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Un éclair rouge, peint sur un train polonais en direction de Varsovie par des artistes graffeurs, signifie l'arrivée du mouvement social "Foudre rouge" aux portes des insitutions politiques polonaises

Artistes polonais : "Faites attention à nous, un pays sans culture ne survivra pas"

8 min
À retrouver dans l'émission

Comment (sur)vit la culture à l'étranger en temps de pandémie ? Affaire en cours poursuit son tour d'horizon des politiques culturelles dans le monde en se penchant cette fois sur le cas de la Pologne, avec Elodie Bordat-Chauvin, maîtresse de conférences en sociologie à l'université Paris 8.

Un éclair rouge, peint sur un train polonais en direction de Varsovie par des artistes graffeurs, signifie l'arrivée du mouvement social "Foudre rouge" aux portes des insitutions politiques polonaises
Un éclair rouge, peint sur un train polonais en direction de Varsovie par des artistes graffeurs, signifie l'arrivée du mouvement social "Foudre rouge" aux portes des insitutions politiques polonaises Crédits : Wojtek RADWANSK - AFP

Affaire en cours poursuit son tour d'horizon des politiques culturelles en temps de pandémie pour comprendre comment différents gouvernements considèrent la culture au sein de leur pays et prennent soin de leurs artistes dans ces moments de crise. Après l'Espagne et New York, nous nous penchons sur le cas de la Pologne avec Élodie Bordat-Chauvin, maîtresse de conférences en sociologie et co-responsable du Master "Politique et gestion de la culture en Europe" à l'Université Paris 8. Elle dresse au micro de Marie Sorbier un bref panorama de la situation du secteur culturel en Pologne.

Une politique culturelle conservatrice

Le gouvernement polonais mène une politique culturelle très conservatrice, en plus d'être eurosceptique et ulta-catholique.          
Elodie Bordat-Chauvin

A titre d'exemple, Elodie Bordat-Chauvin cite la suppression en 2019 par le directeur du Musée national de Varsovie d'une vidéo de l'artiste polonaise Natalia LL intitulée Consumer Art où l'on voit une femme manger une banane de manière suggestive, après certaines plaintes de visiteurs considérant l'oeuvre (datant de 1973) comme choquante et indécente. En réaction, des manifestants se sont réunis devant le musée en mangeant des bananes en signe de protestation. 

De manière plus générale, dans le contexte de la pandémie, le gouvernement polonais a mis en oeuvre un nombre de mesures sous le nom de "Bouclier anti-Covid", comportant notamment un fonds de soutien à la culture. Une aide d'urgence de 89 millions d'euros devait être débloquée afin de compenser les pertes subies par les artistes et les institutions. Ce montant avait été calculé sur la base de déclarations soumises au gouvernement par le secteur culturel. Problème : cette mesure s'est traduite par l'octroi de sommes très importantes, s'élevant à plusieurs millions d'euros, à des artistes particulièrement célèbres, comme le groupe de folk Golec uOrkiestra ou le groupe de disco-pop Bayer Full. Certains, comme le groupe de rock Kult, ont renoncé à cette subvention, appelant leurs fans à les soutenir en achetant leur dernier disque.

Ainsi, plusieurs travailleurs du secteurs culturels ont remis en cause les critères d'attribution de ces subventions, dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Ils dénoncent le fait que leur gouvernement leur fait payer d'avoir fait campagne contre les lui pendant les élections cet été. Ce à quoi le ministre de la Culture a répondu que tout était très objectif, décidé par un algorithme. Mais face à l'ampleur des critiques, les aides du fonds de soutien ont été suspendues jusqu'à nouvelle analyse.        
Elodie Bordat-Chauvin

Mobilisation culturelle, sociale et féministe

Le 2 novembre 2020, plusieurs artistes polonais ont protesté dans la rue contre les maigres mesures adoptées par leur gouvernement, scandant la devise : Let culture live. Organisée notamment par l'actrice Beata Kowalska, cette manifestation a vu ses participants déposer devant le ministère de la Culture des bougies et des couronnes de fleurs au son du prélude en do mineur de Chopin, comme pour signifier la mort de la culture dans leur pays. Pendant cette mobilisation, le comédien Tadeusz Chudecki a déclaré : Faites attention à nous, parce qu'un pays sans culture ne survivra pas

Ces mouvements se joignent à un mouvement plus large, la grève générale des femmes, organisée sous le symbole de la foudre rouge. Depuis avril 2020, les manifestations s'intensifient, et plus encore depuis le 22 octobre, où le tribunal constitutionnel polonais a décrété que la loi sur l'IVG, déjà la plus restrictive d'Europe, ne respectait pas le droit constitutionnel de protection de la vie. Plusieurs artistes se sont engagés dans ce mouvement.        
Elodie Bordat-Chauvin

Ce mouvement a tissé des liens depuis 2016 avec des organisations qui défendent la démocratie. Ainsi, à la contestation de la loi sur l'IVG, s'ajoutent les demande de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, d'indépendance de la justice et de droits des personnes LGBTQ . Elodie Bordat-Chauvin

Comme incarnation de l'engagement des artistes féministes polonaises dans ce mouvement social de convergence des luttes et revendications, Elodie Bordat-Chauvin cite Marta Frej, une peintre dénonçant les violences faites aux femmes dans des memes humoristiques, qui circulent autant sur les réseaux sociaux que sur les pancartes des manifestants. 

On remarque que l'iconographie de la série La Servante écarlate [dystopie où les femmes sont asservies selon leurs fonctions reproductrices] est reprise dans plusieurs mobilisations artistiques, aussi bien chez Marta Frej que par le collectif d'art performatif "Les Torchons noirs" ou le groupe de rock "Les Vagins de fer", qui a monté un clip avec des références à cette série ayant une résonnance toute particulière avec la Pologne en ce moment.      
Elodie Bordat-Chauvin

Face à ces protestations, le gouvernement a suspendu l'arrêté du tribunal constitutionnel portant sur la loi IVG. Le gouvernement demande aux manifestants de reporter leur mobilisation en ligne, sur Internet, face à l'aggravation de la pandémie dans le pays. Par ailleurs, les rassemblements de plus de cinq personnes sont encore interdits. Mais, malgré les risques courus par les organisateurs (jusqu'à 8 ans de prison), certaines manifestations continuent.

La mobilisation s'est en effet  à tous les secteurs du pays, regroupant des femmes de tout âge, mais aussi, pour la première fois, des hommes.      
Elodie Bordat-Chauvin

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Intervenants
  • Maîtresse de conférence à l'Institut d'études européennes de Paris 8, spécialiste des politiques culturelles européennes
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