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Dans "Drunk", Mads Mikkelsen boit à toute heure de la journée, les yeux fermés.

Même au travail, "la fonction positive de l'alcool reste plus puissante que l'interdit"

9 min
À retrouver dans l'émission

En salles le 14 octobre, le film "Drunk" part d'une théorie audacieuse : il nous manquerait 0,5g/L d'alcool dans le sang pour connaître notre meilleur potentiel, au travail comme entre amis. Avec la psychologue du travail Gladys Lutz, nous mettons en perspective la question de l'alcool au bureau.

Dans "Drunk", Mads Mikkelsen boit à toute heure de la journée, les yeux fermés.
Dans "Drunk", Mads Mikkelsen boit à toute heure de la journée, les yeux fermés. Crédits : Henrik Ohsten / Drunk, 2020

En salles le mercredi 14 octobre, Drunk, le nouveau film du réalisateur danois Thomas Vinterberg (Festen, La Chasse, La Communauté) suit la beuverie lente et progressive de quatre amis en crise de la quarantaine et en quête de renouveau. Ces quatre professeurs de lycée appliquent la théorie audacieuse d'un psychiatre norvégien, Finn Skarderud, qui affirme qu'avec 0,5g d'alcool par litre de sang en permanence, l'être humain décuple ses capacités relationnelles et professionnelles, devient plus musical et créatif, et tout simplement plus courageux. Cette expérience dépasse les attentes et limites des protagonistes, tout autant que le film dépasse les contours de cette expérience pour répondre à une question plus ancestrale : boire de l'alcool peut-il vraiment nous servir ? 

Pour y répondre, Gladys Lutz, ergonome-consultante, docteure en psychosociologie du travail et présidente de l'association ADDITRA (Addictologie et Travail), nous apporte une mise en perspective de deux univers d'ordinaire dissociés : l'alcool et le monde du travail. 

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L'alcool au travail, pratique taboue ?

La consommation des psychotropes ou substances psychoactives comme l'alcool n'est pas du tout récente chez les travailleurs. Quels que soient leurs métiers, quelles que soient leurs responsabilités, certains travailleurs ont recours à ce type de produit pour les aider à travailler ou à se remettre des effets de leur travail. Ce qui est bien plus récent, c'est de s'intéresser à cette question. Aux interrelations entre nos consommations de produits et notre travail.            
Gladys Lutz

Il y a une forme de construction de l'ignorance autour des liens entre travail et consommation de produits qui est organisée, à la fois par les employeurs et par les salariés eux-mêmes. L'ignorance est largement produite par l'ensemble des acteurs de cette question. Gladys Lutz

Il y a en France un regard selon lequel la consommation de produits dans un but d'effectuer son travail ou de s'en remettre est une fragilité, une déviance. Si on sort des espaces dédiés, des espaces festifs, ritualisés, qu'on est dans ceux où les caractéristiques du travailleur tiennent à la fiabilité, au respect des règles, toute possibilité d'évoquer la consommation est bloquée alors que quand bien même, elle existe. Gladys Lutz

"Il y a des situations de travail décrites comme gagnantes"

Quand on pose la question aux consommateurs de l'effet que cela peut avoir par rapport au travail, on voit que c'est beaucoup plus ambivalent et complexe. Consommer, soit au cours du travail, soit en décalé, mais consommer alors qu'on est travailleur peut vraiment avoir des effets positifs pour le travail. C'est une dimension difficile à énoncer librement. Gladys Lutz

Aux questions : "Comment consommez-vous ? Quels sont les effets recherchés ? Les effets ressentis ?, on voit qu'il y a des situations de travail et de vie où les personnes expliquent qu'elles vont beaucoup mieux en consommant, même intellectuellement. Gladys Lutz

Ouvrir le bureau à l'alcool, "ça peut faire peur"

Une partie de mon travail a consisté à réhabiliter la notion d'usage. Ce terme laisse la possibilité de voir émerger les effets réels ressentis, en consommation d'alcool par exemple. Mais laisser de l'ouverture à ces effets positifs, ça peut faire peur. Un employeur tenu par un cadre réglementaire peut facilement développer une résistance ou une angoisse face à l'idée qu'il y a des éléments positifs, car elle rend les risques possibles. Face à l'ambivalence, il paraît plus simple de dire non et de parler exclusivement d'addiction. Gladys Lutz

Coups en cachette

Le problème avec l'emploi du terme "addiction", c'est que les consommations glissent vers le secret, le caché, les pots clandestins dans les entreprises qui interdisent l'alcool. Dans la période actuelle de pandémie, c'est très intéressant : on voit dans les lieux publics festifs des rideaux se fermer pour cacher des pots clandestins. La fonction positive de l'alcool reste plus puissante que l'interdit. Gladys Lutz

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Intervenants
  • Ergonome-consultante, docteure en psychologie/psychosociologie du travail, présidente de l'assocation ADDITRA (Addictologie et Travail)
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