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Vue aérienne de Mossoul le 13 février 2021. On distingue notamment l'artère centrale de la ville, l'ancienne avenue Faruk, et l'église Notre-Dame-de-l'Heure.

L'Unesco souhaite "faire revivre l'esprit de Mossoul"

8 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la visite du pape François en Irak du 5 au 8 mars 2021, retour sur le programme international de reconstruction du patrimoine "Faire revivre l’esprit de Mossoul" avec Paolo Fontani, directeur du bureau de l’UNESCO en Irak.

Vue aérienne de Mossoul le 13 février 2021. On distingue notamment l'artère centrale de la ville, l'ancienne avenue Faruk, et l'église Notre-Dame-de-l'Heure.
Vue aérienne de Mossoul le 13 février 2021. On distingue notamment l'artère centrale de la ville, l'ancienne avenue Faruk, et l'église Notre-Dame-de-l'Heure. Crédits : Zaid AL-OBEIDI - AFP

Libérée en juillet 2017, la ville irakienne de Mossoul a été détruite à près de 80%. En février 2018, l'Unesco lance l'initiative "Faire revivre l'esprit de Mossoul", un programme de reconstruction patrimoniale dans cette ville à haute teneur culturelle et symbolique. Le directeur du bureau de l'Unesco en Irak Paolo Fontani est, depuis Mossoul, au micro de Marie Sorbier pour détailler les actions en cours.

Monuments religieux

Comment se déroule la reconstruction de ces édifices importants du patrimoine irakien ? Mossoul sera-t-elle reconstruite à l'identique, ou bien ce chantier laissera-t-il une place au contemporain ?
Dans le cas des églises et minarets, explique Paolo Fontani, une reconstruction à l'identique est envisagée. Par exemple, bien que l'église Al-Tahira ait été complètement détruite, les architectes impliqués dans la reconstruction disposent de suffisamment d'informations sur cet édifice qui datait de la fin du 19ème siècle pour le rebâtir telle qu'elle était. 

Pour la Grande mosquée al-Nouri et son célèbre minaret penché, détruits le 21 juin 2017 lors de la bataille de Mossoul, l'Unesco a mis en place un groupe de travail constitué d'experts, ainsi qu'un groupe de pilotage affairé aux enjeux politiques de la reconstruction. L'Unesco étant un partenaire du gouvernement irakien, son programme "Faire revivre l'esprit de Mossoul" cherche à impliquer la population de Mossoul et ses autorités publiques autant que possible dans les processus de décision. 

Les pouvoirs publics et les habitants de Mossoul tiennent à revoir le minaret tel qu'il était avant sa destruction. Le minaret est un édifice qui a gardé son identité pendant près de 800 ans : il a été construit en 1180, à l'époque de la construction de Notre Dame, et est resté toujours le même, à l'exception de s'être un peu penché au fil des années.                            
Paolo Fontani

En revanche, la mosquée al-Nouri avait déjà été reconstruite en 1944, et a donc changé d'architecture plusieurs fois. Si nous disposons de quelques parties originales de cette mosquée, datant de 1200, au Musée national de Bagdad, nous ne sommes pas certains de sa forme originelle complète. Avec l'accord des Irakiens, nous avons décidé de la refaire comme elle était avant sa destruction en 2017, tout en y ajoutant des améliorations en ce qui concerne les matériaux utilisés et le renforcement de sa structure.                            
Paolo Fontani

Une nouveauté notoire dans le programme de reconstruction est celle de bâtiments qui seront agrégés à la Grande mosquée al-Nouri. Si les architectes pourront faire des choix avec plus de flexibilité pour ces bâtiments, l'Unesco leur a néanmoins demander de toujours respecter l'essence de ce lieu de prière, symbole fort de l'histoire de Mossoul. 

Reconstruire le tissu social de Mossoul

Le programme "Faire revivre l'esprit de Mossoul" se divise en deux parties : une dédiée aux grands monuments religieux de la ville et financée notamment par les Emirats arabes unis, et une autre concentrée sur le centre historique de Mossoul, principalement financée par l'Union européenne. 

Nous allons essayer de reconstruire entre 150 et 200 maisons, petites et moyennes, ainsi que deux ou trois grands palais. Il s'agit de rétablir le tissu urbain que Mossoul a eu pendant des siècles. Tout cela se fait avec les Mossouliotes, grâce à l'implication des pouvoirs publics irakiens : les gouverneurs, le maire, le ministère de la Culture. Nous avons également employé près d'un millier de Mossouliotes : architectes, ingénieurs, maçons, ouvriers, archéologues...                            
Paolo Fontani

Pour intégrer autant que possible la communauté locale de Mossoul à ce programme de reconstruction, l'Unesco organise également des réunions régulières avec les partenaires locaux.

Les discussions ne vont pas toujours dans la même direction ! Les perspectives et sensibilités sont très différentes. Il s'agit de reconstruire des symboles de la ville : chacun a des idées, et les discussions sont toujours intéressantes.                            
Paolo Fontani

Les réseaux sociaux amènent des débats parfois difficiles à gérer. Nous voulons avant tout donner aux Mossouliotes et Irakiens la possibilité d'y participer. En donnant de la visibilité au projet, nous donnons des informations et permettons aux habitants d'exprimer leur avis.                            
Paolo Fontani

En juillet 2021, Mossoul fêtera les quatre ans de sa libération. Malgré les impacts sévères de la pandémie, la vie culturelle a repris dans la ville irakienne. Fin 2019, un festival de musique et un festival littéraire s'y étaient tenus. Avec des partenaires locaux, l'Unesco a organisé plusieurs événements culturels permettant à la population de se réunir. 

S'ils sont peu facilités depuis un an par les restrictions sanitaires, l'Unesco tient néanmoins à maintenir ces regroupements, favorables à la cohésion sociale, autant que possible. Par exemple, à l'automne 2020, l'institution a organisé sur l'esplanade de la Grande mosquée al-Nouri un rassemblement dans le respect des règles sanitaires, en partenariat avec le média Mosul Eye. L'Unesco travaille aussi souvent avec l'université de Mossoul : au début de l'année 2021, deux lectures magistrales tenues par des experts internationaux impliqués dans le programme de reconstruction ont été organisées pour des étudiants d'ingénierie et d'architecture, qui ont été invités par la suite à visiter le chantier de la mosquée al-Nouri. 

Visite du pape

Du 5 au 8 mars 2021, le pape François effectuera sa première visite à Mossoul. Un événement attendu qui revêt une dimension symbolique pour les Mossouliotes ?

Etant à Mossoul, je trouve qu'il y a beaucoup d'attente de cette visite, autant au sein du gouvernement que chez les habitants. Tout le monde en parle : c'est le symbole d'une possibilité pour l'Irak de s'en sortir par le haut. Le message de fraternité humaine que porte le pape correspond au désir de l'Unesco qui est de faire revivre l'esprit multiculturel, multi-religieux et tolérant de Mossoul. Sa visite représente un soutien et un encouragement forts envers nos efforts et ceux des habitants de Mossoul.                            
Paolo Fontani

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