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Les corbeaux de "Dumbo", pour leur représentation stéréotypée et dégradante des Noirs américains, font partie des scènes visées par le nouvel avertissement.

Disney et ses clichés racistes, "fautifs à l'époque et fautifs aujourd'hui"

8 min
À retrouver dans l'émission

Disney fait désormais précéder certains de ses films d'un avertissement sur la présence de "descriptions culturelles démodées". Nicolas Martin-Breteau, spécialiste de l'histoire américaine, nous livre son analyse de cette évolution de l'empire des dessins-animés à l'heure de Disney+.

Les corbeaux de "Dumbo", pour leur représentation stéréotypée et dégradante des Noirs américains, font partie des scènes visées par le nouvel avertissement.
Les corbeaux de "Dumbo", pour leur représentation stéréotypée et dégradante des Noirs américains, font partie des scènes visées par le nouvel avertissement. Crédits : "Dumbo" - Disney

Disney ajoute désormais un bandeau à certains de ses grands classiques comme Peter Pan, Les Aristochats ou Dumbo. Ni sexe, ni violence mais des séquences dont le contenu est aujourd'hui jugé raciste. Pour mettre en garde le spectateur contre des clichés racistes présents dans certaines scènes, un avertissement précèdera désormais les œuvres concernées en précisant que ces stéréotypes « étaient fautifs à l’époque et sont fautifs aujourd’hui ».  

Avec Nicolas Martin-Breteau, maître de conférence à l'Université de Lille, spécialiste de l'histoire des Etats-Unis et l'histoire africaine-américaine. 

Cet avertissement est formulé de manière intéressante car il montre qu'il n'est pas anachronique de reprocher à certaines oeuvres culturelles leur racisme, même en parlant depuis l'année 2020. Il est clair que des oeuvres de Disney étaient déjà fautives à l'époques où elles ont été créées, dans la mesure où des personnes comme des Africains-Américains ou des Amérindiens critiquaient bien la structure raciale de la société américaine.      
Nicolas Martin-Breteau

"Au lieu de déboulonner ses monuments, Disney les met en contexte"

Plutôt que de retirer ces contenus, Disney revendique la nécessité d'en tirer des leçons et de susciter le dialogue. Le bandeau explicatif d'avertissement ne pourra donc pas être passé par les spectateurs avant de regarder un dessin animé. Une solution efficace ?

C'est une solution aux débats souvent polémiques qui ont lieu  également en Europe, en particulier en France, dans la mesure où plutôt que de censurer l'oeuvre, Disney propose une solution d'ordre éducative. D'un certain point de vue, c'est une solution a minima. Il serait peut-être intéressant de pousser plus loin l'idée en proposant une deuxième version de l'oeuvre où à chaque scène prêtant à discussion, une fenêtre s'ouvrirait pour expliquer les problèmes engagés dans cette scène. Cela pourrait concerner aussi des monuments du septième art comme Autant en emporte le vent. Au lieu de déboulonner ses monuments, Disney propose de les mettre en contexte.      
Nicolas Martin-Breteau

Eviter une vision absolutiste du passé

Dans ce fameux bandeau préventif, Disney avertit sur des "descriptions culturelles démodées". S'agit-il donc d'une affaire de mode ?

Formuler la question de cette façon permet de mettre à distance l'idée même d'une vision absolutiste sur le passé depuis le présent. Le mode de représentation du monde actuel sera peut-être également remis en question dans 50 ou 100 ans. Cela permet de garder une forme de modestie face à ces questions. On n'est jamais certain d'avoir atteint une forme d'expression ultime. Il faut donc lancer un travail civique, s'il n'est infini, à réaliser sur plusieurs générations.  
Nicolas Martin-Breteau

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