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Une visiteuse face à l'oeuvre d'Anish Kapoor lors de la FIAC 2019 au Grand Palais, à Paris.

FIAC online : quels enjeux pour les artistes et les collectionneurs ?

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Alors que la FIAC s'apprête à inaugurer sa première édition entièrement numérique, le critique d'art Dominique Moulon, spécialiste de l'art digital, revient sur les enjeux de cet événement international de l'art contemporain au micro de Marie Sorbier.

Une visiteuse face à l'oeuvre d'Anish Kapoor lors de la FIAC 2019 au Grand Palais, à Paris.
Une visiteuse face à l'oeuvre d'Anish Kapoor lors de la FIAC 2019 au Grand Palais, à Paris. Crédits : Alain JOCARD - AFP

La FIAC inaugurera mardi 2 mars 2021 sa première édition en ligne. Au micro de Marie Sorbier, le critique d'art Dominique Moulon analyse les enjeux posés par cette forme numérique qu'expérimente la FIAC. Un moyen de rester présent sur la scène internationale de l'art contemporain ?

Grand rendez-vous international de l'art contemporain, la FIAC a fait le choix de se maintenir au moyen d'une édition 100% numérique. Si c'est le contexte pandémique qui a motivé cette décision, il était, selon Dominique Moulon, grand temps que l'événement se rapproche du numérique. 

La FIAC va enfin investir Internet et se poser la question de l'art à l'ère du digital. Tout cela n'est pas très nouveau. Les artistes ont l'habitude de s'approprier les technologies de leur temps. Des tendances comme le net art, qui ont investi Internet pour y déposer des oeuvres, existent depuis le début des années 1990. Ils n'ont pas attendu la pandémie pour investir ce territoire.                      
Dominique Moulon

Comment les collectionneurs se situent par rapport à ce passage à l'immatériel ? Une visite virtuelle, sans contact physique, affecte-t-elle les modalités d'achat d'une oeuvre d'art ? Les expositions virtuelles, elles aussi, apparaissent dès les années 1990 avec des plateformes comme Second Life, rappelle Dominique Moulon. Ainsi, les collectionneurs n'ont pas attendu la pandémie non plus pour acheter des oeuvres en ligne : plusieurs plateformes comme Artsy sont bien établies depuis plusieurs années.

Les galeristes étaient méfiants quant à ces plateformes, et l'ont été beaucoup moins lorsque leurs galeries ont fermé.                     
Dominique Moulon

En parallèle de ce développement des plateformes d'exposition et de vente en ligne, note Dominique Moulon, la réouverture des galeries malgré le contexte sanitaire a donné lieu à un bond sans précédent dans leur fréquentation par le public.

Avec l'émergence d'Internet et des plateformes de vente, les cartes sont régulièrement rebattues dans le monde de l'art. Par exemple, le développement du crypto-art, une nouvelle tendance qui se définit par la relation du collectionneur à l'artiste, où ce dernier vend ses oeuvres en échange de crypto-monnaies comme le bitcoin.                      
Dominique Moulon

Le crypto-art serait comme un nouveau marché de l'art en ligne, où des collectionneurs peuvent acheter des crypto-monnaies (dont la valeur boursière est restée particulièrement haute malgré les impacts économiques de la pandémie) afin de payer par la suite des artistes en échange d'une oeuvre. Outre les collectionneurs, ce nouveau marché peut aussi attirer des acheteurs plus avertis sur les enjeux financiers de ces crypto-monnaies, qui ne sont pas nécessairement des experts en matière d'art contemporain. 

Il me paraît très important les musées, centres d'art, galeries et foires investissent Internet beaucoup plus que par le passé. Mais il faut rappeler que les artistes y étaient déjà depuis longtemps, que des plateformes de vente et de crypto-art existaient déjà. Evidemment, la pandémie et l'impératif de distanciation ont beaucoup profité à ces supports numériques.                
Dominique Moulon

La virtualisation de l'exposition présente-t-elle un risque en ce qu'elle pourrait influer sur le choix des acheteurs ? Par exemple, si des oeuvres sont exposées plus visiblement que d'autres sur la plateforme en ligne, cette foire en ligne pourrait s'apparenter à une curation déguisée, où des galeries payant plus cher bénéficient d'un meilleur placement dans la visite virtuelle. Si ce risque est réel, il est important de rappeler, comme le précise Dominique Moulon que ces inégalités quant aux conditions d'exposition en fonction des moyens financiers des galeries existaient déjà dans les éditions habituelles de la FIAC.

A la FIAC, l'allée centrale est celle des grandes galeries, celles qui payent plus cher. Elles disposent d'une plus grande surface au mètre carré. C'est dans les extrémités de la salle que ce trouvent des stands qui n'ont pas été nécessairement payés et qui appartiennent souvent à des structures institutionnelles. Il y avait donc déjà une curation en fonction du prix du mètre carré.              
Dominique Moulon

De même, dans une autre foire d'art contemporain majeure comme Art Basel, la section "Unlimited" ne donne pas leur place à toutes les galeries. Dans ce cas-là comme dans celui de la FIAC, il s'agit de l'irruption de questions économiques dans le monde de l'art contemporain. 

L'art et l'économie, quand on parle de marché, ont toujours fait bon ménage. C'est justement l'idée du marché de l'art que de mettre l'économie à bonne place. Sur Internet, les oeuvres affichées avec des images plus grandes que celles d'autres artistes seront certainement avantagées. Une inégalité qu'on retrouve dans la version historique de la FIAC au Grand Palais, avec l'espace et l'accessibilité dont bénéficiaient les galeries de l'allée centrale.    
Dominique Moulon

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