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"Eclair illuminant un cerf" de Joseph Beuys

"On a un cerveau pour Apollon, et un pour Dionysos. L'art agit sur les deux"

8 min
À retrouver dans l'émission

Quelles sont les vertus thérapeutiques de l'art ? Le neurologue Pierre Lemarquis nous explique comment les neurosciences confirment l'impact positif de l'art sur le corps et l'esprit humains, pressentis par les philosophes, après la parution de son essai "L'art qui guérit" (4 novembre 2020, Hazan).

"Eclair illuminant un cerf" de Joseph Beuys
"Eclair illuminant un cerf" de Joseph Beuys Crédits : Musée Guggenheim, Bilbao

Suite à la parution de son essai L'art qui guérit, le 4 novembre 2020 aux éditions Hazan, le neurologue Pierre Lemarquis développe au micro de Marie Sorbier les vertus thérapeutiques de l'art sur le cerveau et le corps humains, telles qu'avérées par l'étude neuroscientifique.

L'art qui guérit

Et si l’art pouvait vraiment nous aider à vivre mieux et plus longtemps ? « Un jour on saura peut-être qu’il n’y avait pas d’art, mais seulement de la médecine », écrit J.M.G. Le Clézio. Le rapport de l’OMS du 11 novembre 2019 confirme son intuition et affirme que l’art peut être bénéfique pour la santé, tant physique que mentale.

Si les philosophes ont les premiers pressenti l’impact du beau et de l’art sur le cours de notre existence, sur notre humeur, notre état d’esprit et notre santé, leurs thèses sont désormais confirmées par les neurosciences, qui nous révèlent comment notre cerveau et, par là, notre corps entrent en résonance avec la création artistique sous toutes ses formes. On sait aujourd’hui comment l’art sculpte et caresse notre cerveau et s’avère indispensable à notre vie. Tuteur de résilience, il élargit aussi notre vision du monde et nous métamorphose dans un processus de guérison, voire de renaissance.

On a deux cerveaux : un qui capte les informations et les compare à ce qu'on a en mémoire, et un lié au système du plaisir et de la récompense, qui nous donne envie de vivre. Car ce n'est pas le tout de savoir ce qu'il faut faire pour rester en vie, encore faut-il en avoir envie. On peut dire qu'il y a un cerveau pour Apollon et un autre pour Dionysos.            
Pierre Lemarquis

Selon le neurologue, l'art agit sur ces deux cerveaux. D'une part en élargissant notre esprit d'esprit face à l'apprentissage d'informations nouvelles, d'autre part en agissant sur nos émotions.

On se fait happer par une oeuvre d'art. On rentre à l'intérieur, on est d'accord pour le faire. Elle nous caresse alors en stimulant plein de bonnes hormones dans le cerveau, et nous donne envie de vivre.            
Pierre Lemarquis

Tuteur de résilience

Dans son essai, Pierre Lemarquis cite l'artiste allemand Joseph Beuys : "Si un couteau te blesse, il faut mettre un pansement sur la lame du couteau". Une définition de la résilience ?

Ce concept de résilience a notamment été défini par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, auteur de la préface de L'art qui guérit, comme la reprise de la vie de l'esprit après et malgré son anéantissement par une catastrophe psychique. L'équivalent psychiatrique du Ce qui ne te tue pas te rend plus fort de Nietzsche. 

Mettre un pansement sur la lame du couteau, c'est traiter la cause de la souffrance. C'est plus adroit, selon Beuys, si l'on veut commencer à guérir.            
Pierre Lemarquis

Si l'on peut envisager le soulagement produit par l'art auprès de son créateur, comment comprendre ces bienfaits sur le spectateur ?

Joseph Beuys, par exemple, a été le premier à parler d'Auschwitz. Avec son installation sous cloche, on voit les choses à travers la vitre, elle ne peuvent plus nous atteindre, alors que ce sont des choses épouvantables (blocs de graisse, réchaud à gaz, boudin). On peut revivre les évènements en les voyant de l'extérieur, et on peut donc amorcer une résilience. Commencer à en parler est un premier pas vers la guérison.            
Pierre Lemarquis

Empathie esthétique

Le neurologue Pierre Lemarquis est également l'auteur d'un ouvrage intitulé L'empathie esthétique, paru en 2015 aux éditions Odile Jacob, dans lequel il développe ce concept, retraçant l'origine de son utilisation.

On parle beaucoup d'empathie, mais la première fois que le terme a été employé, au milieu du 19ème siècle, c'était une notion d'esthétisme. C'est la façon dont on rentre dans une oeuvre d'art et dont elle rentre à l'intérieur de nous. On voit comment elle voit le monde, et inversement elle nous transforme. Un processus capturé avec plus de concision par la langue allemande : Einfühlung, le ressenti de l'intérieur.            
Pierre Lemarquis

On sait aujourd'hui que le cerveau perçoit une oeuvre d'art comme une entité biologique. Il cherche à trouver du sens, et toute une théorie de l'esprit se met en route, comme un dialogue. L'effet sur le plan émotionnel et intellectuel que voulait produire l'artiste reste présent. Pierre Lemarquis

Aux yeux de Pierre Lemarquis, un des exemples marquants parmi les nombreux que convoque l'essai L'art qui guérit est celui de l'artiste suisse Aloïse Corbaz, qui a continué à dessiner durant les cinquante années de son internement dans un asile psychiatrique. De même, l'artiste Niki de Saint Phalle est citée, en ce que son oeuvre peut être perçue comme une lutte contre le traumatisme de son enfance, durant laquelle elle fut violée par son père, ce qu'elle confessa à l'âge de 60 ans. 

La liste ne s'arrête pas là, mais chaque exemple est d'une richesse révélatrice de l'ampleur des vertus thérapeutiques de l'art. Comme celui de Charlotte Salomon, issue d'une famille où plusieurs femmes étaient bipolaires et se sont suicidées, qui réalisa près de 800 peintures à la gouache avant d'être arrêtée par la Gestapo et d'être emmenée à Auschwitz. Son oeuvre est visible sur le site du Musée juif d'Amsterdam.

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Bibliographie

"L'art qui guérit", un essai de Pierre Lemarquis

L'art qui guéritHazan, 2020

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