LE DIRECT
Une Berlinale sans spectateurs ? Les organisateurs du Festival international du Film de Berlin s'y refusent

Du nouveau à la Berlinale

6 min
À retrouver dans l'émission

Cinéma - Les deux dirigeants de la Berlinale, le festival international du film de Berlin annonce quelques changements pour la 71ème édition prévue du 11 au 21 février 2021, notamment la création d'un prix d'interprétation non genré. Cette nouveauté fait débat. Ludovic Piedtenu nous raconte.

Une Berlinale sans spectateurs ? Les organisateurs du Festival international du Film de Berlin s'y refusent
Une Berlinale sans spectateurs ? Les organisateurs du Festival international du Film de Berlin s'y refusent Crédits : Adèle Bossard - Radio France

On parle cinéma, et épidémie de coronavirus ou non, on a reçu cette semaine l’assurance des deux dirigeants du festival international du film de Berlin que la Berlinale se tiendra bien du 11 au 21 février.  Cette 71ème édition se tiendra de façon physique, avec des vrais gens, des visiteurs, des amateurs de cinéma qui vont regarder des films et échanger ensemble.

Un festival et un marché du film sont des lieux de rencontre, c’est une caractéristique importante.

C’est la promesse de la co-directrice néerlandaise Mariette Rissenbeek et du co-directeur italien Carlo Chatrian, plus en charge de l’artistique. Ils ont pris la relève l’an dernier après les presque deux décennies de l’Allemand Dieter Kosslick passées à la tête du festival. Ça ne vous aura pas échappé, ils sont donc deux. Une femme / Un homme. Et tout de suite, ils ont dit qu’ils défendraient la parité, l’égalité, la mixité.

Le festival s’était engagé un an plus tôt auprès du collectif français 50/50 à fournir des statistiques genrées, en particulier sur le nombre de films soumis à sélection, à publier la liste des membres des comités de sélection, pareil pour les programmateurs. 

La Berlinale va décerner un Ours d’argent qui sera le même pour les actrices et les acteurs

Un prix récompensant une performance… sans distinction de sexe ! Idem pour les seconds rôles. Voici donc deux prix au lieu de quatre ! Les responsables du festival expliquent leur décision :

Cela constitue un signal pour une prise de conscience en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’industrie du cinéma.

Accueil plutôt positif avec tout de même au rayon des critiques, l'accusation de « politiquement correct ». L’association des acteurs par exemple dont la patronne considère qu’en faisant cela "le festival ne rend pas service au combat pour plus de justice en faveur des femmes et en faveur de la diversité. Il aurait fallu au contraire, dit-elle, rendre plus visible les genres actuellement défavorisés. Mais la suppression conduit au contraire. Elle met en lumière le fait que dans le cinéma allemand en tout cas, les rôles féminins sont toujours deux fois moins présents que les rôles masculins."

Même critique venant de l’association ProQuote qui milite pour l’égalité entre les sexes dans les médias et au cinéma. "Cela va aggraver la situation des femmes, dit sa présidente. Pourquoi ne pas créer plutôt un nouveau prix pour une représentation sensible au genre, ce serait alors une incitation à faire plus de films avec et sur des personnes non binaires et des personnes trans, par exemple."

Le débat s’est donc installé ici depuis une semaine dans les journaux, à la radio suite à cette annonce soutenue par la directrice d’un autre festival allemand, plus petit, Max Ophüls qui se tient à la fin du mois de janvier en Sarre tout près de la frontière française et de la Moselle. Ce festival remet déjà des prix sans distinction de sexe et « l’expérience est positive », selon sa directrice. 

Peut-être parce qu’il s’agit d’un festival pour jeunes talents et que dans les écoles, la proportion femme / homme est à peu près la même. Ce qui n’est pas le cas, s’empresse-t-elle d’ajouter, quand on est une femme et qu’on avance dans sa carrière dans cette industrie.

En France aussi, on peut signaler quelques éditos brûlants notamment sur les pages du site FigaroVox. Comme ces deux tribunes, d'abord, celle du réalisateur François Margolin, proche de Bernard-Henri Lévy.

Quel est l’intérêt de la décision des organisateurs de la Berlinale ? Excepté pour se soumettre à l’ambiance «politiquement correcte» du milieu.

Une autre tribune d’un certain Richard de Seze « publicitaire catho » qui qualifie les organisateurs de la Berlinale « d’agents du bien ». 

Cette décision est typique de ces gens qui aiment faire le bien et encouragent les autres à bien faire. Mais ça s’arrête là, c’est un petit monde clos sur lui-même et coupé de la réalité.

Le Prix du Jury fera son apparition en 2021

Un prix disparaît, celui qui portait le nom du 1er directeur de la Berlinale, Alfred Bauer. Une étude historique approfondie est toujours en cours, bientôt à son terme, elle sera publiée à la fin de cet été. Mais il ne fait aucun doute de ses positions quant au régime national-socialiste. Un nazi actif de haut-rang, un élément clé du dispositif de propagande orchestré par Josef Goebells. Il a dirigé la Berlinale de sa création en 1951 jusqu’en 1976.

Ces révélations étaient sorties juste avant la 70ème édition en début d’année. Et le prix avait été immédiatement renommé « 70ème édition ». Pour la fois prochaine, ce sera un Ours d’argent, prix du jury tout simplement.

Et au total donc 8 Ours décernés, lors de la clôture, ce sera la soirée du samedi 20 février 2021.

Intervenants
  • Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......