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A travers la lecture qu'en fait l'écrivain Yannick Haenel, l'essence de Moby Dick se trouve partout, car elle est première.

Yannick Haenel : "L'effervescence de "Moby Dick" me fait penser, écrire, aimer"

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Grand admirateur de "Moby Dick", le chef d'oeuvre d'Hermann Melville, depuis l’enfance, l'écrivain et essayiste Yannick Haenel explique au micro de Marie Sorbier comment et pourquoi cette oeuvre continue de fasciner des artistes de toutes disciplines et générations.

A travers la lecture qu'en fait l'écrivain Yannick Haenel, l'essence de Moby Dick se trouve partout, car elle est première.
A travers la lecture qu'en fait l'écrivain Yannick Haenel, l'essence de Moby Dick se trouve partout, car elle est première. Crédits : Getty

Certaines œuvres que nous qualifions volontiers de "classiques" représentent des réservoirs d'idées et d'images dans lesquelles plongent allègrement les artistes contemporains. A l'instar du roman Moby Dick, chef d'oeuvre de l'auteur Hermann Melville publié en 1851. Pour décrypter cet objet littéraire qui obsède et fascine les lecteurs de génération en génération, l'écrivain,  essayiste et grand admirateur de la fameuse baleine blanche Yannick Haenel est au micro de Marie Sorbier. 

Yannick Haenel, dont les ouvrages s'imprègnent de nombreuses références, explicites ou implicites, à Moby Dick, explique à quoi tient selon lui la fascination autour du roman de Melville.

C'est la question de l'absolu qui est en jeu. Parmi les livres qui affrontent ou font face à cette quête de vérité qui ne cesse de se déborder elle-même, Moby Dick est le modèle, le paradigme, la souche première de cette aventure-là.                      
Yannick Haenel

Quand j'étais enfant, je sentais qu'il y avait d'autres livres et que Moby Dick les contenait. J'ai lu Moby Dick avant de lire la Bible, avant de lire Shakespeare et Freud. Même Freud est à l'intérieur de Moby Dick. C'est une matrice de tous les désirs masculins et féminins. Yannick Haenel

Si Moby Dick est un "livre d'hommes" qui ne contient que des personnages masculins, il relate néanmoins comment ces hommes sont tous à la poursuite de la même baleine. Aux yeux de Yannick Haenel, l'animal marin est une créature étrange et féminine. Au-delà de cet aspect, elle est pour l'écrivain un être infini et blanc, et une des ses plus fidèles sources d'inspiration. Il recommande à ce titre les traductions françaises de Jean Giono ou de Jean-Philippe Jaworski. 

J'ai toujours puisé dans Moby Dick. A chaque fois que j'essaye d'écrire un livre, je suis écrasé par Melville mais il suffit que je le rouvre pour bénéficier d'une effervescence qui me fait penser, écrire, aimer.                    
Yannick Haenel

Ismaël et la part d'indemne du monde

Moby Dick est un combat avec le mal, et c'est aussi un combat contre notre propre fascination pour le mal. Yannick Haenel

Si tous les hommes embarqués sur le bateau du fascinant capitaine Achab, seul Ismaël ne souhaite pas tuer la baleine. Selon Yannick Haenel, ce personnage incarne une sensibilité et un amour qui sont au coeur du récit de Melville.

Non seulement il ne veut pas la tuer, mais il veut l'aimer. Comme s'il avait perçu qu'au coeur de la catastrophe, de ce qui peut nous tuer,  il y avait quelque chose d'indemne. L'indemne, c'est cette part irréductible qu'il y a en chacun de nous, qui échappe à l'enfer et à la damnation. Ismaël est le seul qui distingue dans la baleine autre chose qu'une proie, que le mal. Tous les hommes se sont accordés à dire qu'elle était le mal, qu'il fallait la tuer, mais lui, il a distingué l'indemne.                    
Yannick Haenel

Si Moby Dick est avant tout le récit d'une chasse à la baleine, un personnage s'en distingue particulièrement. A la différence du reste de l'équipage, Ismaël ne sera en effet pas mené à mourir par cette folle chasse à la baleine. Il incarne, en opposition aux autres hommes sur la bateau, la capacité à percevoir la part mystique et indemne inhérente à toute chose. C'est cela, et seulement cela, qui le sauve là où les autres périssent, selon Yannick Haenel.

Moby Dick est un livre de sagesse, mais est aussi complètement fou. Un évangile très bizarre réécrit dans l'anglais hirsute de Melville. C'est une leçon de ténèbres qui nous invitent à aller chercher le mystique au coeur même de l'objet que tous veulent sacrifier. En l'occurence, c'est la baleine. Mais cet objet, c'est la vie elle-même.                    
Yannick Haenel

La littérature, c'est aussi du non-savoir, une forme d'idiotie volontaire. J'espère être un peu Ismaël à chaque fois que j'ose écrire un livre, j'espère qu'il y a cette quête, ce rapport avec l'indemne. Yannick Haenel

La littérature, dans sa solitude, est en train de redevenir une chose grandiose parce que c'est l'amour du langage. Je cherche un nouvel amour du langage.                
Yannick Haenel

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