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La nouvelle façade de la Samaritaine, côté rue de Rivoli.

La Samaritaine : "Depuis la pyramide du Louvre, les colonnes de Buren et Beaubourg, qu'a-t-on construit d'aussi significatif dans le centre de Paris ?"

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En amont de la réouverture de la Samaritaine, l'historien de l'architecture Jean-François Cabestan revient au micro de Marie Sorbier sur la restauration de ce bâtiment mythique et son importance dans le patrimoine architectural français.

La nouvelle façade de la Samaritaine, côté rue de Rivoli.
La nouvelle façade de la Samaritaine, côté rue de Rivoli. Crédits : Ludovic MARIN - AFP

Le mythique bâtiment parisien de la Samaritaine va rouvrir ses portes le 19 juin, après des années de travaux, de fermetures et de polémiques. L'historien de l'architecture Jean-François Cabestan a suivi de près le chantier de restauration de la Samaritaine. Au micro de Marie Sorbier, il revient sur l'importance de ce bâtiment pour notre patrimoine architectural. 

La Samaritaine est une grande aventure architecturale, mais aussi littéraire. Avant de commencer les travaux commandés par Ernest Gognacq et Marie-Louis Jaÿ, les propriétaires de l'immeuble, l'architecte Frantz Jourdain avait donné des plans à Emile Zola, alors que ce dernier était en train de préparer son roman Au bonheur des dames, plongée dans la vie des grands magasins parisiens. 

Le 19 juin, le public parisien va redécouvrir la Samaritaine, et notamment les halls de la maroquinerie et de la parfumerie qui, dessinés par Jourdain et ayant fait l'objet d'une minutieuse restauration, constituent les éléments architecturaux les plus spectaculaires du grand magasin selon Jean-François Cabestan

La façade de la Samaritaine a suscité beaucoup de réactions dans l'opinion publique. Les côtés Seine et Rivoli ont fait l'objet de nombreux projets depuis le début du 20ème siècle. Le plus notable est celui du successeur de Frantz Jourdain, l'architecte Henri Sauvage, à qui on doit la façade monumentale qui donne sur la Seine, et constitue une oeuvre architecturale emblématique de Paris. Les projets concernant la façade Rivoli ont été interrompus suite à la crise économique de 1929, si bien que la façade du magasin n°4 est restée inachevée. Ce mois-ci, la Samaritaine s'apprête à réouvrir avec une nouvelle façade sur la rue de Rivoli, un projet auquel a participé Jean-François Cabestan en tant que consultant.

J'ai accepté cette mission parce qu'elle est un geste incroyable. Depuis la pyramide du Louvre, les colonnes de Buren, Beaubourg, qu'a-t-on construit d'aussi significatif dans le centre de la capitale ?                          
Jean-François Cabestan

Pour Jean-François Cabestan, les polémiques suscitées par cette nouvelle façade relèvent d'un manque de compréhension des réels enjeux architecturaux de la Samaritaine. Outre cette façade, représentant 80 mètres linéaires de verre ondulé, il s'agissait surtout de reconfigurer et de réaffecter 70,000 mètres carrés. 

Le débat a été faussé, et le public français a en horreur la création contemporaine. L'idée qu'on puisse associer au patrimoine des gestes orientés vers la contemporanéité est très mal reçue. C'est beaucoup plus facile de construire du neuf dans de l'ancien en Allemagne et en Suisse, par exemple.                          
Jean-François Cabestan

Dès l'époque de Frantz Jourdain, la façade de la Samaritaine, faite de métal, de verre polychrome et de laves de Volvic émaillées, était en fort contraste avec le paysage parisien. Il disait vouloir habiller sa Samaritaine comme une prostituée de sorte que personne ne puisse résister à l'envie d'y entrer, de la visiter et de parcourir tous les étages. Les slogans publicitaires "On trouve tout à la Samaritaine" et "La Samaritaine, le plus grand des grands magasins" participaient de cette vision.                      
Jean-François Cabestan

Que va devenir le toit de la Samaritaine, somptueuse et large terrasse offrant une vue panoramique sur Paris ? Son accessibilité a été fortement compromise par la rénovation du grand magasin, car elle était initialement destinée à être le point d'arrivée des bouches d'aération. Une idée à laquelle Jean-François Cabestan s'est opposé, revendiquant que la terrasse de la Samaritaine relève du patrimoine immatériel. Elle sera donc accessible, mais reste à savoir à quel type de visiteurs.

La Samaritaine est un bâtiment somptueux, c'est comme un énorme navire. Il est très difficile de dire ce qu'il s'y passe exactement aujourd'hui, et il a fallu déployer des trésors d'inventivité pour la rénovation.                      
Jean-François Cabestan

Jean-François Cabestan regrette que la Samaritaine ne soit plus entièrement accessible au public parisien. En plus des halls de la maroquinerie et de la parfumerie (qui seront occupés essentiellement par des enseignes de luxe), la surface commerciale sera limitée à trois étages. Le reste sera destiné à des bureaux, quelques logements sociaux et un hôtel de luxe, le Cheval Blanc. C'est probablement le Cheval Blanc qui bénéficiera de la terrasse, qui deviendrait accessible uniquement aux occupants de la suite présidentielle de l'hôtel. 

C'est peut-être le seul moyen de sauver ce grand équipement parisien, mais on peut regretter l'époque où la Samaritaine était le magasin de tous. Jean-François Cabestan

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