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Trois mannequins prennent un selfie après le défilé Balmain, jeudi 1er octobre

La mode de demain : "La fin du tout à l'égo"

9 min
À retrouver dans l'émission

Alors que se tiennent à Paris du 28 septembre au 6 octobre les défilés de la Fashion Week, le philosophe et enseignant à ESMOD Jean-Louis Bischoff nous expose la nouvelle mentalité des créateurs avec le concept d'ultra-modernité.

Trois mannequins prennent un selfie après le défilé Balmain, jeudi 1er octobre
Trois mannequins prennent un selfie après le défilé Balmain, jeudi 1er octobre Crédits : Jacopo M. Raule - Getty

Les étudiants de mode d'aujourd'hui, acteurs de l'ultra-modernité

A mes yeux, ils forment une micro-loupe qui nous permet de mieux saisir et mieux comprendre les fluctuations intellectuelles, économiques et même spirituelles des temps. Ils partent à la conquête de ce qui se joue réellement. Ce sont des acteurs de l'ultra-modernité.                        
Jean-Louis Bischoff

Qu'est-ce alors que l'ultra-modernité ? Le concept apparaît en 1992 sous la plume du sociologue britannique Anthony Giddens, qui fut également la plume de l'ancien premier ministre anglais Tony Blair. Selon Giddens, l'ultra-modernité n'est pas une sortie de la modernité, mais un déploiement de la modernité. En lieu et place d'une raison froide, mécanique et utilitariste, œuvrant au désenchantement du monde qui nous entoure, l'ultra-modernité prône une raison plus sensible. 

C'est simplement le credo selon lequel la raison sans le coeur est inféconde, et que le coeur sans le déploiement de la raison est aveugle. Il y a ainsi une réhabilitation radicale en ultra-modernité des désirs, des affects, de l'imagination, bref, de toute la partie chaude de l'individu.                        
Jean-Louis Bischoff

L'ultra-modernité, nous explique le philosophe et enseignant à ESMOD Paris, se joue donc autour de trois critères :

  • Remplacement de la raison rationnelle par une raison sensible
  • La fin du "tout à l'égo" : un désir d'appartenance qui se manifeste dans la création d'une nouvelle socialité, "une socialité tribale"
  • Le temps principal n'est plus le futur, mais le présent : le présent est entendu au sens d'un cadeau dont on cherche à explorer les richesses. 

Ce qui est certain, c'est qu'on voit bien dans les écoles de mode qu'il y a une prise en charge de l'intériorité humaine.                      
Jean-Louis Bischoff

Les tendances (philosophiques) de la mode de demain

  • Une durabilité véritable :

Avant tout, les étudiants en mode d'aujourd'hui sont très lucides. Le greenwashing à la Gucci ou Adidas, ils n'en sont pas dupes. Ils ont un désir de sincérité et détestent la vraie fausse durabilité, d'où leur point de vue très critique à l'égard des marques que je viens de citer. Ils cherchent à véritablement se déployer digne de ce nom. C'est une tendance tellement massive chez les étudiants que ce n'est même plus un élément différenciant. Jean-Louis Bischoff

  • La qualité plutôt que le nom : 

Il y a dans mon école une élève qui travaillait sur la force d'imposition du styliste au sein d'une marque. On lui demandait de suggérer un nouveau styliste pour cette marque. Sa réponse mettait en évidence que la question elle-même suppose que l'on suggère un nom, un grand nom. Mais elle se disait intéressée, au contraire, par des profils qui, peu importe leur âge, soient recrutés par rapport à la réelle valeur ajoutée qu'ils peuvent apporter à la marque. Peu importe le nombre de followers, ce qui compte, c'est pourquoi et comment cette personne travaille. C'est, en fait, une minoration de la valeur notoriété. Jean-Louis Bischoff

On est presque dans une génération post-téléréalité. A l'époque, on disait qu'une vache qui passe à la télévision, ça reste une vache. Tout cela est presque derrière nous. Jean-Louis Bischoff

  • L'idole est morte, longue vie à l'icône : 

Il faut distinguer icône et idole. On est plus du côté des icones en régime ultra-moderne. On cherche des gens appelant, des autorités qui vont nous faire grandir, plutôt que le miroir de nos aspirations instinctives premières et primitives que sont les idoles. Jean-Louis Bischoff

On passe à un régime iconique au lieu d'idolatre. Il faut se méfier, néanmoins : le mot "icône" va remplacer le mot "culte" et il y aura sans doute un usage inflationniste de ce terme. Jean-Louis Bischoff

  • Priorité à l'épanouissement : 

Ce qu'incarnent ces étudiants, c'est un désir de travail d'épanouissement. Pour le dire trivialement, ils diraient qu'ils s'en foutent de gagner moins s'ils bossent avec des potes. Ils préfèrent ça à gagner plus et s'emmerder. Jean-Louis Bischoff

Contrairement à ce qui est dit ci et là, je trouve qu'il y a dans ces générations, non pas une absence de loyauté, de fidélité, voire de durabilité à l'endroit des entreprises, mais au contraire, un désir de trouver un son, des projets enthousiasmants. Des projets et des autorités qui leur donnent envie de créer. Jean-Louis Bischoff

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