre de vin sans problème. Qui avait raison ?  Je n’avais pas de réponse .

Pierre Rabhi à l'âge de 5 ans
Pierre Rabhi à l'âge de 5 ans Crédits : Archives personnelles de Pierre Rabhi

A l’âge de quinze ans, il obtient un certificat d’études et quitte l’école.  Il troque alors son prénom de naissance Rabha pour Pierre, et se convertit au catholicisme. C’est aussi le moment où il rompt avec sa famille biologique, et notamment avec son père qu’il ne reverra plus jamais. “Il voulait que je reste musulman c’était difficile dans ces conditions” explique Pierre Rabhi.

A l’âge de 18 ans, Pierre Rabhi est à nouveau abandonné, cette fois-ci par sa famille adoptive. En pleine guerre d’Algérie, l’enfant de Kenadsa et le couple de français ne parviennent plus à se comprendre. Son père le met à la porte. 

J’étais un enfant en déficit d’amour, d’affection, je n’étais pas un enfant heureux. J’étais un orphelin en manque d’amour que ma mère adoptive essaya de combler. 

À 22 ans, Pierre Rabhi prend le bateau pour la France qu’il nomme alors “la métropole magique”. 

Une série produite par Pauline Chanu, réalisée par Christine Robert. Attachée de production : Daphné Abgrall. Prise de son : Eric Audra.

Bibliographie sélective

Pour aller plus loin

Intervenants
  • Paysan, pionnier de l’agroécologie en France, poète, conteur, expert pour l’ONU sur les questions de sécurité alimentaire
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