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« Nous souhaitons œuvrer à la production de nouveaux imaginaires qui reconnaissent le patrimoine de ces territoires », signe le collectif Banlieue Capitale

La banlieue, capitale européenne de la culture ?

8 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la parution le 25 octobre d'une pétition pour faire d'une ville de banlieue la prochaine capitale européenne de la culture en 2028, nous interrogeons un des initiateurs de ce projet, Nicolas Maisetti, chercheur en sciences politiques.

« Nous souhaitons œuvrer à la production de nouveaux imaginaires qui reconnaissent le patrimoine de ces territoires », signe le collectif Banlieue Capitale
« Nous souhaitons œuvrer à la production de nouveaux imaginaires qui reconnaissent le patrimoine de ces territoires », signe le collectif Banlieue Capitale Crédits : Philippe LOPEZ - AFP

Un collectif d’acteurs économiques politiques et sociaux, d’artistes et de citoyens se mobilise pour proposer qu’une ville de banlieue devienne capitale européenne de la culture en 2028. Ils ont ensemble signé une tribune parue dans Le Monde le 25 octobre 2020 qui sans désigner un territoire spécifique lance l’idée de cette banlieue capitale. Avec Nicolas Maisetti, chercheur post-doctorant en sciences politiques, nous nous demandons comment le statut de capitale européenne de la culture peut œuvrer à la production de nouveaux imaginaires. 

Capitale européenne de la culture, petite histoire d'un label

A l'origine, au milieu des années 1980, ce label de capitale européenne de la culture visait officiellement à promouvoir la richesse et la diversité des cultures en Europe. On a début de production d'imaginaire, mais par le haut, par ceux qui inventent ce label. Ces imaginaires étaient surtout peuplés par et pour des villes capitales, au sens administratif et politique, comme Paris ou Athènes. Ou alors, des villes qui avaient un imaginaire culturel déjà solidement ancré dans leur histoire et dans leur réputation, comme Florence ou Amsterdam.      
Nicolas Maisetti

Cette situation, explique le politiste, a commencé à évoluer à partir du début des années 1990. Un nouvel imaginaire remplace le précédent autour de la dimension culturelle des politiques urbaines et s'ancre progressivement sur une focale économique, voire économiciste. 

On utilise la culture à des fins de rupture avec des mauvaises images et réputations, et pour relancer un développement économique dans des villes ayant connu une forte désindustrialisation. L'exemple le plus fort est Glasgow en 1990.  L'imaginaire culturel se structure alors autour de la reconversion post-industrielle de cette économie en utilisant la ressource de la culture.      
Nicolas Maisetti

L'évolution du label de capitale européenne de la culture, attribué par l'Union européenne, s'est poursuivie dans la dernière décennie, nous dit Nicolas Maisetti.

Depuis une dizaine d'années, l'Union européenne et les villes qui font la demande du label auprès d'elle ont changé d'imaginaire. Des dimensions moins économicistes, mais plus patrimoniales, où l'enjeu est la mise en valeur d'un patrimoine historique et naturel. Je pense à la ville italienne de Matera, capitale européenne de la culture en 2019. Nicolas Maisetti

Géographie de la revendication

Choisir une ville de banlieue comme capitale, est-ce réinventer une géographie, singulariser un territoire qui ne l'est pas d'ordinaire ?

L'idée de cette initiative est de renverser les règles du concours. Non pas de partir d'une ville candidate autour d'un projet culturel, mais d'une idée, et d'un nombre pluriel de territoires. L'idée est la complexité et la richesse de ces territoires considérés, de par leur géographie et par leur situation économique et politique, comme périphérie. Le renversement, c'est de considérer la banlieue comme des centres, et non plus des périphéries. Nicolas Maisetti

Il s'agit pour le collectif signataire de ce projet de prendre pied dans un débat, celui du droit à la ville, en s'appuyant sur l'idée d'une capitale européenne de la culture, pour mettre en avant la complexité des territoires de la banlieue. 

Leur richesse et leur complexité sont celles de l'histoire sociale des quartiers populaires, de leurs mémoires et héritages, y compris post-coloniaux, de l'histoire de l'éducation populaire, du combat des droits à l'asile - des luttes pour l'émancipation et contre la stigmatisation territoriale et la relégation dont ils font encore l'objet aujourd'hui. Nicolas Maisetti

Comment faire pour que ce label soit plus qu'une opération de communication ?

En partant d'une idée, et non pas d'une collectivité locale, d'un collectif constitué de professionnels de l'art, de la culture et de l'aménagement, de journalistes, de chercheurs et d'enseignants, et non pas d'un porteur unique qui est souvent d'un attelage proche du maire et de milieux économiques locaux. A travers ce collectif pluridisciplinaire, on peut dépasser ce genre d'usage purement marketing. Nicolas Maisetti

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Intervenants
  • politiste, chercheur post-doctorant au Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés (LATTS).
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