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Photographie du Panthéon

"Le Panthéon est un des gestes qui font le président"

8 min
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Alors que la possible panthéonisation de Gisèle Halimi fait débat, Patrick Garcia, historien et professeur à l’université de Cergy Pontoise, revient au micro de Marie Sorbier sur les enjeux contemporains de ce rituel républicain.

Photographie du Panthéon
Photographie du Panthéon Crédits : Stephane Cardinale - Corbis - Getty

Les remous autour de la possible entrée au Panthéon de Gisèle Halimi font suite à la polémique concernant la possible entrée au Panthéon conjoint de Rimbaud et Verlaine cet automne. Patrick Garcia, professeur d'histoire à l'Université de Cergy-Pontoise et spécialiste des usages publics et politiques de l'histoire, nous explique au micro de Marie Sorbier pourquoi ce rituel républicain suscite tant d'émois dans la société française du 21ème siècle.   

La panthéonisation n'est pas un rituel récent. Il y eu d'abord les panthéonisations à partir de 1885 jusque sous la Quatrième République, puis la panthéonisation gaullienne de Jean Moulin en 1964, et enfin un grand vide jusque dans les années 1980. Toutefois, depuis une trentaine d'années, Patrick Garcia observe une renaissance de ce rituel qui a pris une grande ampleur. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène selon l'historien : 

Du côté des gouvernants, on remarque que les hommes politiques et les gouvernements, depuis Mitterrand, ont réévalué l'importance du symbolique et l'importance de donner des repères à une société qui change beaucoup. D'autre part, la prise d'ampleur du rituel est un des effets de la présidentialisation, c'est à dire que le Panthéon est un des gestes qui fait le président. Nommer qui doit y rentrer et présider à la cérémonie sont des gestes effectués en majesté qui contribuent à poser la stature du président. Enfin, cet engouement récent se constate avec la constitution régulière de groupes pour demander que tel ou tel soit porté au Panthéon comme reconnaissance de sa valeur ou du combat qu'il a mené ou de ce qu'il ou elle incarne.

Mais est-ce uniquement un message politique que lance le président de la République au peuple ou alors peut on considérer que c'est aussi une demande des Français de célébrer des figures qu'ils considèrent, eux, comme importantes ou inspirantes? Pour Patrick Garcia, ça marche dans les deux sens. Toutefois, de par la Constitution, la seule personne de la Cinquième République qui choisi qui peut entrer au Panthéon est le président de la République nous rappelle-t-il. 

Quand des députés socialistes avaient proposé de faire entrer Jean Moulin au Panthéon, De Gaulle et les services de l'Etat avaient rappelé à l'Assemblée qu'elle n'avait plus à se prononcer sur qui y entre. On a un choix qui est solitaire et qui correspond à ce qu'est la Cinquième République. Bien évidemment, le Président de la République peut écouter les demandes de tel ou tel groupe de gens qui lui sont proches ou de gens qui se regroupent à l'occasion.  Il peut écouter l'émoi comme on l'a vu pour Simone Veil. Donc il n'est pas insensible, ou en tout cas de moins en moins. 

Quand le président décide, le ministère de la Culture, qui est chargé d'organiser la panthéonisation, est obligé d'appliquer. C'est ce qui s'était produit en période de cohabitation, quand François Mitterrand avait voulu porter la première femme ès-qualités au Panthéon, qui n'était autre que Marie Curie. Jacques Toubon alors ministre de la culture avait saisi les services du ministère pour s'y opposer, mais le Conseil d'Etat s'était prononcé et il n'y avait aucun moyen d'empêcher le président Mitterrand de procéder à la panthéonisation. 

En clair, certaines opérations fonctionnent, d'autres non. A titre d'exemple, Patrick Garcia évoque également la  mobilisation pour porter La Fayette au Panthéon qui avait été repoussé. Dans d'autres cas, la panthéonisation échoue car la famille refuse. Ce cas de figure est notamment arrivé à Nicolas Sarkozy qui n'a jamais réussi à faire de panthéonisation puisqu'il voulait faire entrer Albert Camus et que la famille de l'écrivain s'y est opposée. 

Une question demeure : Que valorise-t-on chez les artistes qui y entrent, leurs vies ou leurs œuvres ?Patrick Garcia nous explique  que dans sa conception, à l'origine, le Panthéon entend être un lieu pour honorer des gens qui ont œuvré pour la République et pour ses valeurs. Plutôt des gens qui ont œuvré, selon la formule employée par Jack Lang en 1989, par l'esprit et par la plume. Il n'y a pas de militaires, sauf ceux auxquels le monument aux morts dans le Panthéon rend hommage. Dans les cérémonies individuelles, il n'y a néanmoins pas de militaires, sinon des intellectuels. C'est une spécificité de la France, patrie des hommes politiques qui écrivent des livres. 

Il faut avoir servi la République. Donc, de ce point de vue là, quelqu'un comme Gisèle Halimi correspond puisqu'elle est dans les valeurs de la République. Ce n'est ni le prix de Rome, ni l'Académie française. On ne reconnaît pas des talents, on reconnaît des engagements. En tout cas, ça a été la ligne jusqu'à présent. 

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Intervenants
  • historien, professeur à l’université de Cergy-Pontoise, chercheur associé à l’Institut d’histoire du temps présent

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