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"Thésée reconnu par son père", Hippolyte Flandrin

Prix de Rome : « Est-ce l'art ancien qui nécessite aujourd'hui d'être expliqué ? »

8 min
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A l'occasion de l'ouverture de l'exposition "Hippolyte, Paul, et Auguste Flandrin" au Musée des Beaux Arts de Lyon, l'historien de l'art et collectionneur Jérôme Montchal revient au micro de Marie Sorbier sur le Prix de Rome, ce prestigieux concours gagné en 1832 par Hippolyte Flandrin.

"Thésée reconnu par son père", Hippolyte Flandrin
"Thésée reconnu par son père", Hippolyte Flandrin Crédits : Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon consacre une exposition à Hippolyte, Paul, et Auguste Flandrin, trois artistes parmi les plus importants de la scène artistique lyonnaise du 19ème siècle. En 1832, Hippolyte Flandrin remporte le fameux Prix de Rome avec son tableau Thésée reconnu par son père (que l'on peut découvrir dans l'exposition), s’ouvrant ainsi les portes d’un séjour de cinq années à Rome, à la Villa Médicis. Au micro de Marie Sorbier, le docteur en histoire de l'art, directeur de théâtre et collectionneur Jérôme Montchal explique ce qu'est le Prix de Rome et son rapport à l'activité de collectionneur.

Tout collectionneur a un rapport particulier avec la collection et avec sa collection. En l'occurence, j'ai deux collections. Une qu'on voit dans le spectacle de Mohamed El Khatib Boule à neige, qui est une collection de boules à neige, qui n'est pas sérieuse, qui ne coûte pas cher, qui amuse beaucoup et que je montre bien plus que l'autre, alors qu'elle est plus risible.            
Jérôme Montchal

La deuxième collection de Jérôme Montchal est basée sur la production des élèves de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris au 19ème siècle. Ce sont notamment des tableaux destinés à des concours et à des épreuves. Au 19ème siècle, les élèves de cette institution convoitaient particulièrement le Prix de Rome, car cette récompense pouvait leur ouvrir les portes de nombreuses institutions. Le vainqueur de ce prix pouvait notamment passer cinq ans à la Villa Médicis, et être accueilli à son retour en France avec tous les honneurs : des commandes leur assurant une activité économique, une introduction à l'Institut de France, des opportunités pour décorer des églises... 

Pour prétendre au Prix de Rome, l'artiste doit livrer un tableau d'1m16 sur 1m46 sur un sujet donné. Il dispose de trois ans pour le terminer, mais doit proposer une esquisse dès le premier jour du concours, sur une toile de 41cm par 33cm. Pour réussir cette esquisse qui sera déterminante pour la suite du concours, car c'est sur sa composition que sera calquée celle du tableau final, il est impératif pour les artistes de s'entraîner. C'est ce qu'ils font chez eux, mais surtout à l'Ecole des Beaux-Arts, où sont organisés des concours de composition, également sur des toiles de 41cm par 33cm. Ces concours sont au nombre de quatre par an, avec une moyenne de 120 candidats.

Ce sont ces petits tableaux que je collectionne. Ils sont pour moi comme les boules à neige et le théâtre, qui est mon métier : des mondes contenus dans un petit espace. Le théâtre est un vrai monde, complet, avec un début et une fin, avec des gens qui vivent, meurent, rient et pleurent. Les tableaux aussi.            
Jérôme Montchal

Souvent, dans les tableaux, les gens meurent, car les sujets sont choisis dans la mythologie et dans la religion. Ce sont toujours des histoires abominables, de femmes reconnaissant leurs époux morts, d'une femme disant à son mari de reprendre les armes et d'aller sauver leur ville... Les boules de neige sont très théâtrales aussi : quand on les secoue, une tempête se passe. Le lien qui unit ces collections, c'est sans doute mon désir de vouloir maîtriser le monde.            
Jérôme Montchal

Dans sa collection de ces esquisses destinées au Prix de Rome, qui empruntent souvent leur sujet à la mythologie ou à la Bible, le thème de la jeunesse est récurrent . Ces tableaux sont fait par des artistes de moins de 30 ans, à l'instar des créateurs que Jérôme Montchal cherche à soutenir en tant que directeur du théâtre Equinoxe, scène nationale de Châteauroux. 

Il y a une iconographie que j'aime beaucoup, celle du retour du fils prodigue. Il réclame sa part d'héritage avant que son père meure et la dilapide, alors que ses frères ont gardé la leur pour la faire fructifier. Un jour, il garde des cochons et s'aperçoit qu'ils sont plus propres que lui et qu'ils mangent mieux que lui : il a raté sa vie. Il revient et son père l'accueille, lui pardonne. C'est une iconographie magnifique, dont les sentiments théâtraux peuvent inspirer un peu plus de profondeur aux jeunes peintres.            
Jérôme Montchal

A l'époque du Prix de Rome, l'art était montré dans des églises et dans des établissements publics, alors qu'il tend de nos jours à être cantonné à l'espace muséal. Jérôme Montchal s'interroge sur le niveau de connaissance qu'il faut pour comprendre l'art du 19ème siècle et l'art contemporain.

L'art contemporain nécessite-t-il une explication pour être immédiatement accessible ? Est-ce l'art ancien qui nécessite aujourd'hui d'être expliqué ? Peu de gens reconnaissant les iconographies les plus délicates, mais on peut quand même se retrouver dans les sujets des tableaux anciens, en ayant une culture de la mythologie ou de la Bible.            
Jérôme Montchal

Collectionner, est-ce accumuler par peur du vide ? En tant que collectionneur, Jérôme Montchal dit avoir du mal à se séparer des pièces de ses différentes collections, mais essaye de les trier.

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