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Le 18 septembre, des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris en soutien et commémoration d'un enseignant victime d'un attentat assassin le 16 octobre à Conflans.

Enseigner les faits religieux grâce à l'histoire de l'art

8 min
À retrouver dans l'émission

Comment enseigner le fait religieux aujourd'hui ? Pour répondre à cette question, Affaire en cours interroge Isabelle Saint-Martin, directrice d'étude en arts visuels à l'EPHE, et son plaidoyer pour l'enseignement du fait religieux par les arts.

Le 18 septembre, des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris en soutien et commémoration d'un enseignant victime d'un attentat assassin le 16 octobre à Conflans.
Le 18 septembre, des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris en soutien et commémoration d'un enseignant victime d'un attentat assassin le 16 octobre à Conflans. Crédits : Antoine Gyori - Getty

Question brûlante et nécessaire, comment enseigner le fait religieux aujourd'hui ? 

Par les arts, c'est ce que revendique Isabelle Saint-Martin, directrice d'étude en arts visuels à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Elle est l'invitée d'Affaire en cours pour expliquer dans quelle mesure les œuvres d'art peuvent constituer le bon médium pour enseigner de nos jours le fait religieux, sujet qu'elle traite dans son ouvrage Peut-on parler des religions à l'école ? Plaidoyer pour une approche des faits religieux par les arts paru chez Albin Michel en 2019. 

Les œuvres d'art : une approche contextualisée des faits religieux

Enseigner les faits religieux, ça se fait. Le choix français est de le faire à travers les programmes scolaires et non pas avec une heure spécifique, comme un cours d'histoire des religions.      
Isabelle Saint-Martin

Cet enseignement des faits religieux à travers les programmes scolaires fait face à deux types de critique, auxquels un enseignement par l'histoire de l'art peut être un élément de réponse, selon Isabelle Saint-Martin

  • D'une part, il y a la crainte qu'enseigner le fait religieux revienne à essentialiser une sorte de religieux abstrait dans lequel tout le monde aurait à se situer, sans faire assez de place à l'athéisme, à l'agnosticisme, à la diversité des cultures face au religieux. 
  • D'autre part, une critique inverse décrie qu'en parlant de "faits", même au pluriel pour en souligner la diversité, nous réduisons et passons à côté de tout ce qui fait la vivacité de la dynamique religieuse. 

Les faits religieux sont enseignés en France notamment à travers les programmes d'histoire et de lettres. Mais passer par les œuvres d'art permet de répondre à deux aspects de ces objections. En passant par des œuvres, on est immédiatement situé sur un objet concret dans l'histoire de la réception. On contextualise une œuvre, on explique comment elle a été reçue. On peut donc plus facilement construire un regard commun sur cet objet et se situer avec plus de distance, dans la juste perspective qui est une approche laïque des faits religieux.      
Isabelle Saint-Martin

Passer par des œuvres permet aussi de déplier le sens symbolique, de donner accès à la signification que ces œuvres prennent au sein d'un groupe religieux donné. C'est sensibiliser à la diversité interne des traditions religieuses.    
Isabelle Saint-Martin

Parler des faits religieux à l'école s'inscrit dans le cadre d'un programme scolaire, pas en réponse aux attentes d'une communauté ou d'une autre. C'est un sujet qui intéresse tous les citoyens pour informer et cultiver leur regard à la fois sur un patrimoine passé et sur tout ce que ce patrimoine a de vivant aujourd'hui. Isabelle Saint-Martin

L'intérêt de l'approche des faits religieux par les arts est d'être dans un double temps, explique Isabelle Saint-Martin : le temps historique de la construction de l'œuvre, et le temps du regard, de l'appréhension dans un univers symbolique. Dans le monde contemporain, où le religieux n'a pas disparu, ni des tensions politiques, ni des expressions culturelles. 

Il ne faut pas croire qu'aborder les religions à travers des œuvres d'art réduise à une approche où on ne parlerait que du bon côté de ces religions. On peut aussi aborder leurs zones d'ombre et polémiques internes. C'est tout à fait fréquent dans l'histoire de la caricature, à travers de laquelle on aborde des tensions entre société et institutions religieuses. En France, avec la loi de 1881 qui met fin au délit de blasphème, on voit apparaître une très riche presse violemment anticléricale et très virulente. Ce sont des caricatures dont on trouve des exemples dans les manuels scolaires.    
Isabelle Saint-Martin

Quand on aborde les débats actuels autour des caricatures, il faut comprendre que c'est pris dans un ensemble. Celui d'une réflexion qui contextualise un regard sur l'image. Il s'agit de pouvoir argumenter et éduquer non seulement sur les faits religieux, mais aussi sur la façon dont on les met en scène graphiquement. Il y a toute une culture de l'image à construire qui permet d'avoir un regard plus distancié par rapport à ces objets graphiques, qu'il s'agisse d'une œuvre d'art, d'un dessin ou d'une caricature. Isabelle Saint-Martin 

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