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Quels sont les enjeux d'une reconnaissance légale de la notion d'harcèlement racial ?

Faut-il inscrire le harcèlement racial dans la loi ?

8 min
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Suite à des témoignages émanant de l'Opéra de Paris, l'association "Décoloniser les arts" demande que la notion de harcèlement racial soit inscrite dans la loi. Pour nous éclairer sur ce concept, nous interrogeons Françoise Vergès, politologue, historienne et militante.

Quels sont les enjeux d'une reconnaissance légale de la notion d'harcèlement racial ?
Quels sont les enjeux d'une reconnaissance légale de la notion d'harcèlement racial ? Crédits : Ilya Sereda - Getty

Faut-il faire inscrire le « harcèlement racial »  dans la loi ? Voilà le nouveau cheval de bataille de l’association « Décoloniser les arts », après des témoignages édifiants émanant de l’Opéra de Paris. Contacté par Sceneweb, le nouveau directeur de l'Opéra de Paris Alexandre Neef assure y être particulièrement sensible et a depuis mandaté Constance Rivière et Pap Ndiaye pour une mission de réflexion et de propositions sur le sujet. Mais qu’entend-on précisément par harcèlement racial ? Pour mieux comprendre les enjeux de la reconnaissance légale de cette notion, nous sommes ce soir avec Françoise Vergès, politologue, historienne et militante, présidente du collectif "Décoloniser les arts".

D’où vient ce concept de harcèlement racial et quelles sont les circonstances de sa réactivation récente ?

La notion de harcèlement racial apparaît sous la plume de sociologues en 1999 dans une tribune mais ne sera pas du tout poursuivie. C'est l'équivalent du harcèlement sexuel et du harcèlement moral mais sur le plan racial. Les petites humiliations quotidiennes, la banalisation de remarques et attitudes raciales, qui entraînent une dévalorisation de soi, du stress et des troubles dépressifs chez le travailleur.      
Françoise Vergès        

Lors du confinement, l'association "Décoloniser les arts" envoie un questionnaire sur les conséquences du confinement à ses membres ainsi qu'à d'autres personnes issues du domaine artistique, aussi bien artistes qu'employés. 

75% des personnes interrogées n'avaient reçu aucune aide. Parmi les précaires, les artistes racisés étaient encore plus précarisés. De plus, les réponses de ces artistes révèlent une exacerbation du racisme et des inégalités, et un sentiment constant selon lequel il y a dans l'enseignement, la formation, l'accès à des financements, à des rôles-toute une série de choses importantes pour les artistes, y compris les jeunes qui commencent tout juste, un harcèlement racial constant et quotidien.              
Françoise Vergès

C'est face à ces résultats que l'association que préside Françoise Vergès décide de mettre en avant la notion de harcèlement racial et de la faire reconnaître par des organismes de défense des droits dans le monde des arts. L'objectif étant que cette notion soit reconnue au même titre que le harcèlement moral et le harcèlement sexuel. 

Pour ce faire, l'association "Décoloniser les arts" a contacté un grand nombre d'organismes de défense des droits dans la sphère culturelle pour leur présenter la notion de harcèlement racial,  les inciter à assigner un service spécifiquement pour les victimes de cette forme de harcèlement, au lieu de les rediriger vers d'autres services ne correspondant pas à leur situation. 

On a beaucoup de témoignages qui nous disent : "Tu peux prendre l'accent africain ? L'accent asiatique ? Ce rôle n'est pas vraiment pour toi, tu n'es pas prêt". Ce sont souvent des personnes très jeunes, qui veulent se lancer dans des carrières artistiques et qui sont chaque jour entravées, empêchées, à qui on dit qu'ils n'en sont pas cabales. Plus qu'une entrave, c'est une attitude qui tue le désir et la possibilité de voir plus d'artistes différents émerger dans toutes les disciplines              
Françoise Vergès

C'est à une prise de conscience collective auprès du public mais aussi chez les professionnels de la culture qu'invitent les revendications de "Décoloniser les arts". Reste à savoir si, durant les démarches déjà entreprises, l'association a constaté chez les institutions culturelles une conscience du problème du harcèlement racial. 

Certains interlocuteurs disaient avoir commencé à comprendre. Mais nous avons surtout eu des demandes de rendez-vous. Il y a donc une sensibilité à ce sujet. Le monde des arts bénéficie d'une image de progrès, d'ouverture à la diversité, ce qui est en partie vrai et qu'il ne faut pas nier, mais dans le même temps, ce secteur ne s'est pas assez penché sur la manière dont le harcèlement racial s'exprime tous les jours. Il ne s'agit pas simplement de refuser quelqu'un : c'est aussi le fait que les personnes n'aient pas un plein accès à leur créativité. Pour des étudiantes afro-descendantes ou asio-descendantes, on va penser qu'elles doivent traiter respectivement de thèmes africains ou asiatiques. Ces attitudes constituent une dévaluation.      
Françoise Vergès    

Quelle peut être la puissance de l'art sur la question du harcèlement racial ? 

Je pense que l'art est toujours capable de libérer les imaginaires et c'est pour cela qu'il nous semble vraiment important d'insister sur la formation et l'éducation. Dans les écoles artistiques, il faut encourager. Par ailleurs, on sait le rôle que peut jouer une création artistique dans la sensibilisation mais aussi dans la possibilité d'imaginer autre chose. De présenter d'autres récits et narrations, c'est une très grande force d'ouverture à des imaginaires nouveaux qui est propre aux arts.            
Françoise Vergès

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