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Les frères Thierry Hubert et Charles Desjobert devant le Palais des Papes, lors de la Semaine d'Art 2020 à Avignon.

Privilégie-t-on le culte à la culture ?

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Si les cérémonies religieuses devraient reprendre à partir du 1er décembre, les salles de spectacle resteront fermées. Avec le frère dominicain Charles Desjobert, architecte du patrimoine et critique de théâtre, nous interrogeons les différences entre un rituel et une représentation scénique.

Les frères Thierry Hubert et Charles Desjobert devant le Palais des Papes, lors de la Semaine d'Art 2020 à Avignon.
Les frères Thierry Hubert et Charles Desjobert devant le Palais des Papes, lors de la Semaine d'Art 2020 à Avignon. Crédits : Fabrice Sabre

Alors que les cérémonies religieuses devraient reprendre à partir du 1er décembre, les salles de spectacle resteront fermées jusqu'à nouvel ordre. Avec le frère dominicain Charles Desjobert, architecte du patrimoine et critique de théâtre, nous nous demandons en quoi une cérémonie religieuse diffère d'une représentation sur scène, d'un point de vue sanitaire.

Rambouillet, Bourges, Reims, Saint-Brieuc, Bougival, Toulouse, Caen, Bordeaux, Senlis, Bordeaux, Lyon… Des dizaines de rassemblements ont eu lieu dimanche 15 novembre 2020 dans toute la France pour réclamer la réclamer la réouverture des églises fermées pour cause de confinement pour y célébrer à nouveau des messes. Depuis vendredi, les manifestations de fidèles catholiques se multiplient, espérant obtenir dans la rue ce qu’ils n’ont pu obtenir via des recours devant le conseil d’Etat : la fin de l’interdiction des célébrations religieuses par précaution sanitaire

Le premier ministre Jean Castex a répondu lundi 16 novembre à ces appels que les célébrations religieuses publiques devraient pouvoir reprendre autour du 1er décembre. Les lieux et rassemblements culturels, en revanche, resteront fermés et interrompus jusqu'à nouvel ordre. En quoi une cérémonie religieuse et des fidèles dans une église est-elle si différente d'une représentation et de spectateurs dans un théâtre ? Face à cette question que se posent notamment les acteurs du spectacle vivant, nous écoutons le point de vue de Charles Desjobert, frère dominicain, architecte du patrimoine et critique de théâtre.

On touche à deux points essentiels de notre vie qui sont réapparus de manière très forte à la suite du confinement et du reconfinement : la question de la culture, et celle du culte. Qu'est-ce qui est essentiel, quelles sont nos premières nécessités ? Cette question rejoint celle de la messe aussi bien que celle des espaces de théâtre. Qu'est-ce qui tient la vie culturelle, et la vie spirituelle ?      
Charles Desjobert

Néanmoins, les questions sont un peu différentes. La vie de foi nous suit à des étapes cruciales de notre vie : naissance, croissance, mort. Il y a donc une tension qui naît : qu'est-ce qui nous tient, et jusqu'où sommes-nous prêts à faire des concessions ?      
Charles Desjobert

Peut-on considérer qu'une communauté de spectateurs ressemble à une congrégation religieuse ?

Elles se ressemblent car aller au théâtre ou vivre une célébration religieuse, ce n'est pas seulement voir, regarder, ou écouter. C'est se mettre dans une situation de communion, où l'on respire ensemble un même air. C'est se retrouver. Quand on regarde du spectacle, on partage quelque chose d'un air commun, pas uniquement du physique, mais bien du spirituel aussi. Charles Desjobert

La messe va encore au-delà puisqu'il s'agit de célébrer en commun. Il ne s'agit pas d'une représentation, mais de chanter ensemble. Il y a une mise en commun peut-être plus forte qu'au théâtre qui consiste à constituer un corps, le corps du Christ. Le mot "église" vient d'ecclesia, qui signifie assemblée. Le spirituel n'est pas détaché du corporel. Charles Desjobert

L'art est-il, du point de vue d'un religieux, doté d'un pouvoir de transformation, d'une capacité de rendre l'humain meilleur ?

Je le vois dans le domaine de l'art religieux et liturgique, mais évidemment aussi avec la culture en général. Avec tout ce qui nous élève, on a une véritable constitution d'un corps et donc d'une société. En partageant une culture commune, en échangeant ensemble un bien commun. Une représentation sans spectateurs n'a pas la même valeur et la même force, car le spectateur participe de cette mise en commun du bien. Charles Desjobert

La scène artistique peut-elle recouvrir une dimension sacrée ?

La dimension sacrée y est présente, de manière différente que dans le culte, car on y donne à voir ce qui est au-delà des yeux. Le théâtre met en oeuvre de manière continuelle le signe et le symbole. C'est donner à voir une réalité qui n'est pas présente, et qui est pourtant essentielle, par les mots, par la force du verbe, par la force de l'agir et du faire. Charles Desjobert

L'adéquation du dire et du faire, c'est aussi ce qui est au coeur d'une vie liturgique. C'est au coeur de ce qu'est le sacré. Pour un chrétien, il s'agit d'une participation à la transcendance, au divin. Au théâtre, ce sacré peut recouvrir plein d'autres choses. Charles Desjobert

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  • Frère dominicain, architecte du patrimoine et critique de spectacle vivant
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