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L'écrivain et diplomate Romain Gary
Épisode 2 :

L'écrivain visionnaire

30 min
À retrouver dans l'émission

Romain Gary évoque le caractère, selon lui irréversible, du processus de destruction de notre planète, tandis que la conversation se poursuit autour de son roman "Les Racines du ciel" qui traite de la protection de la nature, des éléphants, et plus généralement des espèces animales et humaines.

Le romancier et diplomate Romain Gary, le 1er janvier 1970
Le romancier et diplomate Romain Gary, le 1er janvier 1970 Crédits : James Andanson - Getty

Dans ce deuxième entretien, Romain Gary revient sur le personnage principal de son roman, Morel, qui se voue entièrement à la sauvegarde des éléphants. Drôle de coïncidence, à l’époque de l’écriture du livre, un homme, Raphaël Mata, agit en Afrique pour la même cause. L’auteur ne manque pas de souligner que cette anecdote est représentative d’un certain nombre de choses, curieuses, qui entourent la conception des Racines du ciel. Car ni le protagoniste de l’œuvre, ni Raphaël Mata, n’ont été inspirés l’un par l’autre. L’occasion d’y voir, là encore, le regard visionnaire de Gary.

Raphaël Mata m'a écrit des lettres qui étaient tellement dans le cadre des "Racines du ciel", que j'ai cru à un canular. J'ai cru qu'un de mes anciens copains, qui était resté en Afrique après la guerre, me faisait marcher parce que c'était trop beau pour être vrai. Et puis, un beau jour, j'ouvre le journal. Je lis que Raphaël Mata a été tué par les tribus, parce qu'il défendait les éléphants contre les chasseurs de cette tribu.

Les grands écrivains auraient-ils le “don de voyance” ?  

Si Les Racines du ciel a pour vocation de tirer la sonnette d’alarme écologique, ce roman n'en est pas moins le plus optimiste de Gary. Au mitan des années 1950, il l’écrit pour dénoncer l’absurdité et les monstruosités des comportements humains à l’égard des milieux naturels. Il l’écrit car il pense encore pouvoir mettre en garde sur la destruction de notre environnement. Près de vingt ans plus tard, Romain Gary déplore le manque d’attention qui a été prêté à son message. Il ne croit plus pouvoir concevoir d’œuvre similaire, car pour lui, il est trop tard. Et c’est inquiet qu’il envisage cette fin de XXe siècle. 

L'extermination des baleines est une monstruosité. C'est dégueulasse, c'est absolument dégueulasse. Le massacre de bébés phoques aussi.. Quelqu'un qui a regardé dans les yeux un bébé phoque au moment où il est tué, à mon avis, s'il n'est pas traumatisé pour la vie, c'est un candidat pour les SS. L'extermination des espèces, à l'heure actuelle, est une preuve irréfutable de la condamnation de l'humanité à la disparition, par son propre fait.

“L’humanité est devenue un cancer qui se dévore lui-même”

L’écrivain revient sur les raisons pour lesquelles il devient de plus en plus pessimiste en regard des désordres du monde. Issu d’une génération née durant la Première Guerre mondiale, engagé au cours la Seconde, diplomate au moment de la constitution du bloc soviétique, Romain Gary fait le constat d’une époque marquée par les aberrations politiques, auxquelles s’ajoutent l’explosion démographique et la catastrophe écologique. L’humanité souffrirait d’un empoisonnement idéologique et environnemental, dont elle serait à la fois coupable et victime. 

Les atrocités et la violence banalisées qui imprègnent nos sociétés nous engageraient, selon le romancier, dans un processus irréversible. Par la protection de la nature, Romain Gary tend aussi à défendre une “certaine idée de l’homme”. Car pour lui, sans “réévaluation de la vie humaine", il n’y a pas d’espoir. 

Tant qu'il n'y aura pas une protection de l'humanité et une protection de la nature par une révolutionnaire méthode du contrôle des naissances, nous allons vers le sang, vers l'ordure, de manière irréversible. C'est mon opinion. Elle n'a rien d'optimiste, mais je ne suis pas politicien. Mon rôle ne consiste pas à bercer les peuples de douces illusions et de les tromper sur leur avenir.

Rediffusion d’un "A voix nue" diffusé pour la première fois le 10 janvier 1994, à partir des enregistrements de l'émission de Patrice Galbeau, "La Vie entre les lignes" réalisée en 1973 par Evelyne Frémy. 

Attachée de production : Daphné Abgrall

Réalisation : Marie-Ange Garrandeau et Vanessa Nadjar

Coordination : Sandrine Treiner

Pour aller plus loin

  • Dear Elephant, Sir… Life Magazine, 22 décembre 1967.
  • Matta a donné sa vie pour les éléphants, j’y crois. Paris Match, n°578, 7 mai 1960, p. 115, 119, 121, 123, 125, 129, 130.

Bibliographie

Œuvres sous le pseudonyme d’Emile Ajar

Œuvres sous d’autres pseudonymes 

  • L'homme à la colombe. Romain Gary a publié ce roman en 1958 sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi (Ed. Gallimard, 1984).
  • Les Têtes de Stéphanie. Romain Gary a publié ce roman sous le pseudonyme de Shatan Bogat (Ed. Gallimard, 1974).

Œuvres sous le nom de Romain Gary

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