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Largo Winch, milliardaire, mais justicier ?

"Largo Winch, c'est Lagardère qui a réussi"

8 min
À retrouver dans l'émission

Pour les 30 ans la bande-dessinée Largo Winch, une exposition dédiée au grand "aventurier de l'économie" a ouvert ses portes à Citéco le 17 octobre. Avec Olivier Lecomte, professeur de finance à l'Ecole Centrale, nous revenons sur les liens entre le héros milliardaire et l'économie contemporaine.

Largo Winch, milliardaire, mais justicier ?
Largo Winch, milliardaire, mais justicier ? Crédits : Philippe Francq / Editions Dupuis

A l'occasion d'une exposition dédiée à la saga de bande-dessinée Largo Winch à la Cité de l'Economie, à Paris, Affaire en cours interroge Olivier Lecomte, professeur de finance à l'Ecole Centrale, quant aux liens que les frasques coloriées du héros milliardaire peuvent entretenir avec des enjeux économiques actuels et mondiaux. 

Largo Winch, aventurier de l'économie

À l’occasion du 30e anniversaire de la célèbre saga de bande dessinée créée par Jean Van Hamme et dessinée par Philippe Francq (éditions Dupuis), Citéco accueille du 17 octobre 2020 au 10 février 2021 une exposition temporaire exceptionnelle et spécialement conçue pour le musée, Largo Winch, aventurier de l’économie, explorant les liens entre le multimilliardaire humaniste et les grands thèmes de l’économie.

Selon le professeur de finance Olivier Lecomte, ce que dénote avant tout cette exposition, c'est l'évolution de la notion de milliardaire entre les années 1990, lorsque Jean Van Hamme et Philippe Francq créent la BD, et le monde d'aujourd'hui. En effet, si dans l'univers de Largo, ce sont les compagnies pétrolières qui triomphent économiquement, il est intéressant de noter qu'aujourd'hui, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) sont non seulement les entreprises les plus fortunées du monde, mais de l'histoire entière de l'économie. Ainsi, note Olivier Lecomte, "un Jeff Bezos est au moins cinq fois plus riche que Largo Winch". Le héros de BD serait-il, pour comme le disait son dessinateur, le "Che Guevara du capitalisme humaniste" ?

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Au début de la série, il donne plutôt l'impression d'être un dilettante qui a hérité d'une très grande fortune, qu'il laisse d'autres gérer à sa place. On n'a pas l'impression que Largo Winch est investi dans un projet de transformation de la société ou du monde, comme pourrait l'être aujourd'hui Bill Gates avec sa fondation qui a une très grande ambition. D'autant plus que Largo Winch est plus souvent en réaction à des événements et à des attaques, que dans une démarche proactive, avec une stratégie et une idée du monde qu'il souhaiterait réaliser derrière.      
Olivier Lecomte

Néanmoins, la saga Largo Winch, qui s'étend sur 22 volumes, vendus à 12 millions d'exemplaires en français et traduits dans vingt langues,voit son protagoniste évoluer et développer de plus en plus de "préoccupations sociales", commente Olivier Lecomte.

Au départ, on est dans les années Clinton : c'est un milliardaire sympathique qui a des idées humanistes pour ce qui le concerne, mais qui baigne dans cet univers de financiarisation de l'économie. C'est l'archétype d'un capitalisme qui prend une nouvelle forme et qu'il utilise de temps en temps au service du bien, qui revient d'une certaine façon à la défense de ses intérêts.      
Olivier Lecomte

Les années 1990, l'époque de Largo Winch, constituent une transition dans le monde économique, marquant le passage de l'ingénierie manufacturière à l'ingénierie financière et juridique. Contrôle des entreprises, circulation internationale des capitaux, optimisation fiscale, tant d'enjeux qui ont attiré grand nombre de compétences. Cette ingénierie "avec des rémunérations extrêmement élevées fait aujourd'hui place à l'ingénierie de la donnée", note le professeur de finance.

Mais jusqu'à quel niveau de précision la bande-dessinée vulgarise-t-elle l'économie ?

La série permet d'avoir une idée du fonctionnement du capitalisme moderne qu'on connaît depuis les années 80. Cette ingénierie du capital et du droit est visible en arrière-plan, dans les batailles juridiques pour le contrôle du groupe. On comprend ce qu'est le métier d'une banque d'affaires et des avocats d'affaires aujourd'hui.      
Olivier Lecomte

Largo Winch, un bon patron ?

Je dirais qu'il est assez peu patron. Il est peu présent dans les affaires régulières de son groupe. Il convoie effectivement une idée généreuse, mais on ne l'a pas vu vendre, par exemple, la totalité de son groupe pour récupérer une fortune et l'investir, comme Bill Gates, dans des fondations pour transformer le monde. Et encore moins gérer l'entreprise au quotidien, établir une stratégie. Si j'étais un peu ironique, je dirais que Largo Winch, ce serait un Arnaud Lagardère qui a réussi, en quelque sorte.    
Olivier Lecomte

Ce qui est vraiment à l'oeuvre dans Largo Winch, c'est le déploiement du capitalisme financier, où celui qui détient le capital prend les décisions, même à une échelle planétaire. 

Ce qui est frappant, c'est qu'au début de la série, Largo Winch hérite d'une fortune de 10 milliards de dollars, chiffre souvent cité et présenté comme la plus grosse fortune mondiale. Comment comparerait cette fortune avec celle de gens comme Jeff Bezos ? Et bien ce dernier est cinq fois plus riche que Largo Winch, Bill Gates trois fois et demie, Zuckerberg trois fois... On voit à travers cela que le mouvement de concentration des richesses a justement fait son oeuvre. Olivier Lecomte

A l'époque de Largo Winch, les entreprises les mieux côtés en bourse tournaient entre Philip Morris, Exxon, General Electric, et d'autres géants pétroliers. Aujourd'hui, elles ont été remplacées par Apple, Amazon, Microsoft, Alphabet (Google) et Facebook, qui sont les cinq premières capitalisations boursières aux Etats-Unis. 

Ces entreprises entièrement numériques font leur fortune de la donnée. Les gros sont devenus encore plus gros et pèsent encore plus, non seulement sur l'économie, mais aussi sur le politique.    
Olivier Lecomte

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Intervenants
  • professeur de finance à l'Ecole centrale Paris, vice-président du Club JADE
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