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"Chambre 2806 : l'Affaire DSK", un documentaire de Jalil Lespert.

Raphaëlle Bacqué : "L'affaire DSK raconte l'ancien monde, celui d'avant #MeToo"

6 min
À retrouver dans l'émission

Suite à la sortie du documentaire "Chambre 2806 : l'Affaire DSK" sur Netflix le 7 décembre, nous nous demandons avec la journaliste Raphaëlle Bacqué si la révélation de cette agression sexuelle en 2011 a pu constituer un préambule du mouvement #MeToo et de la libération de la parole des victimes.

"Chambre 2806 : l'Affaire DSK", un documentaire de Jalil Lespert.
"Chambre 2806 : l'Affaire DSK", un documentaire de Jalil Lespert. Crédits : Netflix

Près de dix ans après les faits, le réalisateur Jalil Lespert et Netflix reviennent sur l'affaire qui, en renversant la perception et le destin d'un homme de pouvoir, a emporté avec elle une certaine idée de l'impunité. Le documentaire en quatre épisodes intitulé Chambre 2806 : l'Affaire DSK convoque certains des principaux individus impliqués à l'époque et retrace les faits avérés par des années d'enquête successive, depuis l'agression de Dominique Strauss-Kahn, alors pressenti pour la présidence de la France, sur Nafissatou Diallo le 14 mai 2011 à New York. A travers le témoignage de cette dernière s'incarne une des premières paroles publiques à avoir dénoncé ces actes et l'abus de pouvoir dont ils font preuve. Avec Raphaëlle Bacqué, grand reporter au journal Le Monde, nous essayons de comprendre en quoi l'affaire DSK précède et présage le mouvement #MeToo et la libération de la parole. 

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"Si #MeToo était passé par là, Nafissatou Diallo n'aurait pas été discréditée"

Cette affaire DSK est plutôt le dernier acte avant #MeToo. C'est une affaire planétaire, qui a eu un retentissement au moins dans tout l'Occident, avec des images diffusées dans le monde entier. Elle a été précédée d'autres affaires qui ont réémergé à cette occasion, et a donné lieu à une autre affaire en suite. Or, tout se termine par des non-lieux, en tout cas pour Dominique Strauss-Kahn. Si #MeToo était passé par là, Nafissatou Diallo n'aurait pas été discréditée comme elle l'a été. Tristane Banon, qui elle aussi accusait DSK de l'avoir agressée quelques années plus tôt, n'aurait pas été traitée de folle. Mounia et les prostituées, qui elles aussi racontées qu'il les avait forcées, alors même qu'elles étaient payées pour participer à des soirées, elles n'auraient pas non plus été délégitimées de leurs plaintes parce qu'elles étaient prostituées. L'époque a considérablement changé en quelques années. Cette affaire raconte l'ancien monde. Celui d'avant #MeToo.                          
Raphaëlle Bacqué

En moins de dix ans, nos réactions et nos acceptations ont évolué de manière flagrante, si l'on pense notamment au discours tenu à l'époque sur le comportement de Dominique Strauss-Kahn, souvent alors qualifié d'être un Don Juan. Un registre qu'on verrait mal être employé de nos jours.

A cette époque, on ne parle de Dominique Strauss-Kahn que comme d'un séducteur. Ce qu'il est d'ailleurs aussi. Il peut être les deux, un homme qui a séduit et a réussi à séduire beaucoup de femmes, et un homme qui a aussi agressé. Mais à cette époque, on ne l'imagine pas, on met tout cela sur le compte de ses succès féminins liés à son charisme, à son pouvoir. Aujourd'hui, on examinerait plus en avant la complexité et les contradictions d'une personnalité. On peut avoir deux visages, on peut être un séducteur, et on peut être éventuellement un agresseur.                          
Raphaëlle Bacqué

"Ce qui frappe à la fin de documentaire, c'est qu'au fond, il y a trois femmes qui pleurent"

Si Chambre 2806 : l'Affaire DSK n'est pas à charge, il s'attache à mettre en valeur, à travers notamment l'attitude d'Anne Sinclair, épouse de Dominique Strauss-Kahn lors des faits, les femmes fortes, celles qui parlent de leur humiliation d'un côté, et de l'autre, la femme forte, qui soutient celui qui l'humilie. Cette mini-série de Jalil Lespert, dans laquelle intervient également Raphaëlle Bacqué, se construirait-elle comme une galerie de portraits de femmes ? 

Les femmes sont particulièrement intéressantes dans ce documentaire. Il y a plusieurs types de caractères. Anne Sinclair, par exemple, est à l'époque est au sommet de sa popularité et de sa puissance, elle est une journaliste extrêmement connue. Elle traverse ce moment aux côtés de son mari. Le seul élément de comparaison à l'époque c'est Hillary Clinton. Aujourd'hui, on aurait moins considéré que c'était une preuve de sainteté, ou de force de caractère. Il faut considérer ce qu'a fait Anne Sinclar de façon très nuancée : elle a à la fois soutenu son mari, payé en grande partie sa défense, et finalement divorcé.                          
Raphaëlle Bacqué

Ce qui frappe à la fin de ce documentaire, c'est qu'au fond, il y a trois femmes qui pleurent : Nafissatou Diallo, Tristane Banon et Mounia. Elles terminent cette histoire marquées, et vont porter toute leur vie ce qu'elles ont subi. Dominique Strauss-Kahn termine au contraire incroyablement libre, mène la vie qu'il voulait mener, obtient des non-lieux partout.                          
Raphaëlle Bacqué

"À la française" ?

Un autre aspect de l'affaire DSK mis en lumière par le documentaire est une différence de traitement et de perception de la figure du séducteur, entre les Etats-Unis et la France. Car dans une telle situation, nous dit la journaliste Raphaëlle Bacqué, tous les clichés culturels s'imposent.

Quand l'affaire du Sofitel a éclaté, les Américains ont d'abord mis cela sur le fait d'une vision de la séduction, d'un libertinage à la française. On a vu avec l'affaire Weinstein que tout cela pouvait être très largement partagé, quels que soient les pays. Mais les Américains étaient d'abord surpris par la façon dont les Français ont défendu pendant quelques semaines Dominique Strauss-Kahn. Aujourd'hui, tout cela s'est aplani et on partage le même regard, un regard plus juste et nuancé.                          
Raphaëlle Bacqué

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