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Un concert dans la cours du Palais de l'Elysée pour la Fête de la musique en 2019.

"La Fête de la musique est la plus ancienne des fêtes nouvelles"

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Pour la sociologue et chercheuse à l’Université de Liège Charitini Karakostaki, la Fête de la musique en France est la plus ancienne des fêtes nouvelles. Explications au micro de Marie Sorbier.

Un concert dans la cours du Palais de l'Elysée pour la Fête de la musique en 2019.
Un concert dans la cours du Palais de l'Elysée pour la Fête de la musique en 2019. Crédits : Lewis JOLY - AFP

La Fête de la musique qui anime tous les 21 juin les rues de France depuis 1982 est un fait sociologique remarquable. La sociologue et chercheuse à l'Université de Liège Charitini Karakostaki travaille sur la mise en place des nouvelles manifestations festives en France, et plus particulièrement à Paris, depuis les années 1980. Ces fêtes marquent un déplacement par rapport aux fêtes "traditionnelles" qui étaient en grande partie organisées autour des concepts de sacré et de nation. Elle affirme notamment que la Fête de la musique est la plus ancienne des fêtes "nouvelles". Au micro de Marie Sorbier, elle revient sur ce concept.

Selon Charitini Karakostaki, la Fête de la musique, qui célèbre son 39ème anniversaire cette année, a inauguré un courant de fêtes publiques et urbaines : les fêtes nouvelles. Ce sont, par exemple, la Love Parade, inaugurée à Berlin en 1989, les Gay Pride, dont les premières manifestations officielles remontent à 1982. Les premières Gay Pride, note la sociologue, ont lieu dans les années 1970, mais se définissent à cette époque où l'homosexualité a un statut d'illégalité plutôt comme des mouvements sociaux. C'est progressivement qu'elles se transforment en fêtes publiques et en rendez-vous aussi incontournables que la Fête de la musique. Le Festival des Allumés à Nantes, né à la fin des années 1980, est un événement culturel qui a été le promoteur d'une autre fête nouvelle, la Nuit blanche. S'ajoutent à cette liste la fête lille3000, organisée lorsque Lille fut capitale européenne de la culture en 2004, ainsi que les fêtes organisées à Berlin pour commémorer la chute du Mur. 

Il s'agit là d'une véritable rupture : un événement concret de l'histoire de Berlin, la chute du Mur, est fêté avec un style nouveau, culturel et urbain. Ce style de fête a été inauguré par la Fête de la musique, qui date de 1982 et est la plus anciennes des fêtes nouvelles.          
Charitini Karakostaki

La Fête de la musique est une fête laïque qui rassemble un large public. Est-ce une manière pour la collectivité qui, abandonnant les rituels religieux, s'approprie d'autres festivités en dehors des cadres traditionnels pour continuer de permettre aux individus de vivre ensemble des effervescences collectives ? Les fêtes nouvelles se distinguent des fêtes religieuses, mais aussi des fêtes nationales (qui sont des fêtes laïques) comme le 14 juillet. Dès la fin du 19ème, les Etats européens commencent à organiser des fêtes autour de l'idée de la nation, du peuple, d'une révolution ou d'un changement de régime. 

Dans ces fêtes traditionnelles, c'est toujours une grandeur politique qui est racontée : les origines de la nation, la fondation de la communauté...  L'invitation est lancée par un Etat central pour fêter un "nous" fermé, qui s'oppose à une altérité. Par exemple, la fête du 14 juillet concerne uniquement les Français. On aurait du mal à imaginer un Allemand défiler sur les Champs-Elysées, de même qu'on imagine mal un Juif dans une fête chrétienne.          
Charitini Karakostaki

A la différence de ces fêtes traditionnelles, les fêtes nouvelles se construisent autour de thèmes ouverts à tout type de public. L'invitation ne pose aucun obstacle : tout le monde peut être concerné, par exemple, par la musique. De même pour les fêtes qui célèbrent d'autres arts, mais aussi des thématiques comme l'amour et la sexualité. Ces sujets ouverts permettent non seulement aux citadins de faire la fête, mais aussi à tous ceux qui se trouvent dans la ville lors d'une célébration.

Cette appropriation de l'espace public est-elle une raison du succès et de l'affection des Français pour la Fête de la musique ? Pour Charitini Karakostaki, le succès d'une fête est pluridimensionnel : plusieurs conditions doivent être satisfaites en même temps. La fête doit corresponde à l'air du temps, l'invitation lancée par les autorités publiques doit être convaincante, le public doit trouver une véritable raison d'y participer. Depuis son lancement en 1982, la Fête de la musique répond particulièrement bien aux exigences des citoyens face à une fête publique, estime la sociologue.

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