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2020-2021, année blanche pour les photographes professionnels.

Pourquoi le métier de photographe est-il aussi précaire face à la crise sanitaire ?

7 min
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La profession de photographe a été sévèrement touchée par les conséquences de la crise sanitaire. Erika Negrel, secrétaire générale du réseau Diagonal, fédération de 25 lieux français dédiés à la photographie, revient au micro de Marie Sorbier sur la situation des photographes professionnels.

2020-2021, année blanche pour les photographes professionnels.
2020-2021, année blanche pour les photographes professionnels. Crédits : Peter Dazeley - Getty

Depuis plus d'un an, la crise sanitaire a sévèrement touché le milieu culturel, et certaines professions plus que d'autres. Parmi elles, celle de photographe. Au micro de Marie Sorbier, la secrétaire générale du réseau Diagonal Erika Negrel revient sur la situation des photographes et les enjeux posés par la reprise progressive des activités culturelles. Pourquoi cette profession multiple souffre-t-elle davantage ? S'agit-il d'une faiblesse liée au statut professionnel des photographes ?

Le réseau Diagonal fédère 25 lieux dédiés à la photographie et situés sur le territoire français. La profession de photographe est multiple. Comme l'explique Erika Negrel, la définition administrative de ce métier distingue trois types d'activité : les photographes "artisans", les photojournalistes de presse et les photographes "auteurs". 

Cette sémantique administrative me dérange beaucoup : que signifie "photographe auteur" ? Cela exclut-il la notion d'auteur pour les autres photographes ? Quand on travaille avec des photographes, on ne les interroge pas sur leur statut. Cela perturbe  la position des photographes dans un rapport légitime à leur travail et à qui ils le présentent.                    
Erika Negrel

Loin de cette distinction administrative, le réseau Diagonal travaille autour de la création artistique et d'un langage photographique considéré comme une forme d'expression. L’organisme, qui s’intéresse avant tout à l’image et au sens de cette image, tente de prendre en compte toutes les écritures, de les défendre, et ne considère pas un photographe selon son statut. Si l'activité principale d'un photographe tend à influencer sa manière de faire, Erika Negrel observe que la plupart des photographes ont une activité plurielle et mettent en place des stratégies de diversification de leur activité afin d'obtenir de meilleures rémunérations. 

La majorité des activités possibles pour un photographe sont aujourd'hui particulièrement précaires. Les photographes de presse voient leur rémunération diminuer à mesure que le secteur de la presse manque de financement, les photographes travaillant à la commande ont été pratiquement mis à l'arrêt par la crise sanitaire. De même pour la création artistique en photographie, qui souffre de la fermeture des lieux culturels. La reprise autour de l'été 2020 a été trop légère et fragmentée, estime Erika Negrel, pour relancer l'activité d'un métier fondé sur des relations professionnelles.  

Je connais des photographes qui, même en essayant de bénéficier du Fonds de solidarité et des aides du ministère de la Culture, se retrouvent une main devant, une main derrière. Le secteur est très précarisé.                    
Erika Negrel

Les aides gouvernementales ont-elles permis de protéger le métier de photographes pendant la crise sanitaire ? Erika Negrel rappelle que beaucoup de photographes ont rencontré d'importantes difficultés pour toucher ces aides, leur statut variable ne rentrant pas nécessairement dans les catégories professionnelles prévues par les subventions publiques. Sans compter les artistes photographes n'ayant pas été informé qu'ils pouvaient être éligibles à ces aides. 

C'est encore un problème de légitimité. Le langage administratif est barbare, éloigné de la réalité du terrain, et cela crée des confusions. Les aides du ministère de la Culture ont été insuffisantes : 2 millions d'euros pour tous les artistes du champ des arts visuels, dont les photographes.                    
Erika Negrel

Pour le Fonds de solidarité distribué par le ministère de l'Economie, il faut faire de nombreuses démarches. Même si la majorité des photographes ont sollicité cette aide, restent des problématiques d'accessibilité.                    
Erika Negrel

Dès les premiers moments de la crise sanitaire en France, Erika Negrel a lancé une enquête pour mesurer l'impact du confinement sur l'activité des photographes. Après avoir sondé 295 photographes, l'enquête a montré qu'au mois de juin 2020, ce secteur professionnel avait subi une perte d'exploitation de plus d'1,8 millions d'euros. A noter qu'un échantillon de 295 répondants est un échantillon réduit - plus récemment, l'Union des Photographes Professionnels a mené une enquête auprès de plus de 500 personnes. 

Près de 80% des photographes ayant participé à l'enquête menée par le réseau Diagonal se sont déclarés artistes et auteurs. 16% se sont qualifiés d'artisans (appellation correspond aux photographes qui sont auto-entrepreneurs).  

Le réouverture des lieux culturels, notamment des centres d'art, présente-t-elle une solution immédiate pour la précarité des photographes professionnels ? Difficile aujourd'hui d'être optimiste pour Erika Negrel, dans la mesure où les centres d'art sont fermés et que la programmation est à l'arrêt depuis un an. Tous les événements ont dû être annulés et leur report produit un embouteillage dans la programmation jusqu'en 2023. De plus, parmi les projets reportés, certains ne trouvent pas de sens ou d'intérêt à être programmés aussi tard. 

Cette reprise n'est pas pleine. Ce n'est pas parce qu'on réouvre que l'activité des professionnels est pleine et rémunératrice, notamment pour les photographes. C'est la même chose pour les programmes de résidences, pour les activités pédagogiques avec les scolaires et avec d'autres types de public : tout est mis au ralenti.                    
Erika Negrel

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