LE DIRECT
Une représentation de "Ramona", un spectacle écrit et mis en scène par Rezo Gabriadze, au Festvial des Deux Mondes à Spoleto, en Italie.

Hommage d’Olivier Py à Rezo Gabriadze : "Il a réussi à créer une oeuvre unique, personnelle et universelle"

7 min
À retrouver dans l'émission

Suite au décès le 6 juin du grand artiste géorgien Rezo Gabriadze, le directeur du Festival d’Avignon Olivier Py revient sur une oeuvre qui a marqué l’histoire du spectacle vivant en Europe.

Une représentation de "Ramona", un spectacle écrit et mis en scène par Rezo Gabriadze, au Festvial des Deux Mondes à Spoleto, en Italie.
Une représentation de "Ramona", un spectacle écrit et mis en scène par Rezo Gabriadze, au Festvial des Deux Mondes à Spoleto, en Italie. Crédits : Maria Laura Antonelli - Maxppp

L'artiste géorgien Rezo Gabriadze est décédé dimanche 6 juin 2021 à l'âge de 84 ans. Réalisateur de cinéma, dramaturge, écrivain, peintre, sculpteur, fondateur d'un théâtre de marionnettes à Tbilissi, ses créations ont souvent été accueillies en France, notamment au Festival d'Avignon. Au micro de Marie Sorbier, le metteur en scène et directeur du Festival d'Avignon Olivier Py revient sur l'importance et l'héritage du travail scénique de Rezo Gabriadze.

En termes politiques et héroïques, Rezo Gabriadze était un homme seul dans un monde peu favorable aux poètes dissidents, qui a réussi à créer une oeuvre unique, personnelle et universelle.              
Olivier Py

Rezo Gabriadze a été accueilli plusieurs fois au Festival d'Avignon. Olivier Py a rencontré l'artiste géorgien au début des années 2000. Il le découvre avec le spectacle Ramona, qui fut  présenté à Avignon en 2017, vingt après sa création. 

J'avais croisé cet homme d'une grande timidité, discret et humble, ce qui est toujours le signe des très grands. Il était de Tbilissi, la même ville que Paradjanov. Ils étaient tous deux des héros incroyables qui avaient soulevé toute la pesanteur de l'Union soviétique par la force de leur spiritualité.              
Olivier Py

Quand j'ai revu Ramona au Festival d'Avignon en 2017, j'ai fini dans un sanglot qui n'avait pas de fin. Je crois que c'est la fois où j'ai le plus pleuré pendant et après un spectacle. Olivier Py

Ramona est une histoire d'amour entre deux locomotives qui peinent à se retrouver à cause d'erreurs d'aiguillage. Un récit sentimental dans une oeuvre souvent associée à la guerre, avec notamment le marquant Stalingrad. C'est pourtant Ramona, selon Olivier Py, qui est le plus grand spectacle sur la fin de l'URSS. 

C'est une période que j'ai connu en tant qu'adolescent et j'étais, comme beaucoup, certain que le mur de Berlin ne tomberait jamais. Dans Ramona, Gabriadze raconte ce moment d'une manière tellement délicate qu'on n'a plus aucune résistance.              
Olivier Py

L'immense histoire du bloc de l'Est, avec sa violence, sa dureté, le courage de ses dissidents, y est racontée comme jamais je ne l'ai vue. Ramona est d'une humanité inouïe, ce qui est paradoxal car c'est l'histoire de deux locomotives. On a vu en elles la métaphore de la Russie et de la Géorgie, prises dans des rapports à la fois conflictuels et amoureux. Ces gros tas de ferraille ont révélé dans ce spectacle le plus humain de l'humain : nos histoires d'amour quelquefois déjouées par des erreurs d'aiguillage politique.              
Olivier Py

A travers ses créations qui convoquent art de la marionnette et du récit, Rezo Gabriadze était aussi heureux de pouvoir proposer des spectacles en géorgien. Faire entendre les langues des créateurs, c'est justement ce sur quoi le Festival d'Avignon met un point d'honneur.

C'est important qu'au festival on puisse faire entendre des langues jamais venues en France. Je me disais la même chose à l'Odéon, quand pour la première fois la langue arabe a résonné, avec la voix de Mahmoud Darwish, il y avait une émotion toute particulière.            
Olivier Py

Le théâtre est le lieu où peuvent résonner ces langues, où le spectateur peut les entendre dans un cadre non seulement politique, mais aussi esthétique. Que ce soient le russe ou le géorgien, la langue employée par Gabriadze revêtait également cet aspect esthétique.

Pour moi, c'est un plaisir supplémentaire de voir un spectacle sous-titré et d'entendre une langue avec sa musicalité. Il m'arrive souvent de voir des spectacles non sous-titrés dans une langue que je ne comprends pas, comme le géorgien. Malgré tout, la langue opère dans sa singularité, dans sa musicalité et dans la force politique de sa profération.            
Olivier Py

Face à ce théâtre de marionnettes, je me ressens comme un marionnettiste raté. Je me dis qu'il y a une grandeur du petit, qu'il y a un orgueil de l'humilité, une puissance de l'innocence. Ramona pouvait être vu par des enfants tout en ayant une force politique et en nous apprenant l'émerveillement devant les objets du quotidien. Quelle merveille, quel artiste immense !            
Olivier Py

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Intervenants
  • Directeur du Festival d’Avignon, homme de théâtre

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......