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Pour sa septième édition, le festival présentera 11 performances en plein air, entre pièces de théâtre, lectures et concerts.

Le in situ : une solution pour la création ?

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À retrouver dans l'émission

Le Festival de Villerville a la particularité de présenter des performances artistiques dans des lieux atypiques et en plein air. Ces performances "in situ" seraient-elles l'exemple à suivre pour une création artistique adaptée aux restrictions sanitaires ? Avec Aurélie Mouton-Rezzouk, théâtrologue.

Pour sa septième édition, le festival présentera 11 performances en plein air, entre pièces de théâtre, lectures et concerts.
Pour sa septième édition, le festival présentera 11 performances en plein air, entre pièces de théâtre, lectures et concerts.

Le Festival de Villerville se maintient pour une septième édition, du 27 au 30 août 2020, en respectant les restrictions sanitaires au moyen de performances qui se dérouleront toutes en plein air. Ce festival de création théâtrale contemporaine se veut à la fois rampe de lancement pour les compagnies professionnelles et scène émergente des jeunes talents d'aujourd'hui. En plus de mettre en avant ces jeunes créateurs, la particularité de cette édition est donc que les initiatives artistiques proposées auront lieu dans différents lieux du village de Villerville. Une parenthèse atypique après un été de festivals annulés en raison de la crise sanitaire. 

En ce qu'il déplace la performance théâtrale hors de son lieu institutionnel, le festival de Villerville devient un acteur et promoteur de l'in situ. Cette pratique artistique, Aurélie Mouton-Rezzouk, maîtresse de conférences en Études théâtrales à l’Institut d’études théâtrales de l’Université Sorbonne Nouvelle — Paris 3 et membre de l’Institut de recherches en études théâtrales, en a fait un de ses domaines de recherches privilégiés. Au micro de Marie Sorbier, elle nous explique ce que représente concrètement ce concept artistique, et s'il peut être envisagé comme une solution pour les créateurs à l'heure des restrictions sanitaires. 

In situ ou site specific ?

Lors d'un colloque à l'Institut français de Russie, à Saint-Pétersbourg, c'est selon ces termes que la chercheuse explicitait la notion d'in situ : On observe aujourd’hui qu’à l’instar des musées, ou des bibliothèques, le monde du théâtre (ses lieux, ses structures, ses acteurs) se présente de moins en moins comme un agent de représentation, c’est chose entendue, ni, et c’est plus nouveau, comme un dispositif de présentation, mais de plus en plus comme un opérateur ou un activateur de pensée. Mais si le théâtre pense, que pense-t-il, comment pense-t-il, par qui et en qui ? Quelle est la texture de cette acte de pensée ? Et s’il pense, comment cette pensée-théâtre travaille-t-elle le site, l’espace, urbain ou rural, public ou privé qu’il vient habiter, occuper, fracturer ? Que peut-elle pour nous ?

On utilise le terme in situ pour qualifier des propositions et productions artistiques qui prennent place ou qui investissent des lieux qui ne sont pas spécifiquement conçus pour accueillir un événement artistique ou du spectacle vivant. Aurélie Mouton-Rezzouk

Néanmoins, derrière cette définition généraliste de l'in situ, se trouvent des conceptions et des pratiques différentes selon les lieux et les pays : 

Dans les pays anglo-saxons, on tend à mettre l'accent de façon assez étroite sur la relation singulière qui s'établit entre un lieu, le contexte spatial, architectural, humain qui anime ce lieu, et le geste artistique. On parle alors de performances site specific. Ce sont des créations conçue spécifiquement pour un lieu donné.      
En France, le terme in situ comprend, au-delà de l'ensemble de ces gestes artistiques, tout ce qui relève du hors-les-murs, c'est-à-dire d'une programmation en dehors des lieux théâtraux proprement dits. Ce choix renouvelle plutôt la recherche de nouveaux espaces pour jouer davantage que la création d'un lien fort entre lieu et proposition artistique. Aurélie Mouton-Rezzouk

Le geste barrière de la création théâtrale ?

Dans ce contexte particulièrement difficile pour la création théâtrale, le in situ offre-t-il une solution envisageable à long-terme pour les artistes ? 

Le in situ apparaît comme une solution à une pluralité de problématiques que la pandémie a mises en lumière. La solution, néanmoins, repose davantage sur un imaginaire de ce que pourrait être la création in situ que sur la réalité des productions.  
On peut identifier, par exemple, un idéal de relocalisation des productions, un rêve d'arrimage au terroir qui est dans l'air du temps.  
Il y a aussi la focalisation sur l'idée du dispositif en plein air, qui est très hygiénique, mais pas systématique, car l'in situ investit également toutes sortes d'espaces clos.  
Il y a aussi en jeu la redistribution de la responsabilité de la distanciation sociale vers le spectateur, quand le dispositif scène-salle est modifié. Aurélie Mouton-Rezzouk

Il ne faut pas réduire les pratiques in situ à la performance artistique en plein air, qui n'est qu'une des possibilités de déplacement des propositions. Cela étant, aux yeux de la théâtrologue, le concept d'in situ est vecteur d'opportunités économiques et créatives pour le secteur du spectacle vivant.

Derrière ce concept, il y a la possibilité de diversifier les circuits de financements pour le spectacle vivant, la recherche de nouveaux partenaires, nombreux sur un territoire - cela pourrait pallier les difficultés rencontrées aujourd'hui par le secteur. Finalement, l'in situ tient à ce mélange d'adaptabilité, de débrouillardise et de réactivité qui fait écho à cette injonction récemment faite aux artistes de se réinventer. Aurélie Mouton-Rezzouk

Intervenants
  • Maîtresse de conférences à l'université Sorbonne-Nouvelle, muséologue et théâtrologue

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