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Le jardin et la façade de la Villa Médicis à Rome.

Réouverture de la Villa Médicis, "laboratoire d'expérimentation pour les artistes depuis plus de 350 ans"

8 min
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Depuis la Villa Médicis à Rome, son nouveau directeur Sam Stourdzé revient au micro de Marie Sorbier sur les expositions avec lesquelles l'institution française réouvre ses portes au public.

Le jardin et la façade de la Villa Médicis à Rome.
Le jardin et la façade de la Villa Médicis à Rome. Crédits : Masci Giuseppe - Getty

Depuis la Villa Médicis à Rome, qui réouvre ses portes et ses jardins avec trois expositions, le nouveau directeur de l'Académie de France à Rome Sam Stourdzé est au micro de Marie Sorbier. Il revient notamment sur l'exposition des pensionnaires de la promotion 2020/2021 de la Villa Médicis, qui débute le 17 juin. Cette exposition présente le travail de plasticiens, mais aussi d'artistes dont les formes d'expression sont plus immatérielles. Comment alors montrer leur travail et pourquoi choisir pour cela le format d'une exposition ?

La Villa Médicis accueille chaque années 16 pensionnaires et 35 résidents, le tout formant un groupe de créateurs et de chercheurs d'une cinquantaine de personne. Si on pense souvent qu'ils sont essentiellement des artistes, explique Sam Stourdzé, ce sont aussi et avant tout des chercheurs, mêlant toujours à des champs comme l'histoire de l'art, la musique, le cinéma et la littérature une démarche axée vers la recherche. Les pensionnaires arrivent à la Villa Médicis au mois de septembre et terminent leur séjour en août de l'année suivante. Au début de l'été, à la fin du mois de juin, 500 mètres carrés de la Villa Médicis accueillent une exposition où chacun de ces pensionnaires expose son travail. 

C'est très intéressant de voir un historien de l'art ou un écrivain se lancer dans une intervention performative, de voir une documentariste sonore jouer avec des images animées. Cette exposition devient pour eux un terrain d'expérimentation, pour jouer avec les formes et restituer autrement leur sujet.  
Sam Stourdzé

Par exemple, un historien de l'art spécialiste du costume a travaillé sur une représentation d'agrandissements de fragments de tableaux, livrant ainsi une pièce visuelle forte qui renforce son propos théorique. 

Autrement connue sous le nom d'Académie de France à Rome, la Villa Médicis est depuis plus de 350 ans un laboratoire d'expérimentation pour les artistes. Si l'institution s'appuie sur un passé glorieux, ayant accueilli des artistes très renommés comme le compositeur Berlioz, elle continue de se maintenir chaque année à la pointe de la création contemporaine.

A la Villa Médicis, on peut être pensionnaire ou résident. Les pensionnaires sont choisis à l'issue d'un processus protocolaire. Cette année, parmi les 600 candidats, seuls 16 ont été choisis, après que leurs dossiers ont été analysés par des experts et puis auditionnés par un jury. Une fois sélectionnés, ils sont hébergés à la Villa Médicis et reçoivent une bourse mensuelle pendant un an. En parallèle, les résidents sont accueillis dans l'institution pour une plus courte durée, allant de un à trois mois. 

Tout cela forme une grande communauté communauté transdisciplinaire qui se nourrit de temporalités et de domaines différents pour développer des échanges, un partage.  
Sam Stourdzé

La Villa Médicis n'est pas seulement un lieu de résidence. A Rome, 18 pays étrangers, dont la Suisse, l'Angleterre, l'Allemagne, la France, la Roumanie et l'Egypte, ont une académie. Chacune de ces institutions a un fonctionnement différent et accueille des artistes et créateurs. L'Académie de France est une des rares à avoir démultiplié ses missions, précise Sam Stourdzé, notamment après la nomination par André Malraux du peintre Balthus directeur de l'institution, poste qu'il a occupé pendant 17 ans. Mise en place à cette époque, cette mission aujourd'hui nommée "mission Malraux" est tournée vers la valorisation. Il s'agit de faire de la Villa Médicis un centre d'art, disposant de 500 mètres carrés d'espace d'exposition, une salle de cinéma, un grand salon où organiser des colloques, conférences et concerts, des jardins où faire des événements en plein air. 

La Villa Médicis s'est dotée de ces lieux de transmission, de valorisation et de restitution de l'art pour devenir un centre d'art international qui compte dans le paysage romain avec une programmation extrêmement ambitieuse.  
Sam Stourdzé

Pour la réouverture, on a voulu marquer un coup assez fort, en ouvrant presque simultanément trois expositions au sortir de la pandémie, alors que d'ordinaire nous n'en présentons qu'une à la fois. Il nous paraissait important de dire qu'on était de retour avec l'art et la culture, et d'utiliser de manière inattendue l'ensemble de nos espaces. Nous sommes un centre d'art, un lieu patrimonial, mais pas un musée traditionnel.  
Sam Stourdzé

La troisième mission de la Villa Médicis est d'ordre patrimonial. Il s'agit de conserver l'exceptionnel palais qui abrite l'institution, construit durant la Renaissance à l'initiative de Ferdinand de Médicis, ainsi que son historique jardin de six hectares situé en plein centre de Rome.  

Le grand enjeu, c'est la manière dont les trois missions s'enchevêtrent. La création contemporaine, la valorisation et l'action patrimoniale ne sont pas pensées en silos, elles communiquent. C'est un petit condensé de politique culturelle.  
Sam Stourdzé

Cet été, la Villa Médicis accueillera donc trois expositions. Une se porte sur le travail du plasticien Mircea Cantor,  une autre rassemble le duo Toiletpaper formé par Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari et le photographe Martin Parr, et la troisième sera consacrée aux travaux des pensionnaires 2020/2021. 

Ces trois expositions seront l'occasion de parcourir les différents lieux patrimoniaux de la Villa Médicis, de passer du jardin au Studiolo où l'on peut découvrir les fresques de Zucchi datant de la Renaissance et où Mircea Cantor a déposé certaines de ses installations. C'est une manière de faire l'expérience de la création contemporaine et de ces lieux magiques qui font rêver Romains et touristes de passage.  
Sam Stourdzé

C'est aussi un moyen de casser l'image habituelle qu'on a de la Villa Médicis, au-delà de celle, archaïque, d'un palais de la Renaissance où l'on débusquerait un peintre installé au détour d'une allée, pinceau dans la main et baguette de pain sous le bras. On est plus contemporain que ça, à la Villa Médicis. Nos artistes utilisent la caméra, la palette graphique, sont très en prise avec des questions contemporaines comme celles du métissage, du genre, de l'écologie.  
Sam Stourdzé

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Intervenants
  • Directeur la Villa Médicis, ancien Directeur des Rencontres d'Arles, commissaire d'exposition

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