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"La traite des Noirs" de Géricault.

"La traite des Noirs", le pendant inachevé du "Radeau de la Méduse" de Géricault

7 min
À retrouver dans l'émission

Dans le cadre de la journée spéciale "Mémoires de l’esclavage" sur France Culture, la conservatrice générale du patrimoine Emmanuelle Brugerolles revient sur le dessin inachevé de Géricault "La traite des Noirs", qui devait être le pendant du "Radeau de la Méduse".

"La traite des Noirs" de Géricault.
"La traite des Noirs" de Géricault. Crédits : Beaux-Arts de Paris

Le peintre Théodore Géricault, auteur du fameux Radeau de la Méduse exposé au Musée du Louvre, avait prévu de réaliser un autre grand tableau politique. De ce pendant inachevé du Radeau de la Méduse, il reste un dessin préparatoire, une sanguine intitulée La traite des Noirs sur un marché d'esclaves au Sénégal. Dans le cadre de la programmation spéciale de France Culture dédiée aux mémoires de l'esclavage, la conservatrice générale du patrimoine et chargée des collections des dessins aux Beaux-Arts de Paris Emmanuelle Brugerolles revient au micro de Marie Sorbier sur cette sanguine de Géricault et explique pourquoi c’est une œuvre exceptionnelle.

Chef d'oeuvre de la collection des Beaux-Arts de Paris, très connu des spécialistes, cette sanguine est une oeuvre de grand format qui représente plusieurs esclaves. L'un d'entre eux est en train d'être martyrisé et battu par un homme blanc. Autour de lui, des femmes et des hommes, dont l'un porte au cou un collier d'esclave, sont rassemblés. Tous ces personnages sont nus.

Il s'agit d'une étude préparatoire ambitieuse pour un projet que Géricault a sans doute conçu entre 1820 et 1823. Vraisemblablement, cette étude était destinée à un tableau qui aurait été le pendant du Radeau de la Méduse.                      
Emmanuelle Brugerolles

Le thème de la traite des Noirs est particulièrement original et jamais traité à l'époque de Géricault, précise Emmanuelle Brugerolles. Artiste engagé, Géricault aborde des sujets politiques et d'actualité. Il y a non seulement Le Radeau de la Méduse, mais aussi son traitement du thème de l'exécution capitale suite au voyage du peintre en Italie. Dans La traite des Noirs sur un marché d'esclaves au Sénégal, Géricault aborde un sujet brûlant dont il est question à l'époque à l'Assemblée nationale : faut-il ou non abolir l'esclavage ? Le peintre aborde ce thème avec une technique classique, explique Emmanuelle Brugerolles, qui rappelle certaines estampes de Raphaël représentant le massacre des innocents. La technique de la sanguine, dessin rehaussé de craie noire, évoque les grands dessins des artistes de la Renaissance italienne, tels que que Raphaël et Michel-Ange.

En proposant une exposition sur le thème du dessin romantique, les Beaux-Arts de Paris donne à voir une collection exceptionnelle constituée par différents dons de dessins au milieu du 19ème siècle, et qui a été enrichie par une politique active menée par une association et grâce au Fonds du patrimoine, qui a notamment permis d'acquérir un chef d'oeuvre de Victor Hugo. Un procédé d'enrichissement qui s'inscrit dans la politique dynamique d'acquisition d'oeuvres du directeur des Beaux-Arts de Paris Jean de Loisy.

Outre Géricault et Victor Hugo, cette exposition présente des oeuvres d'Eugène Delacroix, d'Eugène Isabet et de Paul Huet. Y figurent également des dessins, signées entre autres par Célestin Nanteuil et Ary Scheffer, qui reprennent des scènes, contes et légendes de la littérature romantique allemande, redécouverts au 19ème siècle en France grâce à des traductions comme celles de Gérard de Nerval.

Au-delà du sujet de la traite des Noirs, l'oeuvre de Géricault s'articule notamment autour du motif du cheval et du thème de l'exécution capitale. Si, au 18ème siècle, le cheval est l'animal équestre qui accompagne l'aristocrate, il devient à l'époque romantique l'animal qui se cabre et que le cavalier ne peut maîtriser, explique Emmanuelle Brugerolles.
Le thème de l'exécution capitale est traité par Géricault pendant son séjour en Italie de 1816 à 1818, avec plusieurs dessins et un tableau qui a disparu, dont l'exposition aux Beaux-Arts présente une estampe rare récemment donnée à l'institution. Géricault continue d'explorer cette thématique lors de son séjour en Angleterre en 1820 avec un dessin représentant une scène de pendaison. Quant au dessin La traite des Noirs sur un marché d'esclaves au Sénégal, il s'agit de l'étude préparatoire d'un tableau qui n'a jamais vu le jour.

C'est un tableau extrêmement ambitieux. Un dessin de grand format qui a été précédé par deux petites esquisses à la pierre noire. Le dessin de notre collection est l'aboutissement d'une pensée de Géricault : la composition est mise en place, il n'y a pas de paysage, que des figures représentées nues. Des figures que, vraisemblablement, Géricault allait reprendre dans un autre dessin avec des personnages vêtus.                      
Emmanuelle Brugerolles

A la mort de Géricault en 1824, ce tableau, dont l'exécution de l'étude préparatoire est située en 1823, demeure inachevé. D'après Emmanuelle Brugerolles, le peintre aurait conçu cette oeuvre comme pendant au Radeau de la Méduse, tableau engagé où l'on peut voir, en haut du radeau, la figure d'un Noir.

L'exposition Le dessin romantique de Géricault à Victor Hugo, dans laquelle on peut voir le dessin préparatoire La traite des Noirs sur un marché d'esclaves au Sénégal de Géricault, est visible en ligne actuellement et sera ouverte au public dès le 19 mai aux Beaux-Arts de Paris. Un catalogue paru aux éditions des Beaux-Arts accompagne l'exposition.

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