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L'écrivain Frédéric Dard et ses différentes publications, dont certains des "San-Antonio", en 1978.

Peut-on encore lire "San-Antonio" aujourd’hui ?

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Pour célébrer le centenaire de Frédéric Dard, le rédacteur en chef de la revue "Le Monde de San Antonio" Maxime Gillio revient au micro de Marie Sorbier sur ce phénomène éditorial français.

L'écrivain Frédéric Dard et ses différentes publications, dont certains des "San-Antonio", en 1978.
L'écrivain Frédéric Dard et ses différentes publications, dont certains des "San-Antonio", en 1978. Crédits : James Andanson - Getty

Le 29 juin 2021 marquera le centenaire de la naissance de l’auteur Frédéric Dard, dont les 175 tomes de San-Antonio se sont vendus à plus de 250 millions d’exemplaires. Au micro de Marie Sorbier, le romancier et rédacteur en chef de la revue Le Monde de San-Antonio Maxime Gillio revient sur ce phénomène éditorial. Truffés de références au-delà de leur fantaisie, du rire et des jeux de langages, les livres San-Antonio constituent-ils l'exemple d'une littérature populaire réussie ? 

21 ans après la mort de Frédéric Dard, c'est la connotation populaire des écrits de l'auteur qui l'empêche d'accéder au panthéon des lettres, estime Maxime Gillio.

Frédéric Dard aimait à dire qu'il plaisait autant aux hautes lettres qu'aux militaires, aux bidasses qu'aux concierges. Son côté transclasse le rend très populaire, mais c'est la stratégie de marketing éditorial qui accompagnait ses publications qui lui a collé une étiquette dont il est difficile de se débarrasser.              
Maxime Gillio

Frédéric Dard est-il encore lu aujourd'hui, ou est-il au contraire un symptôme de l'époque d'après-guerre, du mélange de boulimie et de légèreté dont faisait preuve son oeuvre littéraire ? Aujourd'hui encore, les San-Antonio ainsi que les autres romans de Frédéric Dard font l'objet de rééditions tous les mois, précise Maxime Gillio. Leur nombre reste inférieur à l'âge d'or de San-Antonio, où un tome se vendait en moyenne à 300 000 exemplaires. 

Il est lu de moins en moins, et est représentatif d'une époque. Comment alors faire lire Frédéric Dard et San-Antonio à un public qui ne l'a pas connu de son vivant, aux jeunes générations ? Faire entrer cet auteur dans une dimension classique est un réel enjeu. Comment le sortir de l'ornière d'une France des images d'Epinal ?              
Maxime Gillio

Si notre époque actuelle marque une transition dans la littérature, un mouvement d'éveil des consciences, il importe de présenter les San-Antonio au public contemporain en les accompagnant d'explications, d'appareils critiques, affirme Maxime Gillio. Ce serait, selon le romancier, le meilleur moyen de révéler à nouveau la grande modernité sous-jacente des écrits de Frédéric Dard.  

Faut-il mieux dissocier Frédéric Dard de San-Antonio ? Face à cette éternelle question, il faut rappeler que Frédéric Dard a cessé d'écrire sous son véritable nom à la fin des années 1970, pour des raisons notamment commerciales. Dès lors, toute sa production sera signée "San Antonio", les aventures du commissaire San Antonio mais aussi les romans qu'il appelait des hors-séries. 

Il transfère toutes ses ambitions littéraires dans sa production signée San Antonio, mais sa production ne sera plus la même. C'est à partir du moment où la jonction entre les deux facettes de l'auteur se fait que sa production peut se lire différemment. On ne lit pas un San Antonio des années 1950 comme on lit un San Antonio des années 1980.              
Maxime Gillio

La série San-Antonio est-elle typiquement française, malgré ses nombreuses traductions ? Maxime Gillio précise que ces livres sont avant tout un pastiche des romans du britannique Peter Cheney. Par ailleurs, les traductions les plus nombreuses des San-Antonio sont en langues latines, alors que ce sont les romans signés Frédéric Dard qui sont le plus souvent traduits en anglais.  

Si les aventures du commissaire San Antonio, qui ont lieu à l'étranger, pendant la guerre et l'Occupation, lorgnent du côté du roman d'espionnage, la langue de ces romans est très difficilement traduisible.            
Maxime Gillio

Par quel tome commencer pour découvrir la série des San-Antonio ? Selon Maxime Gillio, le tome à conseiller dépend du lecteur. Si la production San-Antonio, qui remonte à 1949, doit être considérée dans son ensemble, le meilleur tome pour y entrer doit être choisit selon nos propres habitudes de lecture, conseille Maxime Gillio. Un autre moyen de découvrir ces livres, notamment pour le jeune public, est d'attendre la publication aux éditions Casterman de l'adaptation graphique des San-Antonio par le dessinateur Michaël Sanlaville. 

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Intervenants
  • Romancier, rédacteur en chef de la revue "Le Monde de San-Antonio"

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