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L'exposition filmée pour le cinéma revient sur une des facettes de l'artiste et penseur hors-norme Léonard de Vinci : sa vie de peinture.

"Une nuit au Louvre" : film, documentaire ou visite guidée ?

8 min
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A l'occasion de la sortie au cinéma mercredi 16 septembre de "Une nuit au Louvre : Léonard de Vinci", entre film et exposition guidée, nous nous interrogeons avec le sociologue du cinéma Claude Forest sur ce que cette nouvelle initiative pourrait présager de l'avenir des salles de cinéma.

L'exposition filmée pour le cinéma revient sur une des facettes de l'artiste et penseur hors-norme Léonard de Vinci : sa vie de peinture.
L'exposition filmée pour le cinéma revient sur une des facettes de l'artiste et penseur hors-norme Léonard de Vinci : sa vie de peinture. Crédits : Pathé Live / Musée du Louvre

Le 16 septembre 2020, les salles de cinéma vont accueillir un nouveau modèle de film, à l'occasion de la sortie de "Une nuit au Louvre : Léonard de Vinci". Ce film, réalisé en collaboration entre le groupe Pathé Live et le Musée du Louvre, propose une visite filmée, commentée et presque scénarisée de l'exposition Léonard de Vinci, à l'intérieur d'un Musée du Louvre vide, en pleine nuit, aux côtés des deux commissaires de l'exposition, Vincent Delieuvin et Louis Frank. 

Ce film, qui sera disponible dans 1000 salles de cinéma avec des traductions dans 30 langues différentes, marque la diffusion massive d'un nouvel objet culturel dans un lieu en proie à des transformations, désirées ou non : la salle de cinéma. Pour comprendre les enjeux et motifs de l'évolution de cinéma, nous avons fait appel au sociologue du cinéma et professeur en études cinématographiques à l'université Paris 3 Claude Forest, qui nous explique avant tout le concept du "hors-film", qui renvoie à tout ce qui est vu au cinéma, sans être du cinéma. 

Le hors-film existe depuis les débuts du cinéma. La projection des films eux-mêmes était minoritaire : les salles abritant de multiples spectacles forains, mais aussi des années 30 aux années 60, il y avait tout ce que l'on appelait la première partie avec chanteurs et danseurs. Claude Forest

Petite histoire du hors-film

C'est dès les années 1980 avec l'avènement de la vidéo que le phénomène multimédia revient en cinéma, notamment avec la généralisation de diffusions de concerts dans les salles. Le développement du numérique a permis d'étendre ce principe à l'opéra, aux événements sportifs, à des conférences : tant de moyens pour générer des recettes supplémentaires et proposer d'autres spectacles que le cinéma lui-même. 

Aujourd'hui, en contexte de crise sanitaire, certains groupes comme Pathé se sont saisi de ces procédés, comme une réponse aux contraintes sanitaires qui rendent moins aisé le déplacement dans les musées, en particulier pour les groupes scolaires. 

Néanmoins, le film "Une nuit au Louvre : Léonard de Vinci" ne marque-t-il pas un nouveau décalage ? Il s'agit en effet pour la première fois d'un véritable film, mais qui n'est ni un film de cinéma, ni une captation comme on a pu en voir en salles (pièces de la Comédie-Française, ballet du théâtre Bolchoï...). 

Ce changement est sous-jacent depuis trois ans grâce aux nouvelles possibilités offertes par la technologie, notamment en termes de visites virtuelles. C'est une amélioration, une variation, mais pas un fondement d'état fondamental. Claude Forest

Il faut nuancer ce changement, néanmoins : le hors-film (toutes ces retransmissions dans les salles qui ne sont pas des films de cinéma) représente 0,5% des entrées sur un an, avec par exemple un total d'un million d'entrées en 2019. Même si on constate une progression importante ces dernières années, de l'ordre de 15 à 20%, en raison de l'augmentation du type de spectacles, il reste une marge de progression conséquente pour dominer le marché. Claude Forest

Je pense qu'avec le film "Une nuit au Louvre : Léonard de Vinci", il s'agit beaucoup d'une stratégie conçue en lien avec l'actualité, le coronavirus et le confinement. Le Louvre jouit d'une grande notoriété et propose un produit artistique de qualité, mais le succès d'initiatives similaires réalisées par le passé reste très relatif. Le plus gros succès du hors-film en 2019 était le concert de Mylène Farmer, avec 130 000 entrées. C'est beaucoup en soi par rapport à une salle de concert traditionnelle, mais par rapport aux chiffres du cinéma (Tenet de Christopher Nolan et son million d'entrées en une semaine) nous amène à relativiser. Claude Forest

Regard guidé ou imposé ?

La proposition d'une exposition filmée par le cinéma et donc guidant entièrement le spectateur amène à se demander si le cinéma peut se substituer au choix du regard. Alors que traditionnellement, le spectateur choisit là où il regarde, notamment dans une exposition, le cinéma et son montage imposent leur propre regard. 

C'est le choix du créateur de la visite virtuelle. Il existe des tentatives pour pallier à ce choix "imposé", avec des programmes qui intègrent de manière interactive le choix du spectateur, ce qui mènerait à une individualisation complète de l'exposition virtuelle. Claude Forest

Le film "Une nuit au Louvre : Léonard de Vinci" sort en salles le mercredi 16 septembre 2020.

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Intervenants
  • professeur des universités en études cinématographiques à l’Université Paris III

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